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Un plan de relance européen "catastrophique pour la France", comme l'affirme Marine Le Pen ?

Caroline Quevrain
Publié le 19 janvier 2022 à 12h55
La France à la tête du Conseil de l'Union européenne pour six mois

La France à la tête du Conseil de l'Union européenne pour six mois

Source : MICHEL EULER / POOL / AFP

BUDGET - Marine Le Pen juge que les subventions accordées par l’Europe pour relancer l’économie post-épidémie ont défavorisé la France. Nous sommes les troisièmes plus gros bénéficiaires après l’Espagne et l’Italie.

Longtemps favorable à la sortie des traités européens puis finalement défenseure d’une Europe des nations, Marine Le Pen a vertement critiqué le plan de relance de l’UE, adopté à l’été 2020 pour soutenir les relances économiques des 27 pays-membres, bousculées par le Covid. Sur France Inter, la candidate du Rassemblement national (RN) a jugé "la négociation de ce plan de relance (…) catastrophique pour la France". Et s’en est expliquée ainsi : "L’Italie a obtenu beaucoup plus que nous, mais surtout, nous n’avons obtenu que 40 milliards alors même que nous sommes caution solidaire de plus de 70 milliards. C’est un marché de dupe".

Mais que prévoit ce plan, dont les États commencent à percevoir les premières subventions ? Baptisé depuis Next Generation, le plan de relance de l’économie a été adopté en juillet 2020 par l’Union européenne pour un montant total de 750 milliards d’euros. Il accorde d’une part 390 milliards d’euros de subventions et de l’autre, 360 milliards d’euros de prêts aux pays. L’Espagne en a par exemple contracté un, la France non. Après le coup dur porté par le Covid à l’économie des 27 États-membres, l’ambition de ce plan est de "rendre l’Europe plus verte, plus numérique et plus résiliente", selon la Commission européenne. 

Autrement dit de permettre aux pays européens de se relever après les dépenses engagées dans la crise sanitaire et d’investir aussi bien dans la transition écologique et énergétique que dans le numérique. Ainsi, les subventions sont accordées aux pays selon plusieurs critères : la population, le PIB par habitant, le taux de chômage avant l’épidémie, mais aussi les conséquences de la crise sur l’économie nationale. Les sommes varient donc énormément d’un État à l’autre.

40 milliards accordés... Sur 72 milliards engagés

Parmi les 27, l’Espagne en est le premier bénéficiaire avec 69,5 milliards d’euros de subventions, suivie de l’Italie, qui a récolté 68,9 milliards d’euros. Puis vient la France, avec 39,4 milliards d’euros de subventions, devant l’Allemagne qui n’a obtenu "que" 25,6 milliards d’euros, la Pologne (23,9 milliards) et la Grèce (17,8 milliards). Si l’Hexagone est loin derrière ses voisins espagnol et italien, elle se place tout de même en troisième position parmi les bénéficiaires des subventions européennes. Comme l’indique le gouvernement sur son site, cette somme "permet de financer, à hauteur de 40 milliards environ, les 100 milliards d’euros du plan France Relance".

En effet, la France a voté un plan de relance national à hauteur de 100 milliards d'euros à l’été 2020. Sur ce budget, le gouvernement a déjà engagé 72 milliards d’euros en un an et demi pour relancer et soutenir l’économie nationale face à l’épidémie : 25,4 milliards pour la transition écologique sur les 30 milliards d’euros prévus, 20,3 milliards pour la compétitivité (sur les 34 milliards) et 26,2 milliards pour la cohésion sociale et territoriale (sur les 36 milliards). C’est bien à cette somme que fait référence Marine Le Pen. Depuis l’approbation de son plan par le Conseil de l’UE, Paris a déjà reçu l’été dernier 5,1 milliards d’euros de subventions européennes, sur les 40 milliards accordés.

En résumé, il parait exagéré d'expliquer que la France s'en sort très mal dans la part accordée par l'UE pour sa relance économique puisqu'elle est la troisième bénéficiaire de ces subventions. Si l'Italie empoche plus de subventions que la France, c'est qu'elle répond mieux aux critères élaborés pour répartir ces sommes, comme le taux de chômage avant le Covid ou l'impact de la crise sur son économie. En revanche, le gouvernement français a effectivement engagé plus de 70 milliards d'euros de dépenses et doit payer de sa poche 60% de son plan "France Relance". Contrairement aux Italiens ou aux Espagnols, il n'a pas contracté de prêt auprès de l'UE.

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Caroline Quevrain

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