Dans le cadre du sommet "Choose France", le ministre de l'Économie Bruno Le Maire s'est félicité que la France soit la "championne d'Europe de l'attractivité".
Selon un baromètre, la France est effectivement le pays en Europe qui comptabilise le plus de projets d'investissements étrangers en 2023.
Pour autant, cela ne permet pas au pays d'être celui qui compte le plus de créations d'emplois.

Des retombées limitées sur le marché du travail. Alors que le sommet "Choose France" se tient ce lundi 13 mai, l'exécutif s'est félicité de l'attractivité de la France en matière d'investissements étrangers. Au lendemain de l'annonce par Microsoft de quatre milliards d'euros d'investissements pour un nouveau centre de données, dans l'est de la France, Bruno Le Maire a souligné sur X que la France était la "championne d'Europe de l'attractivité", avec plus de 15 milliards d'euros de projets d'investissements étrangers en France en 2024.

Le baromètre EY déclare effectivement que la France est le pays est le plus attractif d'Europe pour la 5ᵉ année consécutive, parce qu'il est celui qui a enregistré le plus grand nombre de projets de la part d'investisseurs étrangers en 2023. Pour autant, cette première place dans l'UE ne se traduit pas par un classement similaire en termes de créations d'emplois.

Un nombre d'emplois créés "bien faible"

Selon ce baromètre, la France a enregistré 1194 projets de la part d'investisseurs étrangers en 2023, devançant le Royaume-Uni, qui en a accueilli 985, ou l'Allemagne qui en a comptabilisé 733 la même année. Mais concernant la création d'emplois, la France se retrouve derrière les Britanniques ou les Espagnols, indique le baromètre. 39.773 postes ont été ouverts en France cette même année, contre 42.450 en Espagne ou 52.211 au Royaume-Uni. "En moyenne, les investissements étrangers créent moins d'emplois dans l'Hexagone (35 par projet) que dans le reste des principaux pays d'accueil des investissements étrangers en Europe (49 en Allemagne, 61 au Royaume-Uni)", est-il souligné dans l'étude EY.

Si bien que certains économistes, à l'instar de Lucas Chancel, ont interrogé l'impact que ces investissements ont sur l'emploi. Dans une tribune publiée chez nos confrères du Monde, celui qui est également codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales à l'École d'économie de Paris souligne que ces emplois, qui représentent 0,13% de la population active, "aideront les territoires qui en bénéficieront, mais (...) le chiffre demeure bien faible par rapport à l'importance que certains voudraient lui prêter".

Pourquoi ce décalage entre nombre de projets et création d'emplois ?

Dans son étude, EY donne plusieurs raisons qui expliqueraient que la France soit devancée dans ce domaine, bien qu'une progression de 4% soit notée entre 2022 et 2023. "La corrélation avec le coût du travail et la flexibilité de l'emploi est probable", estime notamment le cabinet. Ainsi, pour créer davantage d'emplois, la France est appelée à "améliorer sa compétitivité-coût", les experts soulignant qu'en 2023, "les pays qui sont parvenus à attirer les investissements les plus intenses en emplois sont ceux qui disposent du coût du travail le moins élevé".

Cette analyse n'est cependant pas partagée par Xavier Timbeau. "On sait qu'en France, le SMIC est plutôt très élevé, plus élevé que la plupart des autres pays européens", reconnait le directeur du centre de recherches en économie de Sciences-Po, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). "Mais en même temps, il y a beaucoup de baisse de charges du SMIC, ce qui fait que le coût du travail au SMIC est plutôt l'un des plus bas en Europe", souligne-t-il. 

De même, Xavier Timbeau relativise le poids des cotisations sociales, dont le montant en France est souvent présenté comme un frein à l'implantation d'entreprises étrangères. "En coût net, sans compter la gratuité d'un certain nombre de services publics, comme l'école, les transports ou encore la santé, tout cela fait qu'en termes de qualité de vie ou de coût de la vie, la France est plutôt attractive, que ce soit au bas ou au haut de l'échelle", met-il en avant.

Le profil particulier de la France

Pour le directeur de l'OFCE, la France est devancée en termes de création d'emplois consécutivement à des décisions politiques. Les projets les plus générateurs d'emplois, notamment dans les domaines logistique ou manufacturier, sont le plus souvent implantés dans d'autres pays européens, où la législation est plus favorable. Au contraire de la France, "au Luxembourg, il y a une fiscalité qui est très intéressante pour la logistique. Pareil pour l'Irlande", cite en exemple Xavier Timbeau.

Dans ce secteur, le chercheur souligne par ailleurs que la France pâtit du manque de développement de ses ports. "Ils ne sont pas considérés comme des infrastructures très fiables. Ils sont plutôt chers pour un service qui est plutôt mal rendu, mal connecté, avec des risques sociaux importants... Ce qui n'est pas le cas d'autres ports, aux Pays-Bas par exemple", illustre encore l'économiste.

Parallèlement, la France a fait le choix de se spécialiser dans d'autres domaines. Il a été notamment mis en place le "Crédit d'impôt Recherche" (CIR), qui entraine une réduction d'impôt en fonction des dépenses liées à la recherche et au développement des entreprises. Ce dispositif incite ainsi les investisseurs étrangers à implanter en France leur(s) centre(s) de recherches et de développement. Or, "dans les centres de recherches, il y a quelques emplois associés, mais leur nombre est relativement limité par rapport à une giga factory ou un immense centre de logistique", explique l'économiste Xavier Timbeau. 

Plus généralement, ces classements montrent que selon les différents critères économiques choisis pour mesurer l'attractivité d'un pays, la France n'est pas systématiquement "championne", comme a pu le déclarer le ministre de l'Économie Bruno Le Maire. "Les chiffres sont assez proches entre les pays européens. Donc suivant la donnée métrique qu'on prend, la France est première, ou pas", résume Xavier Timbeau. "Il n'y a pas de domination irrévocable et incontestable de la France sur cette dimension", souligne-t-il encore, pondérant les discours de l'exécutif. "L'Europe, globalement, est une zone économique et un continent attractifs", relativise l'économiste.


Aurélie LOEK

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