Le 13H

VIDÉO - Baguette à prix cassé de Leclerc : les boulangers en boule

La rédaction de LCI | Reportage TF1 A. Barth, M. Basma et B. Poizeuil
Publié le 13 janvier 2022 à 14h48
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Source : JT 13h Semaine

COLÈRE - Après l'annonce de la mise en vente d'une baguette à 29 centimes d'euro pendant au moins quatre mois par Leclerc, agriculteurs et boulangers montent au front. Ils accusent l'enseigne de dévaloriser ce produit de savoir-faire français.

Destinée à soulager les consommateurs, l'initiative fait grincer des dents agriculteurs et boulangers : l'ensemble de la filière du blé s'est indignée ce mercredi 12 janvier du lancement par le groupe Leclerc d'une baguette de pain à 0,29 euro, dénonçant une campagne "démagogique et destructrice de valeurs". Michel-Edouard Leclerc a annoncé mardi qu'il bloquait le prix de la baguette de pain dans les magasins du groupe à 29 centimes d'euro - voire jusqu'à 23 centimes - pendant au moins quatre mois, au nom de la défense du pouvoir d'achat des Français dans un contexte inflationniste.

Une déclaration de guerre pour l'ensemble de la filière blé. Céréaliers, meuniers et boulangers, ainsi que la FNSEA, premier syndicat agricole, ont dénoncé dans un communiqué commun "des prix volontairement destructeurs de valeurs".

Ils s'indignent d'une annonce "démagogique" alors que "les cours des céréales et par conséquent de la farine, connaissent des prix élevés, que les coûts de production (salaires, etc.) progressent fortement et que la moyenne du prix de la baguette, en France en 2021 selon l'INSEE est de 0,90 euro". Cette annonce, qui survient au moment où les filières et le gouvernement "travaillent pour rémunérer justement les agriculteurs" et où "le savoir-faire et la qualité de la baguette française sont en passe d'être reconnus par l'UNESCO", a provoqué un tollé.

"Vendre une baguette 29 centimes, c'est aberrant"

D'autant que les boulangers font face quant à eux à une avalanche de dépenses. "Nous, on vend la baguette un euro, et il nous reste 15 à 20 centimes une fois que l'on a payé le boulanger, l'énergie, la matière première qui augmente, les vendeuses, le loyer, etc", liste dans le reportage du 13H de TF1 en tête d'article Clément Buisson, artisan boulanger qui produit 500 baguettes par jour dans son atelier parisien. "Quand on voit que Leclerc va vendre une baguette 29 centimes, c'est aberrant", tance-t-il. 

La décision fait aussi bondir d'autres professionnels de la chaîne de production, comme les céréaliers. Parmi eux, Sébastien Dromigny qui produit du blé à Saint-Just-en-Drie, en Seine-et-Marne, et qui considère que ce choix est avant tout une opération commerciale, dévalorisant le travail de l'ensemble de la filière. "La loi EGalim avait pour vocation d'assurer une rémunération juste auprès des producteurs, mais à 29 centimes la baguette, je ne vois pas comment Leclerc pourra continuer de la respecter", déplore-t-il, faisant référence à une loi passée en en 2018, visant notamment à élaborer des contrats de vente plus justes pour les agriculteurs. 

"Il faut rémunérer correctement les acteurs, ceux qui plantent, qui récoltent, qui assemblent les grains et font la farine, et ceux qui fabriquent le pain, ce que fait Leclerc est honteux", a déclaré pour sa part à l'AFP Jean-François Loiseau, président de l'Association nationale de la meunerie française. Alors que les prix du blé ont augmenté d'environ 30% en un an, il se demande "où le groupe Leclerc achète sa farine" et "sur quels produits il va compenser". En outre, Leclerc "casse les prix" dans le contexte particulièrement tendu des négociations annuelles entre producteurs et distributeurs, soulignent les acteurs de la filière.

"C'est un coup de communication dangereux qui dévalorise les produits", a réagi de son côté ce jeudi sur RTL Christiane Lambert, patronne de la FNSEA. "Leclerc est le champion des prix cassés, il est responsable de nombreuses faillites chez les fournisseurs d'alimentation qui font les produits de qualité française, c'est inadmissible", a-t-elle lancé, estimant que Michel-Edouard Leclerc est "habitué au populisme et à la démagogie" et qu'il "adore ça".

La représentante a ajouté que cette réduction du prix révèle aussi la marge que dégageait la chaîne de grande distribution avant cette décision. "Michel-Edouard Leclerc s'est révélé comme un grand qui se fait un pognon de dingue sur la baguette", a-t-elle lancé.

"Aucune répercussion sur le prix d'achat des matières premières", se défend Leclerc

De son côté, l'enseigne assure auprès du Figaro que "la décision de proposer à ses clients une baguette à 29 centimes n'a aucune répercussion sur le prix d'achat des matières premières (...) et celle-ci est 100 % financée par les magasins, qui prennent sur leurs marges pour proposer ce prix". "En aucun cas cette action n'a un lien ou un impact sur les prix d'achat aux fournisseurs", poursuit la chaîne de grande distribution.

Michel-Edouard Leclerc ne s'en est pas caché : "Les fournisseurs de farine ont beaucoup invoqué la hausse du prix du blé, pour demander des augmentations considérables", a-t-il déclaré mardi sur BFMTV, défendant son choix sur un "produit phare", "marqueur de l'inflation", comme il l'avait fait pour le carburant il y a quelques mois. "La baguette est un repère de l'évolution des prix et du pouvoir d'achat pour les consommateurs : investir sur ce marqueur permet de rassurer sur notre capacité à rester accessible au plus grand nombre", a-t-il par ailleurs défendu sur Twitter.


La rédaction de LCI | Reportage TF1 A. Barth, M. Basma et B. Poizeuil

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