Les actionnaires du groupe automobile Stellantis ont validé à 70% des voix ce mardi la rémunération du directeur général, Carlos Tavares.
Pour l'année 2023, le patron du groupe doit recevoir près de 36,5 millions d'euros.
Retour en cinq questions sur ce salaire qui fait grincer des dents.

Pas moins de 36,5 millions d’euros. C’est la somme totale que pourrait toucher pour l’année 2023 Carlos Tavares, le patron de Stellantis, quatrième groupe automobile mondial. Ce mardi 16 avril, les actionnaires du géant industriel ont approuvé à 70%, lors d'un vote, la rémunération de ce dernier. Et la somme, colossale, ne manque pas de susciter la polémique.

1. De quoi est composé le salaire de Carlos Tavares ?

36.494.025 euros pour l'année 2023, soit une hausse de 56% par rapport à 2022. Le chiffre a de quoi donner le tournis. C'est l'équivalent de 2 250 fois le SMIC. Chaque année, Carlos Tavares a une base de salaire de 2 millions d'euros, auxquels s’ajoutent des avantages sociaux pour un montant de 634.697 euros (dont 2 700 euros pour une voiture de fonction ou encore 3 600 euros d’assurance santé). 

Mais il existe aussi dans sa rémunération une part variable, non négligeable, dont des primes à court et long termes. Il en a en particulier reçu une de 10 millions d’euros au titre de la transformation du groupe créé en 2021 avec la fusion de PSA et de Fiat-Chrysler. Il recevra également des pensions de retraite, mais aussi des bonus attribués seulement s’il est au rendez-vous d’objectifs fixés pour 2025, dernière année de son mandat actuel à la tête du constructeur. Le patron touchera dans un premier temps 23,5 millions d’euros. Versée en grande partie en actions, cette rémunération augmente aussi avec la valeur du titre du groupe, qui a quasiment doublé depuis trois ans.

2. Son salaire est-il vraiment plus élevé que celui d'autres grands patrons ?

Carlos Tavares est le patron le mieux payé du CAC 40, il gagne trois fois plus que le patron du groupe Total par exemple. Comparé aux salaires de ses homologues, il est dans la fourchette haute. Il gagne sept fois plus que le PDG de Renault. Le patron de Ford gagne 24,4 millions d'euros, et même le dirigeant du numéro un mondial de l'automobile, Toyota, gagne "seulement" 6,3 millions d'euros par an.

Quelles critiques ?

Le salaire moyen dans le groupe est de 70.404 euros par an. Le patron de 65 ans devrait ainsi recevoir 518 fois le salaire moyen de ses salariés. Une situation qui hérisse le poil des syndicalistes. La CGT Stellantis a ainsi décrié un salaire "totalement choquant et scandaleux", équivalant à 100.000 euros par jour, "une augmentation de près de 50%, quand la plupart d'entre nous ont eu seulement 3,7%, et galèrent pour finir le mois".

Plusieurs responsables de gauche ont par ailleurs annoncé ce mardi vouloir légiférer pour limiter le salaire des grands patrons, prenant ainsi au mot Carlos Tavares qui a suggéré à ceux s'émouvant de l'augmentation de sa rémunération de "faire une loi".

4. Comment Carlos Tavares justifie-t-il ce montant ?

Face aux critiques, Carlos Tavares s'est en effet défendu lundi au micro de France Bleu Lorraine Nord : "C'est une dimension contractuelle entre l'entreprise et moi. Comme pour un joueur de foot et un pilote de Formule 1, il y a un contrat." Surtout, il a mis en avant le bilan de Stellantis. "90% de mon salaire est fait par les résultats de l'entreprise. Cela prouve qu'ils ne sont apparemment pas trop mauvais. Si vous estimez que ce n'est pas acceptable, faites une loi, modifiez la loi, et je la respecterai", a-t-il avancé. Avec ses 14 marques dont Peugeot, Citroën, Fiat, Dodge et Opel, Stellantis a publié un nouveau bénéfice record de 18,6 milliards d'euros pour 2023, en hausse de 11% sur un an. Le géant automobile affiche des résultats records depuis la fusion grâce à une maîtrise drastique des coûts et des prix élevés qui permettent d'atteindre des marges confortables.

Stellantis fait également valoir qu’il faut comparer cette rémunération avec celles de multinationales comme Boeing aux Etats-Unis, avec son PDG Dave Calhoun qui a gagné près de 33 millions de dollars en 2023. Le groupe Stellantis réalise en effet la majorité de ses ventes en Europe, mais tire l’essentiel de ses profits du marché américain.

"Il ne faut pas oublier que ce qu'il a fait est extraordinaire, il a réussi à faire un champion mondial à partir d'entreprises qui étaient en grande difficulté. Il y a dix ans, Peugeot-Citroën était en faillite", rappelle par ailleurs François Lenglet, le spécialiste économie de TF1, tout en soulignant qu'il est "vrai que c'est une rémunération disproportionnée, même par rapport à celle des autres patrons".

5. Est-ce que le montant de sa rémunération a déjà fait polémique ?

Ce n'est pas la première fois que la rémunération de Carlos Tavares fait du bruit. En 2014, le grand patron avait reçu 2,75 millions d’euros, puis 5,24 millions d’euros en 2015, soit sept fois moins que sa rémunération actuelle sur l’exercice 2023. En 2016, Manuel Valls, alors premier ministre, avait critiqué le doublement du salaire de Carlos Tavares. "C’est un salaire qui ne correspond pas à la réalité", pointait-il. 

La polémique n’a, depuis, qu’amplifié, suivant la courbe de son salaire. Il s'était attiré dès 2022 les foudres du président de la République, Emmanuel Macron, qui avait jugé "choquant et excessif" le montant "astronomique" de sa rétribution. En réaction, il s’était alors prononcé pour la mise en place de plafond contre les rémunérations abusives pour les patrons, européens, au niveau de l’UE. "Il faut se donner des plafonds et avoir une gouvernance pour notre Europe qui rende les choses acceptables, sinon la société, à un moment donné, explose. Les gens ne peuvent pas avoir des problèmes de pouvoir d’achat […] et voir ces sommes", avait-il alors expliqué. Le projet n’a pas abouti depuis.


Emma FORTON

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