Ces derniers mois, le coût de l'huile, des pâtes et des fruits et légumes ont pâti de l'inflation.
Mais ils ne sont pas les seuls : le prix du sucre a augmenté de 45% en un an.
De la baisse de la production mondiale aux factures alourdies des betteraviers français, plusieurs facteurs expliquent cette flambée.

Pascaline arpente les étalages d'un supermarché de Bailleul, dans le Nord, à la recherche d'un paquet de sucre, le moins cher possible. Une mission délicate, lorsque l'on sait qu'en un an, le kilo de sucre premier prix est passé de 95 centimes à près d'un euro trente, soit 45% de hausse, d'après une étude de France Bleu et franceinfo, en partenariat avec le cabinet Nielsen IQ. Les gammes de marques distributeurs et nationales sont aussi concernées par cette flambée.

Or, le sucre se retrouve partout, des compotes aux confiseries en passant par les biscuits. Si bien que dans les rayons sucrés, tous les prix ont grimpé. "On ne peut plus se servir à l'aveuglette comme avant, se dire : allez hop ! Je prends ça et ça", s'irrite une cliente dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article. Les boulangers sont aussi à la peine. Chez "Auguste et Ferdinand" à Lambersart, non loin de là, toutes les pâtisseries ont augmenté de 50 centimes l'an passé. "Malgré cela, on n'est pas revenu au niveau de marges d'il y a un an, avec les prix auxquels on achetait nos produits", regrette le gérant, Paul Coustenoble.

Pour cause, le cours du sucre est au plus haut. Parmi les pistes d'explication, la baisse de la production mondiale par les principaux fabricants, l'Inde et le Brésil, mais aussi des contraintes supplémentaires qui pèsent sur les cultures françaises. 

L'interdiction des néonicotinoïdes risque de peser sur les prix

L'Inde a réduit ses quotas d'exportation du sucre pour 2023 pour préserver la consommation nationale, tandis que le Brésil a dû décaler sa fabrication à cause de fortes inondations. Ce dernier privilégie aussi parfois sa production d'éthanol : également réalisée à partir de canne à sucre, celle-ci est plus rentable que le sucre dans certains cas, en fonction du prix des biocarburants. Et lorsque l'offre de production se raréfie, les prix augmentent mécaniquement.

Si la hausse paraît particulièrement frappante, c'est aussi que les prix remontent après quatre ans de tarifs cassés, suite à une réforme du marché européen en 2017 qui a arrêté les quotas européens et ainsi a mis en concurrence le continent avec les plus grands producteurs mondiaux, précise le Syndicat national des fabricants de sucre auprès de France Bleu

À l'échelle de la France, il faut aussi relever l'interdiction d'un insecticide efficace contre la jaunisse, mais dangereux pour les abeilles, les néonicotinoïdes, une décision qui risque de diminuer les rendements de betteraves sucrières et doper les prix dans les mois à venir. Jusqu'alors, les betteraviers disposaient d'une dérogation, mais le gouvernement a décidé d'y mettre fin en janvier, se pliant à une décision de justice européenne

"Il y aura des baisses de surface, des planteurs qui vont abandonner", avait prédit auprès de l'AFP Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betterave (CGB). Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a toutefois annoncé un dispositif pour "couvrir le risque de pertes qui serait liée à la jaunisse, le temps qu'on trouve les alternatives dont on a besoin".

Enfin, le coût des engrais a lui aussi grimpé, touchant les betteraviers. Sans oublier la flambée des tarifs de l'énergie, qui a aussi des répercussions sur la production de sucre, puisque les sucreries sont très consommatrices, notamment en gaz. Autant de facteurs qui font dire aux professionnels du secteur que les hausses devraient se poursuivre dans les mois à venir. 


M.L | Reportage TF1 Manon Debut, Thierry Chartier

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