Prix des carburants : quel impact peut avoir l'attaque iranienne d'Israël ?

par T.A. avec AFP | Chronique LCI : Pascal PERRI
Publié le 15 avril 2024 à 12h29

Source : TF1 Info

L'Iran a lancé samedi soir une importante attaque de drones et de missiles sur Israël.
Alors qu'une riposte de Tel-Aviv est attendue, cette nouvelle crise fait craindre une hausse des prix du pétrole.
Plus de 20% de l'or noir transite par le détroit d'Ormuz, au large de la République islamique.

Les prix du carburant vont-ils monter en flèche ces prochaines semaines ? La question peut légitimement inquiéter de nombreux automobilistes en France et en Europe, après l'attaque de l'Iran en Israël ce week-end. Alors que le gouvernement de Benyamin Nétanyahou n'a pas encore communiqué sur l'ampleur de la riposte qu'il pourrait infliger à Téhéran, les spécialistes restent pour le moment mesurés quant à une flambée des tarifs du pétrole. Mais tous suggèrent que cette augmentation des prix aura une portée plus ou moins importante en fonction de la réponse israélienne aux 300 missiles et drones envoyés sur le territoire hébreu samedi soir.

Si certains experts redoutent des tensions pétrolières, c'est avant tout car l'Iran demeure une grande puissance du secteur. Le pays est en effet le septième producteur mondial d'or noir, tout en possédant les troisièmes plus grandes réserves de cette matière première au niveau planétaire. Seuls le Venezuela et l'Arabie saoudite le surpassent dans ce domaine. S'il le souhaite, Téhéran dispose donc des moyens pour déstabiliser les marchés. 

Un risque de blocage du détroit d'Ormuz

Si la République islamique détient d'importantes capacités pétrolières, son positionnement géographique en fait aussi un acteur de taille sur le plan du trafic maritime. Bordant le détroit d'Ormuz, passage de 60 kilomètres par lequel transite plus de 20% du pétrole mondial, l'Iran pourrait interrompre une partie de la livraison d'hydrocarbures vers l'Europe. "Samedi, les Gardiens de la Révolution ont arraisonné un porte-conteneurs appartenant à un armateur israélien, explique Grégory Phillips, chef du service international de LCI, invité de la matinale de TF1 ce lundi. La menace est qu'ils décident d'intervenir encore plus dans le détroit d'Ormuz, qu'ils le bloquent. C'est une menace assez récurrente de leur part. Mais on n'y est pas encore pour l'instant."

Plus au sud, une situation similaire pourrait aussi se présenter dans le golfe d'Aden, dans le détroit de Bab-el-Mandeb. Ici, entre Djibouti et le Yémen, les rebelles houthis, armés par l'Iran, ont déjà considérablement freiné le trafic maritime. Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, ils ont attaqué plusieurs navires liés à l'État hébreu, en réaction aux bombardements lancés dans la bande de Gaza. Si le passage par ces deux détroits, cruciaux au commerce international, se fait de plus en plus difficile ces prochains jours, "il y a un ferment de déstabilisation économique qu'on pourrait voir dès la semaine prochaine à la pompe", alerte Pascal Perri, éditorialiste économie sur LCI, dans le 6/9 de Jean-Baptiste Boursier. 

Pas d'affolement sur les marchés

Pour le moment, les marchés ne semblent toutefois pas s'affoler. Ce lundi midi, le prix du baril de Brent se situait autour de 89,50 dollars – un montant qui pourrait néanmoins évoluer durant la journée. Vendredi, tandis que les menaces d'attaque iranienne sur Israël se faisaient de plus en plus fortes et avaient déjà fait augmenter les tarifs, ce dernier avait tout de même grimpé en séance jusqu'à 92,18 dollars, une première depuis fin octobre. Mais, rappellent les analystes, "l'avenir n'est pas clair". "Nous ne savons pas si et comment Israël réagira et si l'Iran aura également recours à la suspension des livraisons de pétrole en guise de réponse", analyse Kamel al-Harami, expert koweïtien du pétrole, cité par l'AFP. 

La plupart des spécialistes jugent par ailleurs "extrêmement improbables" le risque d'attaque israélienne contre les infrastructures iraniennes de production ou d'exportation de pétrole entraînant des pannes majeures. "Les craintes de tensions croissantes au Moyen-Orient peuvent faire grimper les prix du pétrole à court terme, estime pour sa part la consultante Ellen Wald, elle aussi citée par l'agence française. Mais à moins que quelque chose n'interrompe le flux de pétrole en provenance du golfe Persique pendant une période significative, cela ne sera pas économiquement dévastateur."

L'Iran dit avoir lancé son attaque contre l'État hébreu après la destruction d'un de ses consulats à Damas (Syrie), à la suite d'une frappe israélienne. 


T.A. avec AFP | Chronique LCI : Pascal PERRI

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