"C'est scandaleux" : émeutes, tempêtes, incendies... Ces villes françaises qui n'arrivent plus à s'assurer

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Mérième Stiti, Antoine Santos
Publié le 6 mars 2024 à 18h34

Source : JT 20h Semaine

Entre les dégâts naturels et les violences urbaines, de nombreuses villes font face au désengagement de leurs assurances, certaines augmentant leurs tarifs ou résiliant leurs contrats.
Environ 1.500 communes françaises sont concernées.
Une équipe de TF1 s'est rendue dans deux d'entre elles, en Normandie.

"Nos garanties cesseront définitivement de vous être acquises à compter du 31 décembre 2023 à minuit", lit à haute voix, en tenant la missive à la main, Henri Girard, maire d’Evrecy (Calvados), face à la caméra de TF1, dans le reportage du 20H en tête de cet article. Du jour en lendemain, sans donner de raison, l'assurance de la collectivité a rompu son contrat. Non loin de là, à Hérouville-Saint-Clair, la mairie a dû se plier aux nouvelles conditions des assureurs après les émeutes de juin : la franchise en cas de violences urbaines est passée de 150.000 à 2 millions d'euros. "C'est scandaleux, s’emporte l’édile, Rodolphe Thomas. Il en va du maintien de nos équipements sportifs, culturels et éducatifs. Mais les assurances ne veulent pas nous entendre."

Face aux émeutes, aux tempêtes ou aux feux de forêt, une commune française sur dix serait confrontée à ces fortes hausses ou à des résiliations. L’Association des maires de France (AMF) estime qu’environ 1.500 municipalités sont concernées. Au point que le gouvernement, alerté par l’AMF, s’est emparé du sujet en lançant, il y a un mois, une mission d’information sur l’assurabilité des collectivités, dont les conclusions sont attendues en avril. Une problématique mondiale : en Australie et aux États-Unis, où les mégafeux à répétition ont cédé place à des inondations d’une ampleur historique en début d’année, certains assureurs ont lâché les localités les plus exposées, comme Allstate et State Farm en Californie.

Les compagnies d'assurance que TF1 a contactées n'ont pas souhaité répondre. "L’assurance ne sait faire qu’une chose : couvrir un aléa. À partir du moment où il y a une certitude d’un événement, le métier d’assureur n’est plus le même, ça devient le remboursement d’une somme de façon répétée. Et certaines assurances choisiront de se retirer", expliquait Pascal Demurger, PDG du groupe MAIF, lors d’une conférence sur l’adaptation de la France au changement climatique, le 23 janvier. Dans les années 1980, les sinistres climatiques représentaient un coût d'un milliard d’euros par an, selon la fédération France Assureurs. Depuis 2016, c’est 3,5 milliards par an. Et la facture pourrait doubler dans les trente années à venir, pour atteindre un montant cumulé de 143 milliards. La profession craint une remise en cause du modèle même de l’assurance.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Mérième Stiti, Antoine Santos

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