Prix plancher pour les produits agricoles : une nouvelle solution... qui pose problème

par La rédaction de TF1info | Reportage Laszlo Gelabert, Chistophe Buisine, Marion Fiat
Publié le 26 février 2024 à 10h51

Source : JT 20h WE

Hier au Salon de l'agriculture, Emmanuel Macron a annoncé l'instauration d'un "prix plancher", un prix minimum établi filière par filière.
Mais au sein d'un même secteur, les coûts de production peuvent fortement changer d'une exploitation à une autre.
TF1 vous explique les enjeux.

Fixer un prix de vente national, sous lequel les industriels ne pourraient pas acheter des produits agricoles, c'est le principe du prix plancher. L'idée ne fait pas rêver tout le monde, à l'image de Frédéric Arnoult, producteur de blé. Il en vend 500 tonnes par an, principalement à l'étranger. Un prix plancher défini en avance n'aurait aucune utilité, selon lui : "Je ne suis pas du tout concerné par cet aspect puisque tout part à l'export au niveau mondial. Donc on est complètement liés aux cours mondiaux". Pour tirer son épingle du jeu, il n'a pas intérêt à ce que les prix soient bloqués.

Pour d'autres filières, cela pourrait être un petit coup de pouce. François Moreau, producteur de lait, vend le litre 46 centimes, sauf qu'il lui coûte 45 centimes à produire. Il faut payer l'alimentation des vaches, l'entretien du bâtiment, la main-d'œuvre, les soins vétérinaires. Le prix plancher, établi en fonction de ses coûts de production, permettrait donc de dégager un peu plus de marge. "Il faudrait que ça soit 50 centimes, on peut gagner sa vie. L'argent, aujourd'hui, il va chez l'industriel, il va chez la grande distribution et il y a très peu chez le producteur", nous dit-il.

Il y aura moins d'exportations de matières premières françaises parce qu'elles seront trop chères
Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA

Problème : ce prix plancher serait fixé au niveau national. Mais au sein d'une même filière, il y a d'énormes différences de coût entre les régions. Dans les montagnes savoyardes, produire du lait coûte beaucoup plus cher : "On a les frais de mécanisation : en montagne, ils sont multipliés par deux. On a les coûts de collecte de lait qui sont aussi démesurés, puisqu'on a beaucoup de trajets en montagne." Il vend donc son lait 0,60 € le litre, bien plus que la moyenne nationale. Le risque est un prix plancher plus bas et donc moins d'argent. Lui préfèrerait un dispositif adapté à chaque région

D'autant plus qu'un prix plancher fixé au niveau national pourrait avoir de lourdes conséquences sur l'agriculture française. "Il peut tout simplement y avoir des importations qui vont se multiplier, parce que les produits importés seront moins chers, explique Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA. Mais il y aura également moins d'exportations de matières premières françaises parce que la matière première française sera trop chère." Ce dispositif, qui fait débat, pourrait être voté d'ici cet été. Plus de détails dans la vidéo en tête de cet article.


La rédaction de TF1info | Reportage Laszlo Gelabert, Chistophe Buisine, Marion Fiat

Tout
TF1 Info