Gabriel Attal va dévoiler ce week-end les contours de la nouvelle réforme de l'assurance chômage.
Les conditions d'indemnisation vont se durcir.
Voici les pistes de travail du gouvernement.

Les demandeurs d'emploi en savent enfin un peu plus sur les nouvelles règles qui vont leur être appliquées. La ministre du Travail, Catherine Vautrin, présente depuis mercredi aux partenaires sociaux les pistes de travail de réforme de l'assurance chômage. Une consultation qui précède les annonces du Premier ministre Gabriel Attal, qui doit dévoiler dimanche les contours de cette nouvelle réforme.

Ouverture des droits, durée d'indemnisation, seniors... Voici les mesures envisagées par le gouvernement, qui espère économiser 3,6 milliards d'euros et créer 90.000 emplois supplémentaires.

Ouverture des droits

Le premier grand axe de cette réforme est le durcissement des conditions d'allocation. Pour pouvoir percevoir des indemnités, il faut aujourd'hui travailler au moins six mois durant les 24 derniers mois. Une fois la réforme entrée en vigueur, il faudrait avoir travaillé huit mois durant les 20 derniers pour ouvrir des droits.

A contrario, la CFDT voulait passer de 6 mois travaillés à 5. Du côté de la CGT, dans un entretien accordé à BFMTV ce jeudi, la secrétaire générale du syndicat Sophie Binet, qui doit être reçue par Catherine Vautrin ce jeudi soir, a affirmé que cette mesure "pénalise directement toutes celles et ceux qui sont dans des secteurs dans lesquels l'emploi est par nature précaire", citant l'agriculture, le tourisme, l'hôtellerie, la restauration ou la culture, des secteurs "dans lesquels on ne peut pas travailler à l'année parce qu'il n'y a pas de boulot à l'année".

Durée d'indemnisation

Selon les pistes du gouvernement, la durée d'indemnisation pourrait aussi être réduite en fonction du taux d'emploi national. Concrètement, plus ce taux sera bas, moins l'indemnisation sera longue. Si cette nouvelle règle est bel et bien mise en place, la durée d'indemnisation baisserait de 25% lorsque le taux de chômage descend en dessous de 6,5 %, ce qui permettrait de dégager de l'ordre de 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires.

Actuellement, la durée d'indemnisation des chômeurs est réduite de 25% lorsque le taux de chômage demeure au-dessous de 9%, et ce, en vertu du principe de "contracyclicité" qui s'applique depuis février 2023. Aujourd'hui, le taux de chômage s'établit à 7,5 %. 

Par ailleurs, la durée maximale d'indemnisation étant fonction de la période de référence d'affiliation, si celle-ci passe bien de 24 à 20 mois pour calculer l'ouverture des droits, comme indiqué dans le précédent point, la durée maximale des droits, actuellement de 18 mois pour les moins de 53 ans, serait réduite d'au moins trois mois, selon la CFDT.

Emploi des seniors

La réforme souhaitée par l'exécutif comporte également des mesures s'adressant aux seniors. Actuellement, les salariés âgés de 53 et 54 ans peuvent être indemnisés jusqu'à 22,5 mois, et ceux âgés de 55 ans et plus jusqu'à 27 mois. Le gouvernement envisage de supprimer le premier palier, et de réserver le bénéfice d'une indemnisation plus longue aux chômeurs âgés de 57 ans et plus.

D'ailleurs, si les plus de 57 ans retrouvent un emploi, ils pourront conserver leur allocation chômage en plus de leurs nouveaux salaires. Pour inciter les seniors au chômage à reprendre un travail, le gouvernement veut en effet créer un "bonus à la reprise d'activité", qui permettrait donc de compléter un salaire moins élevé que le précédent. Le coût de cette mesure serait compensé par un plafonnement du dispositif de maintien des droits des chômeurs proches de la retraite, a relevé François Hommeril, président de la CFE-CGC, pointant que cela pénaliserait les cadres. 

Extension du bonus-malus

Promesse de campagne d'Emmanuel Macron en 2017, le bonus-malus est un dispositif vivement contesté par le patronat, qui vise à lutter contre l'abus de contrats courts. Il concerne actuellement les entreprises de 11 salariés et plus de sept secteurs qui en sont très consommateurs (comme l'hébergement et la restauration ou les transports). 

Ce système vise à moduler la contribution patronale d'assurance chômage (4,05 % de la masse salariale) à la hausse (malus) ou à la baisse (bonus) en fonction "du taux de séparation" des entreprises, comparé au taux médian de leur secteur. Le gouvernement entend désormais étendre ce dispositif à davantage de secteurs.

Des réformes vraiment efficaces ?

Avec ces mesures, le gouvernement espère faire des économies, alors même que l'assurance chômage est excédentaire depuis plusieurs années. En 2023, l'excédent s'est établi à +1,6 milliard d'euros et chuterait à +1,1 milliard d'euros cette année. Alors, les réformes de l'assurance chômage sont-elles vraiment efficaces ? "Cela pousse les gens vers le travail, pour les personnes en général soit entre 25 ans et 55 ans, peu ou moyennement qualifiées et qui parfois attendaient un peu plus de temps pour prendre un emploi en adéquation avec ce qu'ils souhaitent", affirme Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste de BDO France, dans le reportage du JT de TF1 à retrouver en tête de cet article.

La réforme de l’assurance chômage permettra-t-elle un retour à l’emploi ?Source : Top Info

Comme le souligne Claire Fournier, éditorialiste économique à LCI, dans la vidéo TOP Info ci-dessus, la réforme de l'assurance chômage fera faire beaucoup d'économies à l'État. Emmanuel Macron aspire aussi à atteindre le plein-emploi, soit passer de 7,5 % à 5 % de taux de chômage. "Le pari, c'est qu'en durcissant les conditions d'accès au chômage, les demandeurs d'emploi se tournent vers des secteurs un peu pénibles, mais en pénurie de main-d'œuvre, comme par exemple les agents d'entretien, la restauration ou l'aide à domicile", décrypte Claire Fournier. Elle souligne que "les syndicats et certains économistes s'inquiètent de ces mesures qui pourraient pousser davantage de Français à la précarité".

L'entourage de Catherine Vautrin a fait savoir savoir que "la ministre a assuré aux partenaires sociaux qu’aucune décision définitive était actée et qu’elle souhaitait que ces échanges puissent permettre d’écouter et de faire bouger certaines lignes". Pour ce qui est du calendrier, "la réforme de l’assurance chômage sera définie dans un décret publié d'ici au 30 juin".


N.K avec AFP | Reportage TF1 Nicolas Robertson, Charlotte Casanova, Christophe Nieulac

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