Le prix du gazole s'élève actuellement à 1,72 euro le litre en moyenne.
L'écart se creuse avec l'essence, dont les prix tutoient de leur côté les 1,90 euro le litre.
Ce différentiel, jamais aussi haut depuis plusieurs années, s'explique par plusieurs facteurs.

Depuis septembre dernier, jamais les prix du gazole n'avaient été aussi bas. Leur tarif est tombé en moyenne à 1,72 euro le litre la semaine passée, soit quatre centimes de moins que la précédente, ce qui ravivait ce jeudi matin des automobilistes toulousains venus se réapprovisionner dans une station-service. "C'est à peu près 40 euros de gagné par mois", souligne l'un d'eux dans le reportage du 13H de TF1 ci-dessous. Certains s'autorisent même de petits plaisirs : "Je vais aller chez ma cousine dans le Gers, c'est plus abordable, je fais une sacrée économie de dix euros"

Prix du gazole au plus bas depuis septembreSource : JT 13h Semaine

Cette nouvelle baisse creuse aussi l'écart avec les prix de l'essence, bien plus élevés : 1,91 euro le litre pour le Sans Plomb 95 et 1,87 euro pour le Sans Plomb 95 E10. Soit un différentiel de 17 centimes en moyenne par rapport au diesel, du jamais-vu depuis 2016. Comment expliquer ce décalage de tarif ? 

Il faut tout d'abord noter que la fiscalité n'est pas la même sur les deux carburants : "Le différentiel de taxes entre sans plomb et gazole grimpe à dix centimes", explique auprès de TF1info Olivier Gantois, président du syndicat des entreprises pétrolières (Ufip). Même si le cours de l'essence, coté au marché de Rotterdam en Europe, et les coûts de distribution étaient les mêmes, "l’essence coûterait 10 centimes de plus que le gazole à la pompe", pointe le spécialiste. 

"Driving season" en Amérique du Nord

Malgré ce décalage, l'écart entre les deux carburants s'est toutefois considérablement réduit depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022. "La Russie est le premier exportateur mondial de gazole : la moitié des importations européennes en provenait, 30% dans le cas de la France. Dès le début du conflit, les marchés se sont inquiétés d'un risque de pénurie, en anticipant un embargo sur les livraisons russes, ce qui s'est traduit par une augmentation du prix du gazole", détaille Olivier Gantois. Le tarif du gazole a même légèrement dépassé ceux de l'essence courant 2022. 

Mais depuis début février 2023, l'embargo sur les produits pétroliers russes raffinés est entré en vigueur, "et il n'a pas eu d'impact sur le marché", poursuit l'expert. "L'inquiétude concernant le gazole a disparu, et avec elle la prime que le marché était prête à lui accorder", explique-t-il. Le prix du diesel a donc baissé, et l'écart s'est à nouveau agrandi avec l'essence.

Cela ne suffit pas pour autant à expliquer l'ampleur du différentiel constaté la semaine passée : un autre facteur entre aussi en ligne de compte. "La 'driving season' commence en Amérique du Nord : avec l'arrivée des beaux jours, les automobilistes, qui ne consomment que de l'essence, roulent beaucoup plus", avance le patron de l'Ufip. "Leur consommation de carburant augmente de façon si importante qu'elle pèse sur l'ensemble des marchés des essences dans le monde, y compris à Rotterdam. Le volume de carburant aspiré est tel que le prix du marché augmente chez nous", déroule-t-il.

Un écart appelé à diminuer dans les semaines à venir

Mais cette hausse devrait rapidement se stabiliser : les prix de l'essence devraient suivre la dynamique de ceux du gazole. "Le gazole va continuer de baisser en raison du ralentissement de la croissance mondiale et de la consommation. On attend le même phénomène un peu décalé pour l'essence, parce que l'on va assister à une baisse de la demande", explique Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste chez le cabinet d'audit BDO France, dans la vidéo de TF1. En une semaine, les prix du SP95 et du SP95-E10 ont déjà diminué de trois centimes en moyenne. 

D'ici à quelques semaines, l'écart de prix entre l'essence et le gazole devrait également se contracter avec la fin de cette "driving season" outre-Atlantique, attendue en général pour la fin du mois de juin. "On devrait alors retrouver un différentiel normal de dix centimes, dû uniquement à la différence de taxation", estime Olivier Gantois.  


Maëlane LOAËC | Reportage TF1 Stacy Petit et Grégory Udron

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