Loin du "quoiqu'il en coûte" de la période du Covid, le gouvernement serait désormais prêt à serrer la vis.
Bercy planche, en ce moment, sur le budget 2024, et des pistes d'économie explosives sont évoquées.
TF1 fait le point.

Fin juillet, Emmanuel Macron avait dressé un bilan des "100 jours" donnés à sa Première ministre pour relancer l'action du gouvernement après la crise des retraites. Il avait alors confirmé un budget 2024 "exigeant", évoquant une "stratégie de finances publiques" avec "une gestion raisonnable de nos déficits", qui "seule nous permet d'être fort". Précisément, le gouvernement prévoit pour la première fois depuis 2015 une baisse de la dépense publique l'an prochain, actant la fin de la période d'aides massives liées au Covid-19 puis à la crise énergétique. Le 9 juillet dernier, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, avait déclaré sur TF1 que le gouvernement "n'augmenterait pas les impôts de nos compatriotes". Reste donc une question aux allures de grande inconnue pour 2024 : les Français vont-ils être davantage mis à contribution ? 

Une équipe de TF1 mène l'enquête dans la vidéo du 20H en tête cet article. En coulisses, un député de la majorité confie : "On ne peut pas parler de hausse d'impôts, mais dans les faits, oui, il y aura bien des mesures qui vont impacter le pouvoir d'achat". 

Le domaine de la santé en ligne de mire

Les arrêts maladie sont notamment dans le viseur de Bercy. Les dépenses d'indemnités journalières ont atteint 13,5 milliards d'euros (hors maternité) en 2022, soit une hausse moyenne annuelle de 3,8% depuis 2010. "Il y a des gens qui (en) abusent", a estimé le ministre de l'Économie en juin, appelant à "responsabiliser" patients, employeurs et médecins. 

Par ailleurs, l'exécutif envisage d'augmenter la franchise que vous payez en pharmacie et la participation versée à chaque consultation. Elle pourrait être doublée, de 50 centimes à 1 euro pour les médicaments, et de 1 à 2 euros chez le médecin. L'économie espérée par l'État se chiffre à un milliard d'euros par an. Une mesure pas très populaire, le gouvernement en a bien conscience : "Ça va grogner, c'est sûr", poursuit un conseiller municipal sollicité par TF1. "Mais il faut que chacun comprenne que quand on ne paie rien à la pharmacie, il y en a parfois pour 200 euros pour l’État".

Pour boucler le budget de la Sécurité sociale, Bruno Le Maire a d'autre part laissé entendre lors d'une rencontre avec les députés de la majorité, le 12 juillet dernier, qu’il souhaitait mieux indexer sur l’inflation les taxes sur l’alcool. Le vin pourrait ainsi subir une hausse de 0,3 centime par bouteille et les alcools forts de 1 à 2 euros. Mais comme le rappellent Les Échos dans un article publié début août, ce projet d'indexation des taxes sur l'inflation fait l'objet d'un tir de barrage de nombreux élus, y compris dans la majorité. La mesure, dont le rendement atteindrait au maximum 300 millions d'euros, est fragilisée. Le ministre des Comptes publics, Thomas Cazenave, dit avoir "conscience du désarroi des viticulteurs".

Autre secteur mis à contribution : les transports

Une éventuelle taxe supplémentaire sur les concessionnaires d'autoroutes pourrait être présentée dans le cadre du budget 2024, mais elle n'aura "aucun impact" sur les péages, a assuré lundi le ministre délégué chargé des Transports, Clément Beaune. "Il y a une discussion sur la taxation des sociétés d'autoroute" pour financer la transition écologique et notamment les investissements dans l'infrastructure ferroviaire, a expliqué sur franceinfo le ministre, qui s'était par le passé dit favorable à une telle mesure. Dans tous les cas, cependant, "les péages sont prévus par des contrats de long terme" entre les sociétés et l'État et "s'il y a une taxe, ça n'a aucun impact sur les péages" et permettra de "préserver le pouvoir d'achat" des automobilistes, a-t-il détaillé.

Clément Beaune a également confirmé des "discussions" similaires concernant une taxe supplémentaire sur les billets d'avion. Cette mesure pourrait également figurer dans le budget 2024, qui sera "consacré à la réduction de la dette et du déficit, à une politique d'emploi et de croissance et à la transition écologique", selon le ministre. "L'idée, c'est de surtout taxer les billets en première classe ou en business, pour l'opinion, c'est plus acceptable", affirme de son côté un conseiller ministériel à TF1. 

Autre piste dessinée : l’extension du malus sur les voitures lourdes dès 2024. Le ministre délégué chargé des Transports l'avait déjà évoqué fin juin lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI :  "À partir de 1,8 tonne", les voitures neuves thermiques subissent une taxe, dont le seuil d’application "va être abaissé progressivement et sans doute dès le projet de loi de finances pour 2024". En somme, réduire le poids des voitures dans un souci écologique. Cette initiative vise à étendre la taxe actuellement appliquée aux voitures neuves thermiques pesant plus de 1,8 tonne à l’achat. Plus un véhicule est lourd, plus il contient de matériaux et plus il consomme d’énergie pour se déplacer, ce qui augmente ses émissions de CO2 et donc le réchauffement de la planète. Cette décision s’inscrit logiquement dans la deuxième phase du plan gouvernemental de sobriété énergétique, présenté le 20 juin.

Pour revenir dans les clous, le gouvernement entend donc réduire la dépense publique à 53,5% du PIB en 2027, contre 57,5% en 2022. Pour résumer, il table sur la fin du bouclier énergétique, les gains des réformes comme celles des retraites ou de l'assurance-chômage, le plein-emploi ou encore une croissance de l'économie qu'il anticipe plus dynamique, après un coup de frein en 2023. Le budget 2024 sera présenté à l'Assemblée en octobre. Un rendez-vous crucial de la rentrée, avec de nouveaux 49.3 quasiment assurés.


La rédaction de TF1info | Reportage vidéo Lucas Zajdela, Antoine Pocry et Elodie Dubosq

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