L'offensive est à la fois silencieuse et massive : ces deux dernières années, les constructeurs d'automobile chinois ont fait une entrée en force en Europe.
Ceux qui les achètent en France bénéficient du bonus écologique, qui peut aller jusqu'à 7000 euros.
Pour éviter que l'enveloppe de l'État ne se dilapide dans les poches de constructeurs étrangers, Bercy veut durcir les critères d'accès à cette subvention.

Avec cinq nouveaux modèles, tous 100% électriques, le géant chinois de l'automobile BYD arrive en France et compte déjà quelques tout premiers clients. Parmi eux, Didier, qui habite à Lieusaint, en Seine-et-Marne. "La tablette de bord se tourne, ça fait un effet wow", se réjouit l'automobiliste, visiblement conquis par son achat, dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus. Le prix de son SUV électrique était initialement fixé à 46.790 euros, mais avec la reprise de son ancien véhicule et le bonus écologique proposé par l'État - 5000 euros dans son cas - il l'a finalement obtenu pour 38.000 euros.

Ce bonus est une subvention française destinée à tout acquéreur ou locataire d'un véhicule électrique, à hydrogène ou combinant les deux, pour amortir le surcoût par rapport à un modèle thermique, qui peut grimper jusqu'à 15.000 euros pour une citadine par rapport à une électrique d'après France Stratégie, citée par Le Monde. Mais il peut s'appliquer à des véhicules construits partout dans le monde, au grand bonheur des constructeurs étrangers. 

40% de l'enveloppe profite aux usines chinoises

Les seuls critères à respecter pour bénéficier de cette aide sont le prix, pouvant aller jusqu'à 47.000 euros, et le poids, moins de 2,4 tonnes. Ce qui interroge certains automobilistes. "Je pense qu'il faudrait en effet l'accorder d'abord aux véhicules et aux usines français", avance l'un d'entre eux. "Parce que cela favoriserait notre économie", abonde un autre. 

Jusqu'alors, ce bonus écologique était utilisé dans l'écrasante majorité des cas pour l'achat de véhicules de constructeurs français : en 2020, le modèle Zoé de Renault est arrivé en tête de classement, avec plus de 153 millions d'euros déboursés par l'État, devant la Peugeot 208 électrique, selon Le Monde. Cette année-là, aucun modèle chinois ne figurait dans le classement des dix modèles les plus subventionnés par cette aide, mais désormais, sur l'enveloppe de 1,2 milliard d'euros alloués chaque année par l'État à ce bonus, 40% de la somme profite aux usines chinoises, selon Bercy. 

Et ces constructeurs ne sont pas les seuls étrangers à tirer de plus en plus profit de cette subvention : l'américain Tesla a aussi imposé ses modèles ces derniers mois. Entre la baisse de ses tarifs et ce coup de pouce, le géant d'Elon Musk a hissé sa voiture électrique Model Y au rang de voiture la plus vendue en France sur les trois premiers mois de 2023, commercialisée à partir de 44.990 euros, devant la Dacia Spring et la Peugeot e208, relève Le Figaro

L'empreinte carbone, un nouveau critère contraignant ?

Partant de ce constat, le ministère de l'Économie veut davantage favoriser les voitures produites en Europe, sans enfreindre les règles du commerce. Un troisième critère va donc être ajouté au bonus écologique : l'empreinte carbone, ce qui exclurait les modèles produits en Chine. "Les voitures chinoises ont une empreinte carbone 45% plus importante que les voitures européennes ou françaises", explique Clémentine Père, experte en transition énergétique au sein du cabinet de conseil Wavestone. Si la Chine est de loin le premier pays producteur au monde de véhicules électriques, elle continue de recourir pour cela à une production d'énergie reposant encore en grande partie sur le charbon. 

À l'inverse, ce nouveau bonus permettra de valoriser "les batteries et les véhicules qui sont produits en Europe parce que leur empreinte carbone est bonne", avait fait valoir début mai Emmanuel Macron. "Cela ne veut pas dire qu'on fait du protectionnisme, mais on ne veut pas utiliser l'argent du contribuable français pour accélérer l'industrialisation non-européenne", avait-il plaidé. Le ministère de l'Économie souhaite également prendre en compte dans les conditions d'accès l'intégration de matériaux recyclés ou biosourcés dans la production des véhicules. Ces nouveaux critères d'attribution seront définis d'"ici la fin de l'année", selon le président. 

Mais un élément pourrait changer la donne : certains constructeurs chinois, comme BYD, envisagent de produire une partie de leurs voitures en Europe. Ils pourraient donc ainsi continuer à profiter de ce bonus écologique, tant qu'ils se plient aux nouvelles réglementations. 


M.L | Reportage TF1 Pierre Corrieu, Patrick Ninine et Fabrice Maillard

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