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Bac 2022 : des milliers de notes ont-elles été changées sans en informer les correcteurs ?

Publié le 14 juin 2022 à 17h20, mis à jour le 15 juin 2022 à 11h59

Source : TF1 Info

Des professeurs affirment que certaines notes du baccalauréat ont été changées à leur insu.
Les notes ont été relevées de plusieurs points directement dans le système d'aide numérique à la notation.
L'Éducation nationale assume, mais explique qu'il s'agit d'un ancien procédé, désormais visible par les correcteurs.

Chaque année, c'est le même refrain. Le bac serait de plus en plus "donné" aux élèves, tant il est facile. Une idée reçue qui a la dent dure, remise au goût du jour par de nombreux témoignages. Depuis ce lundi 12 juin, plusieurs professeurs affirment sur les réseaux sociaux que les notes de leurs copies du baccalauréat ont été relevées à leur insu. 

"Toutes mes notes ont été remontées. Des copies qui auraient valu 7 en cours d'année sont montées à 9", s'étonne une correctrice en histoire-géo de la région académique Île-de-France (Paris, Créteil et Versailles), se demandant à quoi bon "passer des heures à corriger". Une affirmation corroborée par nombre de témoignages. "Des lots entiers de copies (…) ont été modifiés à la hausse à l'insu des professeurs correcteurs", alerte un autre professeur, quand un collègue souligne que cette opération a eu lieu même chez ceux "qui étaient déjà à 13 de moyenne".

Une cohérence entre correcteurs... et entre sujets

Il s'agit effectivement de changements réalisés dans l'objectif "d'harmoniser les résultats". Chaque année, cette tâche incombe, comme son nom l'indique, aux "commissions d'harmonisation". Sur le site du ministère de l'Éducation nationale, on découvre que ces instances composées de correcteurs du bac ont pour rôle, "d'identifier, parmi les notes qui sont analysées, une éventuelle discordance entre les notes présentées par rapport à celles de l'académie". 

Concrètement, elles ajustent les résultats obtenus par les candidats aux épreuves du bac en fonction de la sévérité ou la clémence des correcteurs. Cela, afin de gommer d'éventuelles inégalités de traitement. Si cette instance réalise annuellement ce travail, pourquoi fait-il jaser ? Interrogé, le ministère de l'Éducation nationale avance trois explications.

D'abord, c'est la toute première fois que les correcteurs peuvent "voir ce qu'il se passe en temps réel". Initialement, les interventions des commissions étaient invisibles, puisque réalisées sur des copies papiers. Mais "avec la modernisation des outils et la numérisation des copies, les rectifications sont apparentes sur l'outil Santorin", le système d'aide numérique à la notation.

Les ajustements sont plus transparents qu'avant. Mais aussi plus fréquents. Le ministère explique ainsi qu'il y a bien une "nouveauté" cette année, liée aux enseignements de spécialité, dont les épreuves ont eu lieu les 11, 12 et 13 mai dernier. De fait, avec des épreuves sur deux jours, deux sujets différents sont proposés pour la même spécialité. Or, il peut y avoir des sujets plus compliqués que d'autres. 

"La commission veille à ce qu'il y ait une harmonie entre les élèves qui ont passé leur épreuve de spécialité le premier jour, et ceux qui l'ont passée le deuxième jour", indique-t-on au ministère. "Dans le cas où la commission évalue qu'un sujet était clairement plus difficile qu'un autre, elle harmonise à ce moment-là." Une nouveauté qui justifie le fait que même les "professeurs qui avaient une moyenne à 13" ont vu leurs notes augmenter.

Des "lots entiers" concernés

Enfin, un troisième élément peut expliquer que cette hausse ait concerné des "lots entiers de copies", pour reprendre le témoignage d'un correcteur. Cette impression d'un changement presque automatique est liée à la "numérisation des process", selon les termes du ministère. Quand, avant l'arrivée du système Santorin, les commissions devaient procéder aux ajustements "copie par copie", dorénavant "elles effectuent ces modifications par lot de copie via le traitement informatique". "L'opération est humaine, réalisée par un collège de correcteurs, mais l'outil permet de rehausser les copies par ensemble et non plus une à une." 

Et alors comment expliquer que ces changements ont été réalisés "par je ne sais qui, je ne sais quand et pour je ne sais quelle raison", comme l'a regretté un professeur dans une publication sur Facebook ? Car cela a toujours été ainsi. "Le travail de la commission d'harmonisation est un travail collégial, ce sont eux qui décident", rappelle le ministère. "Auparavant, les enseignants n'étaient pas non plus informés de ces décisions." À noter en revanche que si les correcteurs ne sont pas les seuls décisionnaires, les commissions non plus. Et pour cause, les résultats devront encore être validés par le jury.

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Felicia SIDERIS

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