Bac 2023 - "Tout le lycée se croit en vacances" : après les épreuves de mars, le décrochage si redouté ?

Publié le 6 avril 2023 à 15h30

Source : TF1 Info

Quinze jours après les épreuves de spécialité du bac, nombre de lycéens semblent ne plus s'investir.
Pour rappel, les deux enseignements sur lesquels ont planché les élèves étaient affectés d’un coefficient 16.
Les syndicats enseignants, qui plaidaient pour un report en mai, craignaient cet effet...

Comment rester motivé jusqu'en juin quand on connait déjà la majorité de ses notes comptant pour le baccalauréat ? C'est le casse-tête auquel semblent se trouver confronter certains élèves de Terminale, deux semaines après la fin des épreuves de spécialité, qui se sont déroulées pour la première fois cette année au mois de mars. D'autres ont tranché et n'ont déjà plus la tête au travail, au grand désespoir de leurs enseignants qui, pour nombre d'entre eux, avaient plaidé pour un report des épreuves au mois de mai, voire en juin, en même temps que la philosophie et le grand oral. Dans un communiqué du 22 septembre, le ministère de l'Éducation nationale avait douché leurs espoirs. 

"On a un certain nombre de retours de collègues qui confirment que des élèves viennent en pointillé, que des classes se trouvent à moitié vides", nous explique Jean-Rémi Girard, professeur de français et président du Syndicat national des collèges et lycées (Snalc), qui compte lancer une enquête d'ici la fin du mois pour quantifier le phénomène. "Cela nous permettra de voir si ces élèves se sont absentés un temps juste après les épreuves ou si on est sur du décrochage structurel", souligne-t-il.

"Pire une fois les résultats connus mi-avril"

Face à ce relâchement observé, professeurs et chefs d’établissement tentent de rétablir le contact avec les élèves concernés et leurs familles pour leur rappeler que "l'année n'est pas finie" et qu'il reste des enjeux. Ceux qui ne maintiendraient pas le cap jusqu’à la fin de l’année prennent notamment le risque d'arriver dans l’enseignement supérieur avec d'importantes lacunes, alors qu'une fois passées les épreuves de mars, un tiers du programme reste encore à étudier. "Mais personne ne semble vraiment surpris de cet effet, certains enseignant comprennent même, c'était le risque avec des épreuves en mars", poursuit le représentant du Snalc. "Ca pourrait même être pire une fois les résultats connus mi-avril, la semaine prochaine".

"Si on fait le calcul, aux deux tiers de l’année, 75% du bac sera joué. Le risque pour nous c’est qu’il y ait un fort taux d’absentéisme dès la fin de ces épreuves", prévenait déjà quelques jours avant le coup d'envoi Bruno Bobkiewicz, secrétaire général SNPDEN (le Syndicat national des proviseurs et directeurs de l'enseignement national), auprès de l'Etudiant. 

"Plus du tout dans l'esprit du baccalauréat"

Pour rappel, les deux spécialités de terminale retenues par chaque lycéen sont affectées d’un coefficient 16 et comptent pour 32% de la note finale au bac. Elles seront par ailleurs, pour la première fois aussi, prises en compte par la plateforme d'admission post-bac Parcoursup et deviennent ainsi un critère de taille pour être admis dans la formation de son choix. De  quoi en conclure semble-t-il pour certains élèves que les dés sont d'ores et déjà jetés, et que le dernier trimestre restant comporte finalement peu d'enjeux.

"Les épreuves de spécialité en mars ne servent que de concours d'entrée dans les formations sélectives post-Bac. On n'est plus du tout dans l'esprit du baccalauréat d'avant qui permettait l'accès à l'université pour tous", estime ainsi Pierre Priouret, professeur de mathématiques à Toulouse et secrétaire général du Snes-FSU dans l'académie, auprès de France Bleu. Ce dernier dresse le même constat :  "Les élèves ne s'investissent plus pour le dernier trimestre".

"Quelle erreur"

Sur la Toile, de nombreux commentaires d'élèves laissent en effet peu d'ambiguïté sur l'interprétation qu'ont fait certains lycéens de ce calendrier printanier inédit. "Ils auraient jamais dû nous mettre le bac en mars", peut-on notamment lire. "Quelle erreur", estime encore un lycéen, expliquant que "tout le lycée se croit en vacances". Entre ceux qui ont "l'impression d'être vacances" et ceux qui écrivent "être en vacances", tout est affaire de subtlité mais le résultat est a priori le même. "Ne me parlez plus d'école", conclut un dernier.

"Avant le bac ils révisaient et certains ne reviennent pas, nous sommes en vacances dans une semaine... certains sont absents depuis les dernières vacances", illustre encore une professeure d'histoire-géographie. "J’imagine la tête de l’inspecteur devant les cahiers de certains qui ont deux chapitres de retard", ajoute celle qui précise être inspectée le 25 avril prochain.

Notons qu'au décrochage initié par les élèves eux-mêmes, vient s'ajouter l'absentéisme de certains professeurs lié à la crise sur la réforme des retraites, qui inquiète, voire révolte certains parents. "Ma fille est quasi en vacances depuis les épreuves de spécialité du bac. Elle est dû faire 10 heures de cours en 3 semaines, catastrophique de voir ça en terminale", dénonce ainsi une mère de famille.

Pour rappel, après plusieurs éditions perturbées par la crise sanitaire, jamais les épreuves de spécialité héritées de la réforme de 2019 initiée par Jean-Michel Blanquer, n'avaient encore pu se dérouler en mars. Cette année, une première salve d'examens s'est échelonnée sur trois jours du 20 au 22 mars prochains pour les filières générale et technologique. 


Audrey LE GUELLEC

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