Des manifestations sont organisées ce samedi dans toute la France contre cette réforme.
L'une des mesures est particulièrement contestée par une très large partie du monde éducatif : l'instauration de groupes de niveau.
TF1 fait le point sur les raisons de la colère des parents d'élèves.

C’est une kyrielle de mesures censées élever le niveau des élèves. Sur le papier, les axes de la réforme du "choc des savoirs" "se révèlent difficilement critiquables", note la FCPE sur son site : "mieux soutenir les enseignants, adapter les enseignements aux besoins des enfants, rehausser le niveau d’exigence et d’ambition pour tous les élèves, etc." Pour autant, cette association de parents d’élèves est vent debout contre la réforme annoncée par le Premier ministre Gabriel Attal lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale. 

La FCPE et de nombreux syndicats appellent à manifester contre ce projet ce samedi à Paris et dans plusieurs villes de France. Il s’agit notamment du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, de SUD Éducation, CGT éduc’action ou encore d’Unsa-éducation. Ils appellent "celles et ceux qui se retrouvent dans le projet d’une école publique, laïque et émancipatrice à manifester pour l'école publique et pour dire non au 'choc des savoirs'", selon un communiqué commun. 

Cette réforme décriée a pour but de remettre au centre de l'apprentissage réalisé à l'école primaire "les savoirs fondamentaux" : la lecture, l'écriture ou encore le calcul. Elle a aussi pour objectif "d’adapter l'organisation des enseignements aux besoins de chaque élève". Un autre enjeu du "choc des savoirs" est de "rehausser le niveau d'exigence et d'ambition pour tous les élèves". "Les professeurs auront désormais le dernier mot s'agissant du redoublement", assurait en novembre 2023 Gabriel Attal dans un courrier adressé aux professeurs. 

Des "groupes de besoins" décriés

L'une des mesures, particulièrement contestée par une très large partie du monde éducatif, est l'instauration de groupes de niveau, en français et en mathématiques, au collège. Les textes officiels donnent une certaine souplesse à chaque établissement pour les mettre en œuvre. Ces "groupes" entreront en vigueur à compter de la rentrée scolaire 2024 pour les classes de sixième et de cinquième, et à partir de la rentrée scolaire 2025 pour les classes de quatrième et de troisième.

La ministre de l'Éducation nationale Nicole Belloubet préfère parler de "groupes de besoins". Dans la nouvelle rédaction des textes, le ministère a inscrit le mot "groupes" en remplacement de la formule "groupes de niveau" pour tenter d’apaiser la colère. "Une manœuvre hypocrite", estime la FCPE dans un communiqué publié sur son site. Ces groupes de niveau "heurtent notre vision de l’école", indique Audrey Chanonat, secrétaire nationale Éducation pédagogie au SNPDEN-Unsa, un syndicat des chefs d’établissement. 

Des opérations "collège mort"

"Une telle mesure est dramatique pour toute la société", explique de son côté Sylvain Connac, professeur en sciences de l’éducation à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Pour la FCPE, "les groupes de niveau sont sans effet notoire sur les meilleurs élèves et catastrophiques pour les moins bons". "Résultat, ils sont très efficaces pour creuser l’écart entre les bons et les mauvais élèves. Non pas parce que les meilleurs progressent plus vite, mais parce que les plus faibles plongent", affirme Sylvain Connac.

"Nous avons choisi ce métier pour faire réussir tous nos élèves, pas pour les trier, les mettre dans des groupes et leur mettre des étiquettes", critique Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat SNES-FSU, sur LCI. Laurent Zameczkowski, porte-parole de la PEEP, regrette également, sur notre antenne, "un manque de concertation qui fait que la mise en place de ces groupes semble un peu précaire". Interrogé par l’AFP, Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, juge pour sa part que "le pays ne veut pas de cette école où on trie les élèves, où on en éjecte certains".

"Il y a urgence, car l'école est à un point de bascule, le remède qu'on lui applique l'affaiblit plutôt que de résoudre les problèmes", déplore plus généralement Benoît Teste à propos du "choc des savoirs". "On n’arrive déjà pas à pourvoir les postes d’enseignants actuellement, donc nous sommes inquiets sur la capacité du ministère à pouvoir mobiliser des enseignants pour faire les réformes", déclare Laurent Zameczkowski. La FCPE dénonce pour sa part "une politique éducative menée en faveur de la performance et de l’excellence, au détriment des élèves les plus fragiles et socialement défavorisés" et plaide en faveur d’un "investissement massif pour l'école publique ainsi que la réussite de tous les élèves". Les syndicats appellent les familles à multiplier les opérations "collège mort" dans les jours à venir, soit le fait, pour les parents d’élèves, de ne pas mettre leurs enfants en classe afin de protester contre la réforme.


Julien CHABROUT

Tout
TF1 Info