Né en 2017, le concept de "distracted parenting" ou "parentalité distraite" désigne la surutilisation parentale des appareils numériques et notamment des portables.
Sans diaboliser les écrans, ces derniers réduisent considérablement les relations entre parents et enfants.
Aussi accros que les plus jeunes, voire davantage, les adultes doivent apprendre à mieux gérer le temps passé sur les appareils numériques s’ils ne veulent pas négliger leur progéniture.

Lâcher son smartphone n’est pas si simple ! 65 % des Français admettent être totalement dépendants de leur appareil, selon l’enquête Ifop réalisée en janvier 2024. Pour 49 % des utilisateurs, l’usage du portable au quotidien représente même une source de tensions au sein du foyer. Mais au-delà des conflits que les écrans peuvent engendrer, ils ont un impact sur le développement social et émotionnel de l’enfant, sans parler du risque accru d’accidents. 

Un manque d’attention et de surveillance dû au "distracted parenting"

Une étude américaine menée en 2017 sur l’utilisation des technologies numériques par les parents montre le poids de la technoférence. Inventé en 2014 par Brandon McDaniel, chercheur en psychologie familiale, ce terme désigne les moments où les appareils technologiques s’immiscent, entravent ou interrompent la communication dans la vie quotidienne. 

Ainsi, 50 % des parents interrogés admettent que l’utilisation des écrans perturbe leurs moments avec leurs enfants au moins trois fois par jour. L’étude a montré que l’interruption des interactions se révèle responsable des troubles de comportement chez l’enfant. Frustration et énervement se manifestent par des cris ou des pleurs lorsque le père ou la mère se détourne brusquement pour vérifier son téléphone. 

L’utilisation excessive des smartphones par les parents peut aussi avoir des conséquences sur la surveillance. En faisant preuve de distraction, vous êtes forcément moins vigilant. Or, les accidents de la vie courante, avec plus de 200 décès par an, restent la première cause de mortalité chez les moins de quinze ans, révèle Santé publique France. Chez les très jeunes, ces accidents surviennent généralement dans le cadre domestique, surtout à cause de chutes. 

Le "distracted parenting", responsable d’un problème de communication parent/enfant ?

Peut-être avez-vous déjà écouté votre enfant d’une oreille distraite ou interrompu une partie de jeux de société à cause de votre smartphone ? Mettre votre fille ou garçon sur pause pour répondre à un appel ou à un SMS, ou regarder une notification n’a rien d’un geste anodin puisque cela distend le lien parent/enfant. 

Le temps passé sur les écrans pollue les moments où vous devez être présent physiquement, mais aussi émotionnellement. Il risque de vous faire passer à côté de la méthode éducative appelée inchstone qui consiste à célébrer toutes les petites victoires des enfants. 

Introduite à la fin des années 1960 par le psychiatre James Bowlby, la théorie de l’attachement repose sur l’idée qu’un parent permet à son enfant de construire des représentations mentales de lui-même à travers les interactions (soin, tendresse et réactions positives). Plus tard, elles favorisent l’acquisition du langage puis la construction de l’identité chez l’adolescent. Négliger son enfant au profit des appareils numériques risque d’engendrer des retards de langage, des problèmes cognitifs ainsi que des troubles comportementaux. 

Quelles sont les bonnes pratiques à adopter ?

L’universitaire Catalina Briceño a étudié le phénomène du "distracted parenting" dans son livre "Parents dans un monde d’écrans". Elle évoque le paradoxe de la parentalité moderne : les adultes n’incarnent pas eux-mêmes ce qu’ils veulent enseigner aux plus jeunes, ils ne montrent pas l’exemple à suivre. Peut-être est-il judicieux de se demander pourquoi on passe autant de temps sur l’écran ? Est-ce à cause de l’ennui ? Trouver des activités qui plaisent tant aux petits et grands permet d’oublier les smartphones. 

Il est également conseillé de définir des plages horaires sans technologie. On évite l’utilisation des écrans pendant les moments importants de la vie familiale comme le repas ou lorsque la situation exige de la concentration (au cours de l’aide aux devoirs, par exemple). 


Emilie CARTIER pour TF1 INFO

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