Depuis plusieurs années, l'Éducation nationale peine à susciter des vocations.
Au point, selon le député Nicolas Dupont-Aignan, de conduire la Cour des comptes à préconiser la fin des recrutements sur concours.
Si l'institution fait une proposition en ce sens, elle ne porterait toutefois pas sur l'ensemble du territoire.

Dans une série d'académies, recruter des professeurs ressemble ces dernières années à un parcours du combattant. Dans ce contexte, certaines n'hésitent plus à mettre en place des initiatives d'un nouveau genre afin d'attirer les candidats. À la rentrée 2022, des "job dating" ont ainsi été largement médiatisés, du côté de Versailles notamment. 

C'est dans ce contexte que la Cour des comptes a dévoilé le 1er février un rapport, intitulé "Devenir enseignant : la formation initiale et le recrutement des enseignants". Un document de 170 pages qui a fait bondir le député et président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan. En réaction, il assure sur Twitter que "l’Éducation nationale touche le fond avec Macron !" et soutient que la Cour "veut supprimer le concours d’enseignants". Un résumé pour partie caricatural.

Une réponse aux difficultés de recrutement

La Cour des comptes note que le recrutement et la formation initiale des futurs professeurs a connu une série d'évolutions au cours des dernières décennies. Pour autant, "depuis 2010, ce nouveau cadre se révèle instable et ne garantit pas que la formation prépare de manière satisfaisante les étudiants à leur entrée dans le métier et à l’exercice de leurs futures fonctions". Si le rapport cherche à étayer ce constat, il propose également une série de pistes, de recommandations, afin que la situation puisse s'améliorer à l'avenir.

Aujourd'hui, le recrutement des professeurs s'effectue principalement par deux voies : la première est celle du concours, accessible pour des étudiants détenteurs d'un diplôme de niveau master. La seconde, quant à elle, s'opère par le recours à des contractuels, qui déposent des candidatures étudiées au sein des directions des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) pour le 1er degré, ou dans les académies pour les profs du 2nd degré.

La Cour préconise-t-elle la fin pure et simple des concours ? Non. En pratique, elle recommande seulement "dans les académies en difficulté et les disciplines en tension", de "permettre au recteur de recruter des enseignants sur des contrats de moyen terme sur le fondement de leur diplôme (master, en particulier MEEF) et sur entretien". Il s'agirait ensuite de les accompagner en leur fournissant "une formation adaptée", tout en demandant aux candidats retenus de s'engager formellement "à rester en poste pour la durée de leur contrat". Nommées à un poste précis, les personnes retenues ne seraient ainsi pas en mesure de solliciter une mutation vers un autre établissement ou une académie différente.

"Les étudiants", à défaut de se confronter aux épreuves des concours, pourraient "être recrutés 'directement' par la voie contractuelle, sur une durée comprise entre trois et cinq ans", estime l'institution, et se voir "accompagnés davantage dans leur prise de poste".

Entre critiques et inquiétudes

Le résumé de Nicolas Dupont-Aignan se révèle parcellaire, même si la Cour des comptes ouvre bien la porte sous certaines conditions à des recrutements sans concours. Il faut toutefois préciser, comme le fait le rapport, que "les difficultés de recrutement sont concentrées géographiquement sur des académies, Créteil et Versailles pour le premier degré, et, dans

certaines disciplines dans le second degré". De fait, les recrutements seraient poursuivis de manière traditionnelle dans le reste du pays, ainsi que dans les disciplines où les candidats demeurent en nombre suffisant.

Rappelons que le gouvernement n'est pas tenu de suivre ni même de s'inspirer des recommandations formulées par la Cour. Toutefois, le site spécialisé "Café pédagogique" souligne que "le 25 janvier", le ministre de l'Éducation Pap Ndiaye "évoquait devant l’Assemblée le recrutement 'd’élèves professeurs titularisés à l’issue de 5 années de formation'", soit, "exactement le schéma recommandé par la Cour des Comptes". Une perspective accueillie de manière critique, en raison notamment d'un manque de mesures liées au niveau des salaires. Or, les syndicats réclament avec insistance des efforts, en la matière, du gouvernement : ils estiment que des augmentations significatives permettraient de contribuer de manière efficace à la revalorisation du métier d'enseignant.

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Thomas DESZPOT

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