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Éducation : le redoublement, une pratique qui n'a jamais prouvé son efficacité ?

Publié le 23 novembre 2023 à 18h02, mis à jour le 6 décembre 2023 à 18h21

Source : JT 20h Semaine

Le ministre Gabriel Attal assume sa volonté de lever le "tabou" du redoublement dans l'Éducation nationale.
Cette pratique, assurent pourtant les syndicats, n'a jamais prouvé son efficacité, avec des recherches qui remettent en majorité son utilité en cause.
Débattu depuis des décennies, l'intérêt du redoublement demeure très discuté. Rares sont les études qui vantent ses mérites.

Il est nécessaire de "revoir" la "question du tabou du redoublement", estime Gabriel Attal. Le ministre de l'Éducation nationale, préoccupé par la baisse du niveau scolaire, a annoncé que ce seraient désormais les enseignants qui auraient le dernier mot pour déterminer si un élève doit ou non passer au niveau supérieur. Redoubler ne doit selon lui plus être évité au maximum, un changement notable alors que la tendance était depuis plusieurs décennies à réduire le recours à la pratique dans les classes. Les syndicats ont rapidement réagi : quand le SE-UNSA évoque une "réponse simpliste et médiatique" aux problèmes des élèves, la porte-parole du SNUipp-FSU souhaite que le gouvernement ne reste pas bloqué sur des "croyances", ajoutant que "toutes les recherches en éducation ont démontré" que redoubler "n’était pas efficace".

Un débat qui remonte au début du XXe siècle

Dans un mémoire de fin d'études consacré au redoublement en France, une étudiante norvégienne glissait en 2015 que le sujet était déjà sur la table il y a 100 ans. Elle s'est en effet référée à "des recherches datant de 1911", qui concluaient "que le redoublement n’était pas l’outil idéal pour régler le problème des difficultés scolaires et de l’échec scolaire". Des travaux qui en ont préfiguré de nombreux autres, à travers tous les continents.

Établi en 2004 à la demande du Haut Conseil de l’évaluation de l’école, un rapport a tenté de faire le point sur l'efficacité du redoublement dans la réussite des élèves. Sont alors citées plusieurs méta-analyses, des revues de littérature qui se sont penchées durant la seconde moitié du XXe siècle sur plusieurs centaines d'études scientifiques dédiées au sujet. Des écrits qui "font incontestablement référence", nous indique-t-on, et qui "montrent que le redoublement est préjudiciable aux élèves qui en sont l'objet". En pratique, "les redoublants progressent significativement moins que les élèves faibles promus, aux caractéristiques comparables, et ce quelle que soit l'année redoublée".

Des recherches plus récentes infirment-elles ces constats ? Pas vraiment. Dans une publication de 2019, des chercheurs belges en science de l'éducation livraient un constat sévère : "Le redoublement est inefficace, socialement injuste, et favorise le décrochage scolaire", était titré leur travail. "Dans les systèmes qui pratiquent davantage le redoublement, tant au primaire que dans le secondaire, les inégalités liées à l’origine socioculturelle de l’élève sont plus marquées", apprend-on, sur la base d'enquêtes internationales (PISA, PIRLS ou encore TIMSS).  

En ce qui concernent les seules performances des élèves :  les résultats imputables au redoublement "sont un peu moins concordants" : "La tendance majoritaire" met en lumière "un lien négatif assez faible entre les taux de retard et les performances moyennes des systèmes éducatifs". Des conclusions que partage l'OCDE, puisque l'institution internationale souligne que "les pays où le taux de redoublement est élevé affichent généralement une performance globale inférieure [...] que les pays où ce taux est plus faible". Dans le même temps, ce sont aussi les pays où la réussite sociale des élèves dépend le plus de leur origine sociale.

Un besoin d'accompagnement pour les élèves en difficulté

Au cours des dernières années, des travaux ont tenté non pas de réhabiliter le redoublement, mais plutôt de reconsidérer les conclusions sur son manque d'efficacité. Parmi les éléments avancés, on retrouve le fait que bon nombre des études citées en exemple affichent des faiblesses méthodologiques. Pour autant, les spécialistes tendent à s'accorder sur le peu de résultats obtenus en faisant redoubler les élèves. 

En France, le Centre national d'étude des systèmes scolaires (Cnesco) se montre très critique sur cette solution. "Dans la majorité des études, le redoublement n’a pas d’effet sur les performances scolaires à long terme", lit-on. "Quelques études obtiennent des effets positifs à court terme dans des contextes très particuliers (notamment lorsque le redoublement est accompagné d’autres dispositifs de remédiation comme des écoles d’été)", mais le redoublement présente "toujours un effet négatif sur les trajectoires scolaires et demeure le meilleur déterminant du décrochage".  

À la lumière de ces expertises, la France a conduit des politiques de réduction du redoublement dans les écoles. La loi 8 juillet 2013, dite "d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République", actait d'ailleurs son manque d'intérêt pour les élèves. "Il convient de poursuivre la réduction progressive du nombre de redoublements, car il s'agit d'une pratique coûteuse, plus développée en France que dans les autres pays et dont l'efficacité pédagogique n'est pas probante", assurait le texte.

Le redoublement s'est raréfié au cours de deux dernières décennies en France.
Le redoublement s'est raréfié au cours de deux dernières décennies en France. - Repères et références statistiques / Éducation nationale

Dans certains pays, le redoublement apparaît comme "la solution par défaut aux difficultés d’apprentissage des élèves", font parfois remarquer les chercheurs. Une réponse peu efficace, qui ne fait pas ses preuves pour compenser le retard accumulé par les jeunes les moins en réussite. C'est ainsi que dans certains pays, en particulier ceux du nord de l’Europe (Scandinavie, Danemark, Royaume-Uni, etc.) le redoublement fait plutôt figure d'exception. Ils pratiquent au contraire un "passage automatique avec un suivi en cas de difficulté", remarquait en 2005 le ministère de l'Éducation nationale. Sans pour autant que cette politique éducative ne vienne affecter les résultats globaux des élèves.

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Thomas DESZPOT

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