La natalité en France est en chute libre sur les 11 premiers mois de 2023, selon l'Insee.
Cette tendance s'explique par "une année d'hyper-inquiétude" des Français quant à leur avenir économique, mais aussi par des sociétés de plus en plus individualistes.

Le nombre de naissances en chute libre. Entre janvier et novembre 2023, 621.691 bébés sont nés en France, soit 45.000 de moins qu’en 2022 sur la même période. Cela représente un recul du nombre de naissances de 6,8% sur les onze premiers mois de l’année, selon des données de l'Insee publiées jeudi 4 janvier. Le nombre de naissances devrait ainsi être à son plus faible niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

Des inquiétudes liées à l'avenir économique

La raison principale de cette nouvelle baisse : "Une année d'hyper-inquiétude liée à l'avenir économique!", affirme Rémy Oudghiri, sociologue et directeur de Sociovision (groupe IFOP). "On est entré dans un niveau inédit d'inflation qu'on n'avait jamais connu depuis les années 70. D'autant plus sur des postes de dépense vitaux comme l'alimentation, l'énergie, l'électricité ou encore le carburant", analyse-t-il.  

Sociovision a récemment publié son étude annuelle déterminant qu'en 2023, 67% des Français ont souhaité mettre de l’argent de côté pour "assurer leur avenir", un record absolu. "Il y a un besoin de sécurité économique qui est très fort aujourd'hui", commente-t-il. "2023 est aussi une année qui suit une année de choc : le choc de l'inflation, le choc de la guerre en Ukraine, ou encore le choc de la menace des pénuries d'électricité". 

Le sentiment d'aller vers l'inconnu

Selon cette même étude, en 2023, 73% des Français ont le sentiment que "le monde a de moins en moins de sens ", là encore un record absolu. "Plus on progresse dans le XXIe siècle, plus on a le sentiment qu'on va vers l'inconnu", détaille Rémy Oudghiri, interrogé par TF1info.

"Avant, on était dans une dynamique historique positive avec la démocratisation suite à la chute du communisme, la mondialisation qui se développait, et internet qui était perçu comme quelque chose de très positif. Ce qui donnait envie d'avoir des enfants. Aujourd'hui, si on se projette, on a en tête le réchauffement climatique, les régimes autoritaires qui se mettent en place, les conflits, et l'intelligence artificielle qui fait peur, car notre emploi sera peut-être menacé", poursuit le sociologue. 

Des sociétés beaucoup plus individualistes que dans le passé
Rémy Oudghiri, sociologue et directeur de Sociovision

"Mais il s'agit surtout d'une tendance de fond", rappelle Rémy Oudghiri. En effet, depuis 2011, le nombre de naissances a reculé chaque année en France, à l'exception de 2021 qui a connu un léger rebond après les confinements liés à la pandémie de Covid-19, comme le montre le graphique ci-dessous. "Nous sommes dans des sociétés beaucoup plus individualistes que dans le passé, où l'idéal d'autonomie pousse à faire des études plus longues, on se met en couple plus tardivement", analyse le sociologue. 

Il est tout même important de rappeler que le taux de fécondité de la France reste le plus élevé de l'Union européenne, avec 1,84 enfant par femme en 2021, selon Eurostat. La moyenne des pays de l'UE, elle, est de 1,53. "Pour des raisons qui sont liées à l'infrastructure des crèches notamment, plus soutenues en France qu'ailleurs", explique Rémy Oudghiri. 


Marie TERANNE

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