Selon une étude publiée par Santé publique France, un enfant de deux ans passe en moyenne 56 minutes devant un écran chaque jour.
Un temps qui passe à 1h34 pour les enfants de cinq ans et demi.
Quels gestes doivent adopter les parents ?

On ne compte plus les articles expliquant que les tablettes et les smartphones se révèlent des drogues dures pour les enfants, soutenant qu'ils sont de plus en plus nombreux à présenter des signes de dépendance aux écrans et que n’importe quel jeu en ligne a un effet sur la dopamine, cette hormone liée au plaisir incitant à jouer toujours plus. Reste que le temps passé devant les écrans des enfants français s'avère bel et bien en constante augmentation ces dernières années. 

À partir des données de l'étude Elfe, qui a suivi plus de 18.000 familles dans le pays ayant un enfant né après 2011, des chercheurs de l'Inserm et Santé Publique France ont dressé le tableau du temps passé sur les écrans des enfants âgés de 2 ans à 5 ans et demi. Et le résultat est édifiant : dès deux ans, un enfant français passe en moyenne 56 minutes chaque jour devant un écran, avec "une persistance individuelle de l’utilisation au cours du temps", selon les chercheurs. En d'autres termes, plus les enfants grandissent, plus la consommation est grande. 

"C'est dès le réveil, après le diner, avant le coucher, tout le temps, tout le temps, tout le temps...", constate un père de famille, dans le reportage de TF1 ci-dessus. Et lorsqu'il propose une autre activité que la tablette, la perspective de ses enfants reste la même : "L'idée, c'est de savoir quand est-ce qu'on aura fini cette activité pour savoir quand est-ce qu'on va pouvoir reprendre la tablette", témoigne-t-il. "Ils sont chacun sur les écrans, personne ne partage avec personne", ajoute la mère de famille, constatant que les règles de durée imposées sont régulièrement transgressées. Cette famille n'est évidemment pas un cas isolé... D'où cette question : peut-on contrer cette inflation ?

Quand un enfant regarde plus d’une heure d’écrans, trop d’images se muent en agressivité.
Alain Sotto, psychopédagogue et neuropédagogue

Le premier problème lié à cette addiction aux écrans se révèle l'isolement de l'enfant face aux images qu'il consomme. Pour Vanessa Lalo, psychologue spécialiste des pratiques numériques interviewée par TF1, la clef reste de toujours accompagner son jeune enfant dans ce qu'il regarde. "Une heure par jour passée tout seul, de manière passive, devant un écran ne peut pas être bon", estime-t-elle. "Par contre, une heure en collectif, en famille, accompagnée de manière verbalisée, ça n'a rien à avoir et on voit que ça n'a aucun impact sur le développement de l'enfant".  

Alain Sotto, psychopédagogue et neuropédagogue, sollicité par TF1info dans un précédent article, abonde : "Bien sûr, il ne faut pas condamner la consommation des écrans". "Le mieux, c’est d’accompagner l’enfant, de verbaliser ce qui se passe sur un écran." Car, selon lui, "quand l’enfant regarde plus d’une heure d’écrans, trop d’images se muent en agressivité" : Face à ce trop-plein d’images, il saturera et comprendra tout seul qu’il n’a pas accès à son intériorité, qu’il ne peut pas réfléchir. L’enfant est comme une éponge qui absorbe des images, avec une mémorisation nulle. C’est valable pour les enfants, mais aussi pour les adultes. Interrogez ces derniers à la fin d’un journal télévisé, vous n’aurez rien du tout." 

Montrer où se cachent toutes les ressources de l'imaginaire

Comme toutes les nouvelles technologies, il faut donc apprendre à les utiliser, à bon escient et avec parcimonie, à l'instar de Baptiste, père du jeune Raphaël, âgé de neuf ans, dans le reportage de TF1. Son fils ne peut avoir recours pas de tablette en semaine, sauf pour apprendre l'anglais ou les accords de guitare. Le week-end, le père lui donne accès et contrôle la durée d'utilisation depuis son téléphone. Une bonne mesure, le père comprenant par ailleurs aussi l'enjeu culturel d'un tel objet. "Moi, petit, comme plein d'enfants, j'aimais les étoiles. Lui, la chance qu'il a, c'est qu'avec une application, il peut les reconnaître", avoue-t-il. "Cela donne un petit côté ludique au pédagogique", dit-il. 

Pour autant, existe-t-il d'autres façons pour accompagner son enfant, pour éviter que cela devienne une addiction trop forte et donc des alternatives à ce monde saturé d'écrans ? Pour la famille interrogée par TF1, pas de doute, c'est le collectif, la solution : les jeux de société restent encore le rempart le plus sûr ou alors les sorties, les expositions, les initiatives faisant que l'enfant ne reste pas passif, aiguise son esprit critique. 

Il faut donc aussi inciter les parents à faire découvrir à leurs enfants qu'un autre monde est possible sans avoir recours à un écran de tablette : "Les parents peuvent aussi conseiller l’enfant, lui dire ce qu’ils faisaient quand ils s’ennuyaient à son âge, ce qu’ils font en tant qu’adultes quand ils s’ennuient. Et montrer que s’y cachent toutes les ressources de l’imaginaire, à portée de main", assure Alain Sotto. "Quand on lit, quand on se forme des mots en images et en sensations, on ne s’ennuie pas."

Alain Sotto propose "une solution simple à laquelle les parents ne pensent pas toujours : créer une interactivité chez l’enfant face à l’environnement". "Les enfants", développe-t-il, "aiment qu’on leur raconte des histoires, mais ils aiment aussi se raconter des histoires. Mon conseil, c’est de les laisser jouer dans un jardin. Je vois mon petit-fils de 5 ans et ma petite-fille de 2 ans, ils ne s’y ennuient pas une seconde, ils creusent, font des monticules, observent des insectes, parfois les martyrisent. Ils passent plus de temps à inventer des activités qu’avec leurs jouets qu’ils ont en abondance. Les enfants les plus créatifs vont préférer, en observant leur environnement, voir ce qu’ils vont en tirer pour avoir du plaisir."


Romain LE VERN | Reportage Laura Adda, Imane Rachati

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