Les politiques se pressent au Salon de l'agriculture : mais pour qui les paysans votent-ils ?

Publié le 26 février 2024 à 18h32

Source : TF1 Info

Emmanuel Macron samedi et Jordan Bardella dimanche ont lancé depuis le Salon de l'agriculture la bataille pour les élections européennes.
Le vote des agriculteurs est particulièrement prisé par Renaissance et le Rassemblement national, en tête des sondages à quatre mois du scrutin.
Mais à qui les agriculteurs donnent-ils leur voix ?

C'est un électorat numériquement peu important, mais qui se mobilise beaucoup. À quatre mois des élections européennes, alors que les agriculteurs sont au centre des attentions depuis plusieurs semaines, ils sont particulièrement choyés par les formations politiques qui ont les élections européennes du 9 juin prochain dans leur viseur. 

À commencer par Renaissance et le Rassemblement national. Leurs deux leaders, Emmanuel Macron et Jordan Bardella, étaient présents au Salon de l'agriculture ce week-end, et ont lancé les hostilités. Le président de la République a fustigé le "projet de décroissance et de bêtise" du RN qui consisterait à "sortir de l'Europe", Jordan Bardella revendiquant de vouloir "changer de logiciel" au niveau européen. 

Le vote des agriculteurs a toujours été très convoité, d'ailleurs avant les élections présidentielles, la plupart des candidats se prêtent à l'exercice d'un grand oral au congrès de la FNSEA, premier syndicat agricole. Pourtant, numériquement parlant, les exploitants ne représentent qu'1,5% de la population active – ils sont 400.000 exploitants. Mais leur électorat est plus important, si l'on y ajoute les employés dans les fermes françaises et les retraités, cette population représente environ 8% du corps électoral. Une part non négligeable, surtout lorsque l'on sait que ses membres se mobilisent fortement lors des élections. La part d'agriculteurs à aller voter est toujours plus importante que dans le reste de la population française. 

Historiquement, un vote acquis à la droite modérée

Historiquement, les agriculteurs ont toujours voté à droite. En 2007, 51% de la profession avait voté pour Nicolas Sarkozy au premier tour. Auparavant, ils avaient fait confiance à Jacques Chirac. En 2012, ils étaient de nouveau 40% à vouloir faire confiance au président sortant dans les enquêtes d'opinion publiées avant la présidentielle. La donne a changé en 2017 avec la candidature d'Emmanuel Macron et les déboires de François Fillon (20% d'intentions de vote chacun).

En 2022, les agriculteurs ont de nouveau accordé leur confiance au président de la République. Selon un sondage Ifop commandé par la FNSEA et publié fin mars 2022, au premier tour les agriculteurs avaient l'intention de voter à 30% pour Emmanuel Macron, à 13% pour Valérie Pécresse, à 12% pour Eric Zemmour, à 11% pour Marine Le Pen, à 9% pour Jean-Luc Mélenchon, à 8% pour Jean Lassalle ou encore à 7% pour Yannick Jadot. Au second tour, Emmanuel Macron était donné gagnant dans toutes les hypothèses, contre Valérie Pécresse (65%), Marine Le Pen (70%) ou Eric Zemmour (74%).

Marine Le Pen moins forte chez les agriculteurs que dans le reste de la population

Ainsi, à l'exception de 2002, lorsque 22% des agriculteurs avaient voté pour Jean-Marie Le Pen, l'extrême droite accuse un déficit électoral persistant dans cette catégorie professionnelle. Les 11% de Marine Le Pen dans ce sondage réalisé pour la FNSEA sont loin des 18,5% recueillis dans le même temps par la cheffe du RN dans le reste de la population. En réalisant un score de 30% dans l'hypothèse d'un second tour face au président sortant, elle se situe 14 points en-dessous des intentions de vote du grand public.  

"Il y a une partie des agriculteurs qui penche à gauche, avec le bio, tout ça ; un électorat qui est resté fidèle à la droite traditionnelle, notamment les plus prospères ; mais vous avez aussi ceux qui subissent de plein fouet la dégradation de la ruralité et qui sont inquiets des perspectives européennes, et qui, eux, sont un électorat disponible pour le Rassemblement national", explique à l'AFP le sondeur Jérôme Sainte-Marie, qui travaille pour le RN.

Le RN en opération séduction

Le Rassemblement national, en tête des intentions de vote pour les élections européennes (10 points devant la majorité présidentielle selon le dernier sondage LCI), a bien compris que la marge de manœuvre était importante et compte bien profiter de la situation. Quitte à être accusé de récupération politique ? "Rien à foutre. La solution sera politique, donc, oui, il faut récupérer politiquement", assume un député RN, sûr que le programme de son parti "correspond exactement aux demandes des agriculteurs" et, donc, "que ça [lui] profitera électoralement" lors du scrutin européen du 9 juin.

Ces dernières semaines, le RN s'attache par exemple à reprendre à son compte certaines demandes emblématiques du syndicat Coordination rurale, comme "l'exception agriculturelle". Ce qui a fait dire ce week-end au chef de l'État que le parti de Jordan Bardella et le mouvement syndical, numéro deux dans la profession, avaient des accointances et étaient unis contre lui. 


Justine FAURE

Tout
TF1 Info