"Nous avons besoin d'une alliance (...) avec le Rassemblement national", a annoncé le président des Républicains Éric Ciotti ce mardi sur TF1.
Une décision condamnée par l'immense majorité des élus LR, même si certains se sont montrés peu surpris.
En effet, voilà des années que l'ex-député des Alpes-Maritimes flirte avec la droite identitaire.

"Arrêtons de faire des oppositions fictives, un peu factices." Est-ce un aveu qu'Éric Ciotti a formulé, mardi 11 juin sur le plateau de TF1, en annonçant que les Républicains avaient "besoin d'une alliance (...) avec le Rassemblement national" en vue des élections législatives ? Concédant qu'il avait passé des années à essayer de maintenir "un équilibre" entre ceux qui, au sein de son parti, penchaient vers l'extrême droite ou ceux plus au centre du côté de la majorité, l'ex-député des Alpes-Maritimes a finalement choisi : il souhaite définitivement regarder vers la droite radicale et identitaire. Ce qui n'est pas vraiment une surprise lorsqu'on se penche sur ses déclarations passées.

Il l'a avoué lui-même sur le plateau du 13H de TF1 : "Quand je porte des textes sur l'immigration qui sont très similaires de ceux que d'autres formations plus à droite ont porté, nous disons la même chose. Nous voulons faire face au chaos migratoire et à une urgence. Quand nous portons des mesures sur les peines planchers aussi nous voulons faire la même chose." Sur ces mesures sécuritaires et migratoires, Éric Ciotti confirme donc une proximité avec le RN. En 2022 tout au long de la campagne pour la présidence du parti, il défendait en son nom la suppression du droit du sol, l'expulsion immédiate de tous les immigrés clandestins, la suppression du regroupement familial et de l’Aide médicale d’État, le rétablissement des peines planchers ou encore un encadrement militaire pour les mineurs délinquants. Des mesures que défendait également Marine Le Pen à la présidentielle.

Ciotti, une "dérive" vers l'extrême droite

Au sein même de son camp, l'ex-député des Alpes-Maritimes est connu pour être partisan d'une ligne identitaire, très sécuritaire, proche des idées du RN. C'est d'ailleurs ce qui a fait fuir le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur Renaud Muselier (Renaissance) en 2021 en dénonçant une "dérive politique" du parti vers l'extrême droite, dérive incarnée selon lui par Éric Ciotti. "Déjà, quand il refusait de me soutenir aux régionales face au RN, il était évident qu’Éric Ciotti était la cinquième colonne de l’extrême droite chez Les Républicains", a-t-il posté sur X ce mardi en condamnant fermement l'idée d'une alliance avec le RN. "Quand j’ai rejoint le gouvernement, je n’ai pas quitté mes convictions de droite, j’ai quitté une ligne politique qui partait à la dérive. Ce que je redoutais vient d’arriver", a commenté de son côté la ministre de la Culture Rachida Dati.

Beaucoup ne se diront pas étonnés, se souvenant d'une interview donnée à Valeurs Actuelles en avril 2021, dans laquelle Éric Ciotti avait assuré que ce qui "différenci[ait]" son parti du Rassemblement national était la "capacité à gouverner". À l'automne 2021, il avait également déclaré, en prévision du second tour de l'élection présidentielle : "Entre Macron et Zemmour, je le dis : je préfère Zemmour". Il reconnaissait "partager une partie du constat que dresse Éric Zemmour quand il décrit une France en déclin, menacée par l’islamisme et une immigration de masse. Il est inutile de nier ce constat, je le fais depuis des années, ce serait ridicule". Lors de la qualification d'Éric Ciotti au second tour du Congrès LR pour désigner le candidat du parti à l'élection présidentielle, le fondateur de Reconquête s'était d'ailleurs réjoui de son succès. "Heureux, cher Éric, de voir nos idées si largement partagées par les militants LR", avait-il écrit. 

"Grand remplacement" et "racines chrétiennes"

Éric Ciotti a toujours usé d'un vocabulaire proche de celui de l'extrême droite et n'a jamais hésité à reprendre certaines de ses thèses décriées comme celle du "grand remplacement". "Je n’ai pas peur des mots, s’il faut parler de grand remplacement, je parle de remplacement […] Dans cette campagne, je veux abattre le politiquement correct", disait-il sur LCI lors de la campagne du Congrès LR. Le président des Républicains évoque régulièrement la "guerre de civilisation" ou les "racines chrétiennes" de la France. Récemment, il a repris à son compte un tweet polémique du parti sur l'Algérie disant : "Message de service à l’Algérie, il faut tout reprendre, les biens et le mal : criminels, délinquants, clandestins, OQTF..." Éric Ciotti avait retweeté en ajoutant comme commentaire : "Transmettons également à l’Algérie la liste des délinquants qu’ils doivent reprendre chez eux".

Ce mardi, il est ainsi devenu le premier dirigeant de la droite républicaine à proposer un accord qui, s'il se concrétise, sera le premier de ce genre en France avec l'extrême droite.


Justine FAURE

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