EVOLUTION - Le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a lancé lundi un appel du pied en direction de Manuel Valls en vue de la primaire de gauche. Il est loin le temps où il considérait François Hollande comme le candidat naturel à la présidentielle de 2017. On rembobine.

Les plaques tectoniques sont en train de bouger rue de Solférino. Le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a clairement ouvert la porte lundi, sur France Inter, à une candidature de Manuel Valls en cas de défection de François Hollande. Tout en rappelant, comme à son habitude, les précautions d'usage ("On ne sait pas pour l'instant si le président de la République se représentera"), le Premier secrétaire a franchi une étape en évoquant la primaire de gauche, organisée en janvier. 

Il y a quatre ou cinq personnalités qui peuvent se présenter. La principale vous le savez bien, c’est Manuel Valls [...] C'est celui sûrement qui a aujourd'hui le plus de possibilités
Jean-Christophe Cambadélis

Le Premier ministre, qui reste pour l'heure officiellement fidèle au chef de l'Etat, appréciera. D'autant qu'il laisse, dans l'ombre, son entourage construire peu à peu son image de "présidentiable". En particulier depuis la parution du livre de confidences sur François Hollande, qui a eu des conséquences délétères au sein du PS. 

Pour autant, le patron du PS n'a pas toujours tenu ce discours. Loin s'en faut. Remontons dans le temps. 

Février 2016 : "Le seul qui peut mener la bataille, c'est François Hollande"

Début 2016, alors que le gouvernement s'apprête à présenter sa loi Travail, la majorité est d'ores et déjà divisée sur la ligne du gouvernement et sur son bilan. Aussi, de nombreuses voix au PS se font entendre pour organiser une primaire. A cette époque, Jean-Christophe Cambadélis est résolument hostile au principe, en parfait accord avec François Hollande qui souhaiterait également s'en passer. "Dans cette période, la candidature aux primaires et à la présidentielle ne s'improvise pas", estime-t-il sur BFM TV. "Nous sommes en guerre, nous avons le terrorisme, nous avons une situation économique détestable. Le seul qui peut aujourd’hui prétendre mener la bataille pour l’emporter, c’est François Hollande".

Mars 2016 : "A la fin, ça sera Hollande"

Même stratégie quand, un mois plus tard, le Premier secrétaire adresse un oukase aux cadres socialistes. Il les enjoint à se déterminer sur la candidature de François Hollande, qu'il souhaite personnellement. Une sorte de référendum qui permettrait d'éviter, là encore, de passer par la case primaire. "Il faut de la clarté", justifie-t'il. "Que les socialistes disent, les uns et les autres, pour qui ils sont. Dès maintenant." Il ajoute même à l'adresse des concurrents : 

Ce jeu qui vise à faire comme si on était candidat tout en sachant qu'à la fin ce sera François Hollande abîme la totalité du dispositif de la gauche
Jean-Christophe Cambadélis

Août 2016 : "La balance penche en faveur de sa candidature"

En juin 2016, le PS a fini par valider le principe de la primaire et Jean-Christophe Cambadélis, comme François Hollande, s'y sont résolus. Le patron du PS croit cependant toujours en la capacité du chef de l'Etat à s'imposer à ses concurrents qui s'apprêtent à lancer leur campagne, d'Arnaud Montebourg à Benoit Hamon. Au JDD, il explique donc, plus prudemment, que François Hollande "se prépare à toutes les éventualités, mais la balance penche vers sa candidature". 

Octobre 2016 : "D'autres solutions seraient envisageables"

Les révélations sur les "confidences" de François Hollande, sur fond de mauvais chiffres du chômage, ont déclenché un raz-de-marée chez ceux qui soutenaient encore le Président - à commencer par le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone. Le vent de la contestation s'est levé chez les ténors du PS. Interrogé par LCI, Jean-Christophe Cambadélis change lui aussi de ton et commence à relativiser sérieusement la candidature de François Hollande. "Aujourd'hui, quel que soit le candidat de la gauche, on ne passe pas le premier tour", s'alarme-t-il. "La balle est dans le camp du président de la République. S'il envisageait de ne pas y aller, d'autres solutions seraient envisageables. Nous avons pour cela les primaires..."

Alors que de nombreux responsables PS appellent ouvertement à une candidature alternative de Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis leur a emboîté le pas ce lundi en jugeant que le Premier ministre pouvait être le favori. "Cambadélis, contrairement à Valls, a une façon pleine de tact de lâcher François Hollande", résume le politologue Thomas Guénolé, contacté par LCI. Reste à en convaincre le principal intéressé, qui semble loin de se résigner à la retraite politique


Vincent MICHELON

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