Elections présidentielles

Parrainage des candidats : les "petits" maires très sollicités et … désabusés

Claire Cambier
Publié le 23 février 2017 à 8h44
Cette vidéo n'est plus disponible

Source : Sujet JT LCI

EN CAMPAGNE - Tous les candidats à la présidentielle ne pourront pas se présenter face au Français le 23 avril prochain. Pour officialiser leur candidature, chacun doit obtenir 500 signatures d’élus, 500 parrainages. Les maires sans étiquette des bourgs et des villages sont particulièrement sollicités notamment par les "petits" candidats, mais répondent-ils à l’appel ?

Les sollicitations sont multiples. Il y a d’abord les mails. "On en reçoit de partout, plein de candidats qu’on ne connait même pas", raconte Gérard Janus, le maire d'une petite commune du Bas-Rhin. Puis les courriers : "Beaucoup de promesses de campagne de petits candidats" continue Philippe Boullier, l’édile de Grand Camp dans le Pas-de-Calais. Mais aussi du Front national : "Pour Marine Le Pen, c'est toujours le cas, et il n'y a pas que les courriers, il y a aussi les coups de téléphones, ça devient pénible", peste Bernadette Macquart, maire de l’Estréchure. Certains vont même jusqu’à faire du porte à porte dans les mairies, voire directement au domicile des élus. "Une fois, j’ai eu un représentant du Front de Gauche qui sonnaît sans arrêt à ma porte", se souvient, un peu exaspérée, la Gardoise. "On est tous sollicités", confirme Francis Granderie, maire de Verlincthum (62), car la course aux parrainages est clairement lancée.

Chaque candidat à la présidentielle doit présenter 500 signatures d’élus avant le 17 mars, 18h, pour avoir l'opportunité de concourir à l’élection. Parmi eux : des députés, des sénateurs, des conseillers régionaux et départementaux mais surtout des maires. La France compte près de 36.000 communes, constituant un énorme vivier de potentiels parrains. Point non négligeable : 95% d'entre elles comptent moins de 10.000 habitants. Or dans les bourgs et les villages, les élus sont bien souvent "sans étiquette" et n’ont aucun compte à rendre à un quelconque parti. Mais ces cibles privilégiés semblent cette année trop désabusées pour se plier à la règle.

Ils se fichent pas mal de la ruralité

Bernadette Macquart, maire de L'Estréchure (Gard) - 170 habitants

Aux quatre coins de l'Hexagone, les maires crient leur ras-le-bol. "Dans la ruralité, on fait tout, tout seul, et au moment des élections, on vient nous chercher. On en a marre", rage Bernadette Macquart. Comme à chaque élection présidentielle, l'ancienne militante du Front démocrate n'apportera pas sa signature à un candidat. Une proposition que rejoint Robert Pascolo. "Je me concentre uniquement sur ceux que je connais", nous dit le maire de Thilay. Cet Ardennais estime que les candidats à la présidentielle sont "trop éloignés" et qu'ils "ne se préoccupent pas de la population". Il n'a donc pas donné suite aux quelques sollicitations qu'il a reçues. Il est vrai que dans les petites communes, les conseils municipaux sont très peu politisés, on collabore "entre voisins". 

C'est assez le cirque comme ça, je ne vais pas me mêler à l'orchestre

Robert Pascolo, maire de Thilay (Ardennes) - 1080 habitants

L'autre raison qui calme les ardeurs des maires reste, dans bien des cas, le climat politique actuel. "C'est assez le cirque comme ça, je ne vais pas me mêler à l'orchestre", poursuit l'édile de Thilay. "Je suis très déçu par tout ce qu'on voit dans les médias". Même son de cloche à Grand Camp. Quand Philippe Boullier voit le choix politique, il avoue qu'"il n'y en a pas beaucoup qui (lui) plaisent". Les candidats des principaux partis "n'ont pas besoin de nous" et les autres "n'ont aucune chance", estime-t-il. "Au moins, on ne se trompe pas, comme ça", ironise cet agriculteur. 

Entre "l'éclatement du PS" et "les affaires avec Fillon", François Boisset, maire de Riom-ès-Montagnes, reconnait que cette année est bien particulière. Une élection "dantesque" décrit, de son côté, Bernadette Macquart. "J'ai 65 ans, alors peut-être que je suis dépassée par les événements", admet cette centriste, "mais c'est la première élection où je ne me reconnais pas". Revenant sur la question des parrainages, elle considère de toute façon que le président doit être "la rencontre entre un homme et son électorat". "Même si c'est la règle, je ne me sens pas plus légitime qu'un autre" pour choisir un candidat.

Ce n'est pas normal qu'on privilégie les partis

Aurélien Tabuteau, maire de Plaisance (Vienne) - 180 habitants

La maire de Plaisance, dans la Vienne, a trouvé une solution à cette faiblesse démocratique. "Je souhaitais parrainer quelqu'un", nous raconte-t-il. "Tout le monde peut prétendre au poste de président, s'il a la volonté de faire avancer la France." Mais il considérait que le système des parrainages était injuste et pas totalement démocratique : "Il n'y a qu'à voir comment le marché des élus est fermé". Les candidats appartenant à un grand parti, plus médiatisés, plus soutenus, ont plus de chances de gagner l'élection. "Ce n'est pas normal qu'on privilégie les partis."

Aurélien Tabuteau a donc fait le choix le plus démocratique possible : plutôt que d'écouter une organisation politique, il s'est tourné vers ses administrés. Du vendredi 24 février jusqu'au 10 mars, les habitants de Plaisance pourront choisir qui des candidats en lice obtiendra le précieux sésame, la fameuse signature d'élu. "Une démarche naturelle" aux yeux du maire et "une belle manière de représenter tous les habitants". Aurélien Tabuteau a toujours défendu une gouvernance transparente "à tous les niveaux", que ce soit pour l'achat d'un nouvel équipement ou un choix de voierie. Il a donc proposé ce vote au conseil municipal, qui a approuvé ce choix.  Le "plus bel aspect de (son) travail" est sans aucun doute la proximité avec ses 180 administrés, "les maires des grosses communes ne savent pas ce qu'ils ratent".

Il faut avoir le courage de ses opinions

Pierre Gautier, maire de Forcalqueiret (Var) - 3 000 habitants

Un acte consciencieux mais assez rare pour être souligné. Les maires qui font le choix du parrainage optent plus généralement pour un choix de conviction, tout spécialement cette année, où ils semblent nombreux à franchir le pas pour la première fois. 

Pierre Gautier, maire de Forcalqueiret, a ainsi "rapidement choisi". Et si une récente réforme rend désormais les parrainages publics, il ne trouve pas cela gênant : "Il faut avoir le courage de ses opinions." Sa signature, la première de sa carrière, ira à Emmanuel Macron. Car il considère que l'élection est cette année "très particulière" avec un choix qui s'est "réduit comme une peau de chagrin". Ce Varois trouve "trop dangereux" de soutenir un "petit" candidat, cela ne ferait qu'"éparpiller les voix au premier tour". "A quoi ça sert ?", questionne-t-il. Très remonté contre le Front national, il craint une montée en puissance de ce parti, qui a enregistré de très bons scores dans son département et s'insurge contre les partis traditionnels. 

Je ne voterai jamais plus j socialiste

François Boisset, maire de Riom-ès-Montagnes (Cantal) - 2650 habitants

La course aux parrainages, c'est aussi la "fête" des partis traditionnels et de leur candidat. François Fillon (Les Républicains) et Benoît Hamon (PS) en prennent ainsi pour leur grade. "Je ne suis pas convaincu par monsieur Fillon" et "sa série de casseroles", détaille Pierre Gautier. L'élu regrette le décalage entre le candidat et "la France d'en bas". "Il faut voir ce que (ces sommes) représentent pour les gens", et même ... pour lui-même qui touche 1300 euros nets par mois pour son mandat. Le Varois enchaîne rapidement sur Benoît Hamon : s'il a adhéré quelques temps au Parti socialiste, son affiliation ne lui a pas laissé "un souvenir impérissable", et il a exlu le candidat de sa sélection. 

L'édile de Riom-ès-Montagnes, une commune de 2650 habitants, a lui aussi une dent contre le PS. S'il a voté François  Hollande en 2012, il assure qu' on ne l'y reprendra plus : "Je ne voterai jamais plus socialiste". Lui aussi rumine contre l'indécence des salaires versées à Penelope Fillon pour un emploi présumé fictif.

Tout le monde profite du système quand il le peut

Jean-Pol Richelet, maire de Grivy Loisy (Ardennes) - 200 habitants

Mais il reste bien des maires à apporter leur soutien sans ambage à François Fillon. "On a trop tapé dessus", s'emporte Jean-Pol Richelet, maire de Grivy Loisy (200 habitants), qui n'attache pas grande importance aux partis. Cet ancien membre du RPR reconnaît avoir flirté un temps avec le Front national, mais en être revenu. "J'ai aussi voté socialiste au Conseil général (sic)", enchaîne-t-il. Celui qui préfère les propositions concrètes à l'idéologie estime qu'il ne "faut pas être hypocrite (...) tout le monde profite du système quand il le peut". Ginette Parent, maire de Beaumotte-Aubertans (Haute-Saône), le rejoint. Comme son homologue, elle parraine pour la première fois et a choisi François Fillon. La ficelle est trop grosse, estime l'élue, pour qui ces attaques adviennent justement avant les élections pour faire tomber un présidentiable.

Il faut faire la différence entre la gauche et la droite

François Boisset, maire de Rom Es Montagnes - 2650 habitants

Le maire de Rom-ès-Montagnes, François Boisset, est le seul interviewé à donner une importance aux partis. "Politiquement, il faut être organisé", explique ce membre du PCF. Il parrainera Jean-Luc Mélenchon, et qu'importe ce qu'en pensent ses collègues du conseil, "sans étiquette, comme dans beaucoup de petites villes", où la gouvernance se fait au contact avec les habitants. A plus grande échelle, c'est autre chose : "Il faut faire la différence entre la gauche et la droite". 

Choix de conviction, rejet ou volonté de pluralité, chaque maire a son propre usage du parrainage. Les candidats doivent jongler entre ses différentes positions pour être les mieux placés dans cette course effrénée. Après les promesses, les élus doivent maintenant envoyer leur précieux sésame au Conseil Constitutionnel entre le 25 février et le 17 mars. La ligne d'arrivée n'est plus très loin.

PARRAINAGES MODE D EMPLOISource : Sujet JT LCI
Cette vidéo n'est plus disponible

Claire Cambier

Sur le
même thème

Articles

Tout
TF1 Info