Transports : voici la mesure phare des principaux candidats aux élections européennes

Publié le 15 mai 2024 à 17h18

Source : JT 20h WE

Alors que de nombreuses mesures environnementales se décident au niveau de l'UE, l'avenir du Green Deal est l'un des enjeux du vote aux élections européennes.
Sans surprise, la place accordée aux transports dans les programmes des sept principales têtes de liste n'est pas tout à fait la même.
Certains candidats français au scrutin du 9 juin espèrent pouvoir revenir sur des textes clés déjà votés, comme la fin des voitures thermiques en 2035.

En matière de transports, l'Union européenne s'est fixé un cap : à partir de 2035, la vente de voitures thermiques neuves sera interdite. Cet objectif doit permettre aux Vingt-sept d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais en coulisses, certains poussent pour le retarder, voire le supprimer, ce qui compromettrait tous les objectifs climatiques de l'UE. Le secteur des transports est en effet à l'origine d'un quart des émissions de gaz à effet de serre de l'Union.

C'est la raison pour laquelle nous avons choisi de nous pencher sur les propositions des principales têtes de liste françaises en matière de transports. Nous avons donc parcouru les programmes de sept candidats, en choisissant d'évoquer ceux qui dépassent les 5% d'intentions de vote dans notre rolling Ifop-Fiducial LCI-Le Figaro-Sud Radio

Il s'agit donc, dans l'ordre décroissant du dernier sondage, de Jordan Bardella (Rassemblement national, 32,5%), Valérie Hayer (Renaissance, MoDem, Horizons et UDI, 16,5%), Raphaël Glucksmann (Parti socialiste et Place publique, 14%), François-Xavier Bellamy (Les Républicains, 8%), Manon Aubry (La France Insoumise, 7,5%), Marie Toussaint (Les Écologistes, (5,5%), Marion Maréchal (Reconquête, (5,5%).

Dernière précision : les propositions détaillées ci-dessous ne sont pas exhaustives. 

Pour Jordan Bardella, oui aux voitures thermiques après 2035

Ce n'est pas écrit noir sur blanc dans son programme, mais c'est tout comme : la tête de liste RN n'est pas favorable à la fin des véhicules thermiques dans l'UE. Il l'a d'ailleurs dit plus clairement lors de différentes interventions. 

Mais voici ce que l'on peut lire dans son programme : "Plutôt que d'interdire brutalement et sans étude d'impact la vente de voitures thermiques individuelles, l'Europe doit favoriser l'innovation dans le secteur pour ne pénaliser ni les consommateurs ni les emplois industriels."

C'est tout côté transports ! La seule autre mention du sujet dans son programme est la nécessité, selon lui, de "créer les conditions d'un redéploiement massif du transport ferroviaire" passant par "la possibilité accrue pour les États de déroger aux règles européennes de concurrence."

Pour Valérie Hayer, 10 millions de voitures "propres"

Parmi les 48 propositions pour l'Europe de la candidate Renaissance, trois seulement concernent les transports.

Sa principale proposition repose sur la production en Europe de dix millions de "véhicules propres" d'ici à 2030. Son équipe de campagne précise qu'il s'agit bien de "véhicules zéro émission de CO2", soit des voitures électriques "ou toute autre technologie permettant d'atteindre le zéro émission de CO2". Les hybrides, hybrides rechargeables et GPL ne sont donc pas concernées.

Un objectif qu'il faut mettre en perspective : environ 880 000 véhicules électriques ont été assemblés en Europe en 2023, un chiffre que l'UE veut multiplier par cinq d'ici à 2030. La proposition de la candidate Renaissance viserait donc à multiplier par 12 le nombre de voitures propres produites en Europe et pose donc la question des débouchés pour tout ce volume.

Pour le reste, la candidate défend l'idée d'un avion "vert" européen, veut doubler la part du fret ferroviaire et des trains de nuit et enfin instaurer un Pass Rail illimité pour les jeunes.

Pour Raphaël Glucksmann, un ticket-climat à 49 euros

En matière de transports, la tête de liste PS-Place publique, qui a présenté son programme mercredi, propose notamment de financer un "ticket-climat" à un "tarif accessible et unique de 49 euros par mois" pour les trains régionaux et de proximité (à l'exclusion des TGV, donc). Une mesure inspirée par l'Allemagne, qui a mis en place ce système permettant aux abonnés d'emprunter le réseau de transport local comme les trains régionaux autant de fois qu'ils le souhaitent.

Parmi ses autres propositions, se trouve aussi le doublement des fonds "pour développer les lignes du transport quotidien et les lignes de train reliant les grandes villes et villes moyennes européennes" et la connexion des lignes de fret ferroviaire aux ports fluviaux et maritimes.

Pour les financer, il souhaite mettre en place des taxes sur les transports polluants, notamment les liaisons aériennes, et notamment une taxe sur le kérosène. Il veut aussi réduire le trafic aérien des vols court-courriers, limiter l'expansion des aéroports et imposer un niveau de TVA standard pour les billets d’avion. 

Pour François Xavier-Bellamy, le maintien des objectifs climatiques, mais sans le tout électrique

Comme Jordan Bardella, François-Xavier Bellamy est contre la fin des véhicules thermiques dans l'UE en 2035. Dans son programme, il propose de se "battre" pour "revenir" sur cette mesure en instaurant "un principe de liberté technologique pour atteindre les objectifs environnementaux fixés au niveau européen".

Le candidat LR soutient donc l'objectif de neutralité carbone en 2050, mais il entend y arriver sans la fin des voitures thermiques, un peu à l'image de la Suède qui, sous l'effet du parti d'extrême-droite, maintient ses objectifs climatiques tout en revenant sur la plupart de ses mesures vertes.

En la matière, le candidat dit faire confiance aux "ingénieurs, chercheurs et les 37 entreprises" et "pas aux fonctionnaires" pour "nous permettre d'atteindre ces objectifs". Là aussi, il utilise le même argument que le RN : le "tout électrique n'est pas forcément la meilleure option pour nos véhicules, car il faut raisonner en termes d’émissions de carbone pour l'ensemble du cycle de fabrication et d'utilisation du produit". 

À noter que cet argument est déconstruit par toutes les études qui montrent qu'en prenant en compte tout le cycle de vie d'une voiture, les modèles électriques compensent leur empreinte carbone initiale quand les modèles thermiques vont eux produire du CO2 toute leur vie.

Sur le train, il défend les investissements comme le Lyon-Turin et le fret ferroviaire.

Pour Manon Aubry, la fin des vols courts

Dans son programme, Manon Aubry vise le secteur aérien avec plusieurs mesures le contraignant : la création "d'une règle européenne pour interdire les vols au sein de l'UE lorsqu'il existe une alternative en rail de moins de quatre heures, hors correspondance internationale", une "taxe européenne sur les vols internationaux et intra-européens" et des mesures contre la pollution sonore liée aux aéroports.

Ce ne sont toutefois pas celles-ci qui sont présentées dans le programme comme "la mesure-clé".  La voici : "Favoriser le développement et la rénovation des lignes de fret, des trains du quotidien et des trains de nuit entre pays européens plutôt que de financer des grands projets inutiles et imposés comme le Lyon-Turin."

Pour Marie Toussaint, des milliards pour le train et le vélo

Dans son programme, qui compte le plus grand nombre de mesures concernant les transports parmi les sept candidats en tête des intentions de vote, la candidate écologiste prévoit d'investir massivement dans le train (39 milliards) et dans le vélo (10 milliards).

Comme Raphaël Glucksmann, elle défend l'idée d'un ticket-climat pour "permettre des déplacements partout en Europe dans les trains régionaux" et comme Valérie Hayer, elle veut doubler la part du fret ferroviaire d'ici à 2030. Des mesures financées par des taxes sur le fret maritime et aérien ainsi qu'une hausse des prix des péages pour les camions. Sur ces derniers, elle est contre la mise en circulation des méga-camions, ces remorques de 25 mètres de long qui font l'objet de discussions au niveau européen. Enfin, sur la voiture électrique, elle souhaite que 100% des véhicules du parc professionnel soient électriques d'ici à 2030.

Pour Marion Maréchal, des taxes sur les voitures chinoises

Comme les candidats RN et LR, la tête de liste de Reconquête veut supprimer l'interdiction de la vente de voitures thermiques en 2035. C'est tout ou presque quant à son programme en matière de transports, la seule autre mesure concernant le "relèvement du tarif douanier à 50% contre 10% actuellement sur les véhicules chinois".


Marianne ENAULT

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