Le 9 juin prochain, les Européens sont appelés aux urnes pour élire leurs eurodéputés.
La politique migratoire de l'Union européenne, quelques jours après l'adoption d'un nouveau pacte, est l'un des sujets les plus discutés entre les candidats.
En France, que proposent les sept principales têtes de liste en la matière ?

Lutter contre l'immigration illégale ou mieux accueillir les réfugiés, renforcer les sauvetages en mer ou au contraire les sanctionner, dresser des murs aux frontières de l'Europe… À quelques semaines des élections européennes, les candidats défendent leurs programmes. Pour vous aider à vous faire un avis sur l'un des enjeux du scrutin, TF1info s'est penché sur le programme des sept principales têtes de liste - celles susceptibles d'envoyer des eurodéputés à Strasbourg - en matière de politique migratoire.

Pour protéger l'Europe des flux migratoires, Les Républicains souhaitent construire des barrières physiques à l'est ("murs, fossés, caméras, intelligence artificielle") et déployer des forces armées en Méditerranée. Ils proposent de traiter les demandes d’asile aux frontières ou dans de ce qu'ils présentent comme des "Etats tiers sûrs". Leur programme mentionne aussi l'instauration d'un "choc de conditionnalité" dans les relations diplomatiques de l’Union européenne avec les pays tiers qui rendrait impossible une coopération "sans reprise des clandestins". François-Xavier Bellamy défend "des sanctions financières à l’encontre des pays non coopératifs en matière de lutte contre l’immigration illégale ou en matière de réadmission".

Double et triple frontières

La principale mesure du Rassemblement national, largement en tête dans les sondages, pour lutter contre l'immigration illégale est l'instauration d'une "double frontière", française et européenne. Il s'agit de "contrôler les frontières nationales et mettre en place une frontière aux portes de l’Europe en permettant à Frontex de refouler les migrants illégaux". Le RN veut aussi limiter la libre circulation dans l'espace Schengen aux seuls ressortissants de l'Union européenne. Le parti de Jordan Bardella propose de traiter les demandes d’asile dans les ambassades et consulats des pays d’origine et de supprimer les subventions publiques aux ONG pro-migrants, visant par là les bateaux qui portent secours aux migrants en mer.

Reconquête! ne veut pas d'une double mais d'une "triple frontière" : française, européenne et "au-delà de nos frontières à travers les accords de coopération avec les pays du pourtour méditerranéen pour lutter contre l’émigration". Cela sous-entend la fin de la libre circulation dans l'espace Schengen pour les extra-européens et le programme de Marion Maréchal évoque des "barrières physiques" aux frontières européennes. 

Enfin, comme le RN, Reconquête! est contre le pacte migratoire de l'Union européenne récemment adopté qui met en place une procédure de "filtrage" des migrants aux frontières de l'UE pour les identifier et distinguer plus rapidement ceux qui ont des chances d'obtenir l'asile de ceux qui ont vocation à être renvoyés vers leur pays d'origine. Elle établit aussi un mécanisme de solidarité entre les 27 pays dans la prise en charge des demandeurs d'asile. Pour aider les pays où arrivent de nombreux exilés, comme l'Italie, la Grèce ou l'Espagne, un système de solidarité obligatoire est organisé : les autres États membres doivent accueillir un certain nombre de demandeurs d'asile ou apporter une contribution - financière ou matérielle - au profit du pays sous pression migratoire, sous peine de sanctions.

100.000 visas prioritaires dans les métiers en tension

Pour une meilleure maîtrise des frontières, la majorité présidentielle propose d'"accroître le nombre de gardes-frontières et gardes-côtes européens jusqu’à 30.000 pour appuyer les États membres dans les contrôles et expulsions". Valérie Hayer défend aussi la négociation d'"accords stratégiques entre les pays européens et les pays d’origine pour le retour des migrants en situation irrégulière" et si ces derniers ne coopèrent pas, elle propose des sanctions, "comme la baisse des visas accordés par l’Europe". Dupliquant sa mesure nationale, le camp présidentiel souhaite aussi octroyer "100.000 visas prioritaires au sein de l’Europe dans les métiers en tension et pour les talents étrangers (chercheurs et entrepreneurs)".

À gauche, on ne présente pas les choses de la même façon puisque les candidats estiment que l'Europe n'est pas menacée par une "vague migratoire".  Ils pensent au contraire qu'elle doit mieux accueillir ceux qui ont besoin d'aide. Ainsi, "plutôt que la politique du chiffre et la chasse aux migrants, qui ne font que créer du désordre et de la souffrance, nous porterons une politique migratoire humaine fondée sur un accueil respectueux, la répression des réseaux de passeurs et la lutte contre les causes des migrations forcées", écrit Manon Aubry (La France insoumise) dans son programme. 

Régulariser les travailleurs agricoles

Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique propose de développer une politique migratoire digne et maîtrisée, en relançant les opérations de sauvetages en Méditerranée au nom du "devoir de sauver", en harmonisant les procédures d’asile, en créant des voies légales de migration et en mettant fin à l’externalisation de nos politiques migratoires.

L'écologiste Marie Toussaint plaide pour "une politique d'asile digne et réaliste à travers la mise en place de voies sûres et légales et d'une solidarité dans l'accueil entre les États membres. Il s'agira aussi de garantir et financer le sauvetage en mer, contraindre à l'identification des défuntes et défunts anonymes et revisiter les accords avec les pays tiers pour garantir le co-développement". Son camp promet un "plan européen de régularisation des travailleuses et travailleurs agricoles aujourd'hui bloqués au sud de l'Europe" et de "reconnaître un statut de réfugié climatique et environnemental au sein de l'Union européenne permettant d'accueillir des personnes sur des grands déplacements ou de pays voisins".


Justine FAURE

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