Vote FN : pourquoi il est vain de nier la "vague bleu marine"

Publié le 10 décembre 2015 à 16h50
Vote FN : pourquoi il est vain de nier la "vague bleu marine"

ELECTIONS - Sous prétexte de combattre la montée de l'extrême droite de scrutin en scrutin, d'aucuns relativisent, chiffres à l'appui, le bon résultat du parti de Marine Le Pen au premier tour des régionales dimanche dernier… avec des arguments qui tiennent difficilement debout.

C'est devenu la tarte à la crème de chaque élection marquée par un bon score du FN. Tandis que les troupes de Marine Le Pen plastronnent sur l'air du "premier parti de France", les médias commentent une vague bleu marine", voire "un raz-de-marée", que les adversaires de l'extrême droite s'échinent à déconstruire. Avec des arguments plus ou moins solides, voire périmés… Décryptage.

"Le FN n'a pas atteint son record historique"
L'argument est brandi par ceux qui pensent qu'au moment des résultats, les journalistes ne regardent que les pourcentages de voix récoltés par le FN et jamais leur nombre absolu. De nombreux médias ont ainsi salué dès dimanche soir le "record" réalisé par l'extrême droite, qui a récolté 27,7% des votes, soit un peu plus de 6 millions de voix. Ce qui représente effectivement une explosion par rapport aux régionales précédentes de 2010 (2,2 millions de voix pour 11,42%) et de 2004 (3,6 millions d'électeurs pour 14,7% des voix), tant en taux relatif qu'en nombre de voix. Ainsi qu'un niveau relatif jamais atteint au plan national (son précédent record, aux départementales de l'an dernier, s'établissait à 25%).

Mais en effet, la notion de "record" est fausse en valeur absolue : Marine Le Pen avait rassemblé 6,4 millions d'électeurs au premier tour de la présidentielle de 2012. Sauf qu'à l'époque, 36,6 millions d'électeurs s'étaient déplacés (79,48% des inscrits). Alors que dimanche dernier, ils n'étaient que 22,6 millions (49,91%). Au-delà de ses 28% inédits au niveau national, le FN est donc parvenu à titiller son record absolu en nombre de voix malgré une participation de quasiment 30 points inférieure.

"C'est une vague abstentionniste"
Là encore, sur le papier, il est tout à fait vrai de dire que dimanche dernier, "le premier parti de France, c'était l'abstention" (50,09%). Donc si l'on rapporte les voix récoltées par le parti de Marine Le Pen au total des inscrits, il a à peine dépassé les 13% du corps électoral. Sous-entendu : que le FN se méfie si les abstentionnistes se mobilisent… Sauf que la mobilisation de cette armée de réservistes des urnes, souvent promise, arrive rarement dans la réalité.

Aux régionales de 2010, le gain de participation entre les deux tours n'avait pas atteint 5 points, de même qu'aux régionales de 2004. Et aux départementales de l'an dernier, ainsi qu'aux municipales de 2014, l'abstention avait même très légèrement augmenté entre les deux tours. Surtout, c'est conclure un peu vite que le retour des abstentionnistes dans les bureaux de vote serait forcément une mauvaise nouvelle pour le FN. Or, son record historique (6,4 millions de voix), le FN l'a établi en 2012 malgré une abstention de seulement 20,48%. A contrario, aux régionales de 2010, l'abstention forte (48,79%) n'a pas empêché la déconvenue du FN, qui n'a récolté que 11,4% des suffrages exprimés. Enfin, aucun sondage n'a jamais établi que les abstentionnistes, s'ils se décidaient à prendre le chemin des urnes, modifieraient le rapport de force.

Au contraire, comme l'ont montré deux enquêtes menées par l' Ifop en 2011 et en 2014 et rapportées par Le Monde , leur vote, s'ils s'étaient déplacés, aurait été globalement similaire à celui des votants. Avec une conclusion terrible à entendre pour les abstentionnistes militants : "Les abstentionnistes ne se distinguent pas réellement du reste de la population". L'argument, finalement, n'est donc valable que si l'on considère que la perspective d'une victoire du FN pourrait sortir de leur torpeur les abstentionnistes qui la refusent absolument. Mais cela, c'est aux Français de le prouver dans les urnes, dimanche prochain.

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"Le vote FN n'est pas ancré"
C'est l'élément le plus difficile à déterminer, puisqu'il touche aux motivations profondes des électeurs d'extrême droite au moment de glisser leur bulletin dans l'urne. Selon un sondage Ipsos réalisé juste avant le premier tour, 68% des électeurs qui projetaient de voter FN dimanche dernier comptaient le faire pour protester contre la politique de François Hollande. Mais difficile d'en tirer des conclusions, tant le vote de protestation contre le parti au pouvoir est répandu dans tous les camps (60% des électeurs LR/UDI disent ainsi la même chose).

Or, plusieurs éléments viennent contredire l'idée d'un vote FN volatile, au premier rang desquels sa progression chez les jeunes. Dimanche dernier, un tiers exactement des voix des 18-24 ans se sont portées sur le FN, loin devant le PS et la droite (21% et 20%), selon un sondage Harris Interactive. "On observe une progression quasi constante depuis 2002 de ce vote frontiste, analyse Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique d'Harris Interactive. Il y a une désaffection politique : 64% des jeunes s'abstiennent, mais lorsqu'il y a une motivation de vote, rien n'indique qu'il s'agisse d'un coup de semonce". Au contraire, si "33% des électeurs FN tous âges confondus disent exprimer leur mécontentement, chez les jeunes, on tombe à 15%".

Dernier élément : si le parti de Marine Le Pen n'a réuni dimanche dernier "que" 13% des électeurs inscrits, c'est la cinquième fois qu'il passe la barre des 10% depuis le fameux "choc" du 21 avril 2002. Et l'histoire s'accélère : sur ces cinq fois, quatre sont arrivées depuis 2012, et même trois à la suite depuis l'an dernier… On peut le regretter, mais on ne peut pas le nier.

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La rédaction de TF1info

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