Lors des dernières élections européennes, en 2019, 62% des 18-24 ans s'étaient abstenus.
Pour les différents candidats cette année, la captation du vote des jeunes est donc l'un des facteurs-clé du prochain scrutin.
Que pensent les principaux intéressés de la campagne ? TF1info a interrogé plusieurs jeunes qui s'apprêtent à voter pour la première fois.

Le 9 juin prochain, Basile ira glisser pour la première fois un bulletin dans l'urne de son bureau de vote de la région grenobloise. Tout juste majeur depuis quelques mois, le jeune homme se prépare à ce moment avec sérieux. Méticuleux, il a épluché les propositions des différents candidats pour se positionner avant l'élection. Seule manière, selon lui, de pouvoir concrètement faire son choix. Car "la campagne, elle est un peu pourrie !", justifie l'élève de terminale. 

"Le débat Bardella/Attal m’a un peu énervé, poursuit-il. Globalement, je vote vraiment pour les programmes, parce que, comme beaucoup, je pense, toutes les figures politiques, tant à droite qu'à gauche, me soulent." Sa voix ira à une des listes situées à gauche de l'échiquier politique. "Mais mon vote n'est pas fixé sur un parti en particulier", souffle Basile, qui se focalise avant tout sur les promesses des têtes de liste en matière d'environnement. Comme lui, tous les jeunes de 18 ans et beaucoup de 19 ans sont appelés à voter pour la première fois à une élection française dans le cadre des prochaines européennes. Mais combien seront-ils réellement à rentrer dans l'isoloir pour exprimer leurs convictions ? 

Le choix du candidat "le moins pire"

Au dernier scrutin de ce type, en 2019, 62% des 18-24 ans s'étaient abstenus le jour de l'élection, soit plus de six jeunes Français sur 10. Il n'est pas dit qu'ils soient davantage au rendez-vous lors de la prochaine échéance, dans deux semaines. Selon le dernier sondage Ifop-Fiducial pour LCI, "Le Figaro" et Sud Radio ce lundi 27 mai, seuls 39% des 18-24 ans pensent prendre part à ce moment démocratique. Un chiffre un peu plus élevé qu'il y a cinq ans, certes, mais toujours largement en dessous de la participation moyenne des Français.

"Je vais aller voter, c'est sûr", évacue de son côté William, lycéen morbihannais de 19 ans. Pour lui, se rendre aux urnes le 9 juin prochain n'est pas une option. "Il faut donner son opinion pour avoir les idées qui suivent au pouvoir", objecte le jeune homme. Il ne sait pas encore précisément pour qui il donnera sa voix : "il faut choisir le candidat qui sera le 'moins pire'".  Comme pour la plupart des jeunes interrogés par TF1info, la résignation vis-à-vis du monde politique se fait sentir. Julie, 18 ans et originaire de l'Isère, ne dit pas autre chose. "La campagne est un peu brouillonne, chacun tente d'attraper le vote des jeunes, estime la jeune femme. Il y a beaucoup de récupération politique."

Écologie ou sécurité : des priorités différentes

Kylian, étudiant de 19 ans venu du Finistère, regrette lui aussi que "les candidats proposés" soient "toujours les mêmes". "Il n'y a pas de renouveau..." Malgré tout, il se dit certain d'aller voter lors du scrutin. "Si tu votes, tu peux te plaindre de la situation, sinon tu ne peux pas", résume le primo-votant. Il a même déjà fait son choix pour la prochaine élection : ce sera le candidat du Rassemblement national, Jordan Bardella. Kylian dit avant tout choisir une liste en fonction des thèmes qui le préoccupent le plus : "la sécurité", "l'économie" et "la préservation des traditions et du patrimoine".

Écologiquement, c'est une élection qui peut avoir un impact
Paul, 19 ans, étudiant en école de commerce

Paul, qui a le même âge, se montre pour sa part en premier lieu concerné par "l'écologie". Un domaine sur lequel les eurodéputés peuvent véritablement peser, selon lui. "C'est une élection qui peut avoir un impact", résume l'étudiant en école de commerce à Bordeaux (Gironde). À l'heure où la campagne entre dans sa dernière ligne droite, il se sent concerné par le vote à venir, à l'inverse de beaucoup de ses amis. "J’ai l’impression d’être un des seuls qui s’y intéresse vraiment", lâche-t-il. Avant de poursuivre : "les européennes, c'est un vote plus libre, dans lequel on soutient avant tout un groupe parlementaire !" Pas encore certain de son vote, il sait juste qu'il n'ira pas "vers les extrêmes".

"L'influence" des réseaux sociaux des têtes de liste

L'abstention des 18-24 ans lors des dernières européennes s'explique par plusieurs facteurs, comme le démontrait une étude de l'institut BVA publiée l'hiver dernier. Parmi les raisons évoquées par les jeunes interrogés sur ce comportement ? Le désintérêt pour la politique, pour 32% d'entre eux, ainsi que le manque de connaissances des institutions européennes (22%). Pour tenter de capter malgré tout le vote des jeunes, certains candidats ont entrepris de véritables stratégies de communication les visant sur les réseaux sociaux, à l'instar de Jordan Bardella sur TikTok ou de Raphaël Glucksmann sur Instagram. 

Avec une véritable influence sur la décision finale des jeunes électeurs ? "C’est sûr qu'ils savent comment parler aux jeunes, commente William, qui voit régulièrement passer ce genre de vidéos en se connectant sur ces plateformes. Moi, ça ne change pas mon avis, mais pour certains, ça va plus les influencer que les aider dans leur choix." Encore plus que sur les réseaux sociaux, Julie, elle, s'est forgée ses convictions au fil des conversations avec les proches de son âge. "Dans mon groupe d’amis, on est assez politisés, tout le monde connaît un peu et on parle beaucoup de politique, explique-t-elle. Mais ça dépend vraiment du milieu dans lequel on est."

Quelques-uns des jeunes majeurs questionnés sur cette nouvelle expérience iront voter en famille, en compagnie de leurs parents. Certains, comme Paul, feront peut-être une procuration pour se prononcer. "Si je ne votais pas, ce serait vraiment un concours de circonstances", assure-t-il. Pour d'autres, enfin, pas question d'être accompagné le jour du vote. "J'ai le permis, j’irai tout seul !", rigole ainsi Kylian. Permis ou pas, plus d'un million de primo-votants pourront participer aux européennes pour la première fois le 9 juin prochain.


Theodore AZOUZE

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