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0,04% de CO2 dans l'atmosphère ? Gare à ce chiffre instrumentalisé par des thèses climatosceptiques

Publié le 27 avril 2023 à 18h23, mis à jour le 27 avril 2023 à 19h19

Source : JT 20h WE

Malgré les rapports successifs du Giec, les discours climatosceptiques continuent de se répandre.
Parmi les arguments mis en avant, le fait que le dioxyde de carbone ne serait présent que de manière infime dans l'atmosphère.
C'est bien le cas, mais cette proportion augmente massivement du fait de l'activité humaine et n'empêche pas le CO2 d'agir de manière majeure sur le climat.

Des records de températures battus coup sur coup ? Des sécheresses à répétition y compris l'hiver ? Des événements climatiques extrêmes qui se multiplient ? Si les manifestations du changement climatique font régulièrement la une de l'actualité et sont documentés en longueur par les experts du Giec, les discours climatosceptiques continuent de trouver un vaste écho au sein d'une frange de la population.

Dernier exemple en date : une publication sur les réseaux sociaux relayée par Etienne Chouard, enseignant, blogueur et militant politique controversé. Le texte qu'il met en avant indique que le CO2 "ne représente que 0,04% de l'atmosphère", et que "l'activité humaine ne contribue que pour 5%". Dès lors, le fait d'affirmer que les "émissions humaines" seraient "responsables des niveaux apocalyptiques du changement climatique" est décrit comme "totalement absurde". Un discours fermement contredit par les experts du climat.

Pas besoin de CO2 à foison pour amplifier l'effet de serre

Chercheur au CNRS, Jean-Louis Dufresne travaille au sein du laboratoire de météorologie dynamique, membre de l'IPSL. Il confie à TF1info qu'il a "l’impression d’avoir souvent entendu ces arguments", soulignant que ces discours s'appuient "sur des démonstrations qui prennent l’apparence du bon sens". Pourtant, dans tout ce raisonnement, un seul élément est juste : "Le fait que l'on mesure 0,04% de CO2 dans l'atmosphère terrestre". Il souligne par ailleurs que si la vapeur d'eau, un autre gaz à effet de serre, est présent dans des proportions trois à quatre fois supérieures, "on constate que dans l’atmosphère, près de 99% des gaz n’ont pas d’effet radiatif, n'entraînent pas d’effet de serre". Les gaz majoritaires ? Ce sont avant tout le diazote ou l'oxygène, plus de 90% à eux deux.

Dès lors, le chercheur comprend que l'on se pose une question simple : "Pourquoi une si faible concentration de CO2 peut-elle jouer un rôle important ?" Pour le comprendre, il utilise une comparaison avec l'encre de Chine. "Si vous ne versez que quelques gouttes dans un litre d'eau et que vous mélangez, vous verrez une coloration déjà significative." Un exemple qui vaut tout autant pour la peinture blanche, qui change rapidement de ton si vous ajoutez une faible quantité de peinture de couleur. 

Un autre élément central à prendre en compte est l'épaisseur de l'atmosphère, qui se compte en kilomètres, voire en dizaines de kilomètres. "Quand vous regardez une eau trouble dans une rivière, vous ne voyez pas le fond", note Jean-Louis Dufresne. "Pourtant, si vous prenez cette même eau dans votre main, elle vous semblera transparente. Ce qui compte, ce n’est pas juste la concentration, mais l’épaisseur à travers laquelle on regarde." Minimiser l'impact du CO2 en raison de sa concentration réduite se révèle donc trompeur, ce gaz étant "le principal gaz à effet de serre". Il contribue à retenir une partie de la chaleur reçue par le soleil dans l’atmosphère et agit "comme une couverture en plus que vous ajouteriez sur votre lit".

Dans le même temps, le chercheur du CNRS souligne que le message relayé en ligne est complètement faux lorsqu'il laisse entendre que l'activité humaine ne serait responsable que de 5% de l'augmentation de la concentration de CO2. "Elle a augmenté de près de 50% depuis 100 ans !", assure-t-il. "Et cela reste en progression." Jean-Louis Dufresne rappelle également que si l'impact du CO2 sur le climat est désormais très bien documenté et fait l'objet de travaux depuis les années 1960, on sait qu'il est en partie absorbé dans l'environnement. "Aujourd’hui, la moitié du CO2 émis est captée par les océans et forêts", des processus qui évitent l'aggravation de l'effet de serre sur notre planète. 

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Thomas DESZPOT

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