500 milliards d’euros de catastrophes climatiques en 40 ans en Europe : comment est-ce calculé ?

C.A.
Publié le 3 février 2022 à 17h45, mis à jour le 4 février 2022 à 8h59

Source : JT 20h WE

Selon un rapport de l'Agence européenne de l'environnement paru ce jeudi, les événements météorologiques extrêmes ont coûté en 40 ans près de 510 milliards d'euros en Europe.
L'Allemagne et la France sont les pays qui ont connu le plus de dégâts.
TF1info a cherché à savoir comment cette facture a été calculée.

Les évènements météorologiques extrêmes, tels que les canicules et les inondations, ont coûté quelque 142.000 vies et près de 510 milliards d'euros en Europe ces 40 dernières années, selon un rapport de l'Agence européenne de l'environnement (AEE) paru ce jeudi 3 février. L'Allemagne est le pays européen qui a le plus souffert. Suivent la France et l'Italie. Alors que la facture de ces dégâts paraît démentielle, nous avons regardé comme elle avait été calculée.

Chaque année depuis 2012, l'AEE reçoit des données concernant les  32 pays membres de l'Agence. Celles-ci proviennent de la base de données NatCatSERVICE, tenue par Munich Re, l’un des principaux réassureurs (assureurs d'assureurs) mondiaux. Ces données se concentrent sur tous les risques naturels et sur les pertes totales et assurées qui y sont liées.  

S'il s'agissait, pendant de nombreuses années, de l'une des seules bases de données à ce sujet, les sources sont désormais de plus en plus nombreuses. Ainsi, l'AEE achète depuis 2021 les données de la base CATDAT de RiskLayer GmbH, spécialisé dans les solutions d'analyse et de gestion des risques.

"Bien que de portée similaire, les données de ces bases de données ne sont pas identiques. Chacun des ensembles de données est construit sur la base d'une série de choix et d'hypothèses explicites et implicites. Un jeu de données 'correct' n'existe pas", indique l'AEE. Dans son rapport, elle fait donc le choix de présenter les données des deux sources séparément. 

Les inondations, catastrophes les plus coûteuses

Selon ces bases de données, les événements météorologiques (comme les tempêtes) et les événements hydrologiques (comme les inondations) ont causé chacun entre 34 % et 44 % des pertes totales. Les événements climatologiques (canicules, vagues de froid, sécheresses et feux de forêts), eux, ont compté pour 22 % des dommages financiers.

Les aléas géotechniques, comme les tremblements de terre et les éruptions volcaniques, ne sont pas inclus dans les chiffres "car, bien qu'il s'agisse d'aléas naturels, il ne s'agit pas d'extrêmes météorologiques ou climatiques", explique l'AEE. "Les pertes totales résultant de ces aléas géotechniques sont comparables à celles des événements climatologiques", précise-t-elle. 

Seulement un quart des biens endommagés assurés

Selon les données de la base CATDAT, la France a subi, depuis 1980, près de 99.000 millions d'euros de dommages en raison de catastrophes climatiques. L'Italie, elle, suit la France de près avec 90.000 millions de pertes. L'Allemagne est de loin la plus touchée, la base de donnée CATDAT rapportant des dommages s'élevant à 107.500 millions d'euros.

Quelques évènements très graves concentrent le gros du bilan : 3% des catastrophes recensées sont ainsi responsables d'environ 60% du coût financier pour la période 1980-2020. Parmi elles, les tempêtes de 1999, qui ont constitué le plus gros sinistre de l'histoire de l'assurance française avec un montant de 7 milliards d'euros.

Entre un quart et un tiers seulement - selon la source - des pertes économiques liés aux différentes catastrophes ayant eu lieu depuis 1980 étaient assurés, avec de grandes disparités : 37 à 54 % des pertes totales étaient couvertes par une assurance pour les événements météorologiques, 15 à 24 % pour les événements hydrologiques et 7 à 16 % pour les événements climatologiques.

En Europe, les modèles climatiques prévoient des événements plus fréquents et plus graves, que ce soit des tempêtes, des inondations, des glissements de terrain humides, des sécheresses ou des feux de forêt. Selon le rapport final du Centre commun de recherche de la Commission européenne dans le cadre du projet PESETA IV, des mesures climatiques conformes à un scénario d'augmentation de la température de 1,5 °C au lieu de 3 °C pourraient éviter des pertes de sécheresse de 20 milliards d'euros par an d'ici à la fin de ce siècle. Les dommages causés par les inondations fluviales pourraient être réduits de moitié, à environ 24 milliards d'euros par an, et les pertes économiques dues aux inondations côtières pourraient être abaissées de plus de 100 milliards d'euros par an d'ici 2100. 

Mais pour l'AEE, le changement climatique n'est pas le seul facteur de pertes économiques futures. Une augmentation de la capacité d'adaptation pourrait entre autres, dit-elle, limiter les futures pertes économiques, sociales et environnementales dues aux phénomènes météorologiques et climatiques. "Après 2003, des canicules similaires ont causé moins de morts grâce à la mise en place de mesures d'adaptation", comme l'installation de climatiseurs, souligne l'agence.


C.A.

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