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Abaisser la vitesse sur le périphérique parisien à 50 km/h, est-ce efficace sur le plan environnemental ?

Publié le 23 novembre 2023 à 15h12, mis à jour le 25 novembre 2023 à 20h47

Source : TF1 Info

À l'issue des JO 2024, la vitesse sur périphérique parisien passera de 70 à 50 km/h.
Une mesure qui doit permettre de lutter contre la pollution, selon la municipalité.
En l'absence d'étude d'impact, TF1info fait le point sur l'efficacité attendue d'une telle décision.

Annoncée cette semaine, la réduction de la vitesse autorisée sur le périphérique parisien sera effective en septembre 2024, à l'issue des Jeux olympiques. Cette mesure, défendue par la municipalité, est présentée comme bénéfique sur plusieurs plans : "Moins de pollution, environnementale et sonore, et plus de sécurité pour les usagers, autant de bonnes raisons de lever le pied !", lance l'équipe d'Anne Hidalgo.

Une absence d'étude d'impact

Le projet de la municipalité fait face à une série de critiques : de la part des Franciliens tout d'abord, qui ont interrogé lors d'une consultation publique au printemps et ont émis des avis négatifs pour "80 à 85%" d'entre eux. Mais aussi de la région Île-de-France, dirigée par Valérie Pécresse. Cette dernière déplore une absence d'étude d'impact, qui permettrait d'anticiper les effets à attendre d'une application des mesures souhaitées par la municipalité parisienne. 

Un point qu'a également mis sur la table le ministre des Transports, Clément Beaune : "Il y a un problème, c'est qu'il n'y a pas eu d'étude d'impact", lançait-il en juin. "Si c'est pour faire plus de congestion, ce n'est pas tellement écologique", ajoutait le représentant du gouvernement. "Si ça permet de fluidifier le covoiturage et le transport en bus et d'autres usages, je pense que c'est positif et il faut le regarder. Mais il faut une étude d'impact préalable."

S'il est impossible de prédire avec exactitude l'impact d'un passage à 50 km/h, des organismes comme l'Ademe notent qu'il est "généralement considéré que la diminution de la vitesse réduit les consommations de carburant et les émissions unitaires de polluant". Dans le même temps toutefois, "plusieurs autres facteurs interviennent (type et âge des véhicules, pente de la voie, charge, fluidité du trafic, conditions de circulation, etc.) ce qui rend plus complexe la relation entre vitesse et pollution de l’air". 

Quand les réductions de vitesse concernent des voies rapides (130-120 km/h à 110-90 km/h / 90-80 km/h à 80/70 km/h), "la majorité des études montre un effet plutôt positif sur les émissions et les concentrations de polluants", fait remarquer l'Ademe,  mais "sur les voies urbaines (50 km/h à 30 km/h), les résultats sont plus contrastés". Dans ces situations, analogues à celle qui concerne aujourd'hui le périphérique parisien, "il faudra tenir compte de l’impact de la limitation de vitesse sur la congestion".

Les bouchons, l'ennemi numéro un

Interrogé en avril par Reporterre, l'ingénieur à Airparif Antoine Trouche affichait une position prudente au sujet des 50 km/h. "L’abaissement de la vitesse a un impact sur la pollution de l’air", amorçait-il en préambule, "mais il est indirect et difficile à mesurer". La mesure présentera un effet "si la réduction de la vitesse permet de diminuer les embouteillages", estimait l'expert, rappelant que "plus il y a des bouchons, plus il y a de pollution". L'autre élément à prendre en compte serait la potentielle réduction du nombre d'usagers du périphérique. Si les automobilistes sont découragés de prendre leur voiture, la circulation et la pollution qui lui est associée baisseront assez logiquement.

Pour justifier un ralentissement des automobilistes sur le périphérique parisien, des travaux du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) sont parfois mis en avant. Si cette institution a bien effectué cette préconisation, son argument majeur ne portait pas sur la pollution, mais plutôt sur la sécurité, en lien avec la création d'une voie dédiée au covoiturage et aux transports publics. C'est d'ailleurs ce qu'expliquait en avril David Belliard, l'adjoint d'Anne Hidalgo en charge des Transports. "Le Cerema, qui est l'organisme de référence sur ces sujets, nous dit que si nous faisons une voie dédiée, il est nécessaire pour des raisons de sécurité et pour favoriser la fluidité du trafic, de limiter en tout cas de réduire la vitesse maximale autorisée de 70 à 50 km/h", confiait-il à France Bleu. 

En assurant vouloir ralentir les automobilistes sur le périphérique, la maire de Paris appliquera une promesse de campagne, présentée en 2020. Il faut toutefois noter une inflexion sur le sujet de la municipalité : auditionnée en 2018 dans le cadre d'une mission d’information et d’évaluation Conseil de Paris, la conseillère déléguée chargée de l’environnement Aurélie Solans affichait des réserves quant à un tel abaissement de la vitesse. Alors qu'un passage de 80 à 70 km/h avait été validé en 2014 sur le périphérique, aller plus loin lui semblait peu pertinent : "La limitation à 70 km/h sur le périphérique se rapproche de l’optimum des émissions de polluants de l’air. Nous n’obtiendrions pas de véritables gains à abaisser la vitesse sur le plan de la qualité de l’air", déclarait-elle. 


Thomas DESZPOT

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