L'association Générations Futures a mené une campagne d'analyse de l'air dans des zones rurales dans le Nord, la Gironde et le Rhône.
Grâce aux capteurs installés, la structure a trouvé la trace de nombreux pesticides, y compris dans les zones urbaines situées à proximité des champs.
Des résultats qui montrent, selon elle, que les zones de non-traitement actuelles de 5 à 10 mètres s'avèrent insuffisantes.

Plus d'une trentaine de produits chimiques dans l'air. Telle est la conclusion sans appel de l'association Générations futures qui a analysé pendant sept semaines la qualité de l'air dans trois zones rurales : le Nord, la Gironde et le Rhône. 

Dans un rapport dévoilé mardi, la structure, qui s'est fait connaître pour le caractère sérieux de ces observations scientifiques, va plus loin : ces pesticides sont bien sûr retrouvés sur les parcelles agricoles et à proximité immédiate, mais aussi dans les zones urbaines avoisinantes. Ainsi, l'étude sur une parcelle de céréales dans le Nord a permis de démontrer que le capteur installé au centre du terrain avait relevé la présence de 35 substances chimiques. Et celui installé dans la ville voisine d'Hazebrouck : 29 produits chimiques. Pire, ce n'est pas seulement le nombre de produits détectés en ville qui reste importante : leur quantité aussi.

29 pesticides dans la ville de Hazebrouck, entourée par les champs

Les capteurs installés, capables de repérer jusqu'à 500 produits, identifient le nombre et le type de produits, mais aussi la quantité des substances chimiques. "On ne mesure pas la concentration des pesticides par mètres litres d'air, mais grâce à la quantité fixée sur les mousses présentes dans les capteurs, précise François Veillerette, le directeur de Générations futures. Cela nous permet de comparer les résultats de deux capteurs." Et là aussi, la conclusion inquiète : "On retrouve dans Hazebrouck 59% de la quantité moyenne piégée par les quatre capteurs installés sur la parcelle", poursuit le responsable.

En cause : la situation géographique de cette agglomération de 25.000 habitants, entourée de champs. Les résultats de la même observation menée dans le Rhône sont par exemple différents : la concentration et le nombre de pesticides relevés est plus faible dans la ville voisine de la parcelle étudiée, Villefranche-sur-Saône, que dans le champ lui-même, car la ville est moins entourée de cultures. Ainsi, entre 19 et 23 pesticides sont trouvés dans les vignes ; et "seulement" 11 à Villefranche-sur-Saône. 

Le rapport montre aussi que le type de pesticides utilisé varie selon les cultures, et c'est logique : beaucoup de glyphosate, un herbicide, dans le Nord, où sont cultivés du blé, du colza, des pommes de terre et du lin ; et du Folpet dans le Rhône et en Gironde : c'est un fongicide très utilisé dans les vignes. L'autorisation du premier vient d'être renouvelée par l'Union européenne jusqu'en 2033 malgré les alertes sanitaires ; le second est classé cancérogène possible pour l'homme.

Avec deux doutes sanitaires, que les chercheurs essaient de lever : quel est l'effet sur la santé de ce cocktail de produits respirés dans les zones rurales et quel est l'effet sur l'homme de la présence de métabolites, issues de la dégradation des pesticides ? 

Les distances ne réduisent pas les quantités de pesticides présentes dans l'air.
François Veillerette, directeur de Générations futures

Avec cette étude, dont le protocole scientifique a été revu et précisé après des remarques de l'Anses sur les précédents rapports de l'association, Générations futures entend démontrer que les zones de non-traitement instaurées par l'État, et qui prévoient de ne pas épandre de pesticides dans des zones de 3, 5 et 10 mètres selon le type de cultures et le type de substances chimiques, "sont clairement insuffisantes pour protéger les populations". Dans le Rhône par exemple, "les distances ne réduisent pas les quantités de pesticides présentes dans l'air, même à 70 ou 125 mètres des parcelles", précise François Veillerette.

En la matière, l'association recommande une zone de non-traitement de 150 mètres ; mais surtout, un changement de pratique pour réduire l'usage de substances chimiques dans les champs. Des conclusions qui interviennent alors que le gouvernement doit dévoiler d'ici fin janvier, début février sa nouvelle stratégie éco-phyto qui encadre l'utilisation de pesticides dans les cultures. "Cela fait 15 ans qu'on attend des engagements volontaires et qu'il ne se passe rien, ça serait une folie de croire que ça va finir par marcher, commente François Veillerette. Ce nouveau plan doit fixer des objectifs de réduction dans le temps et ces objectifs doivent être obligatoire, car sur ce sujet, la bonne volonté ne fonctionne pas."

Générations futures demande également que les registres d'épandage de pesticides tenus par les agriculteurs soient diffusés en ligne et consultables par les chercheurs, mais aussi par le public. "Quand vous vivez dans une zone rurale, vous avez le droit de savoir quelles sont les substances utilisées, juge François Veillerette. Aujourd'hui, des centaines de milliers de personnes en France sont exposées à des produits dangereux par le simple fait de respirer, ce n'est pas acceptable !


Marianne ENAULT

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