La saison des cyclones pour l'été 2024 inquiète dans la région des Caraïbes.
Selon le centre de prédiction de la NOAA, 4 à 7 phénomènes majeurs pourraient frapper la région cette année, contre 3 lors d'une saison moyenne.
La faute à la température des océans et au développement du phénomène La Niña.

Les alertes se multiplient. Selon les éléments du centre de prédiction de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), la saison des cyclones cette année pourrait être largement au-dessus des normes dans l'Atlantique. Alors que la période s'étend du 1er juin au 30 novembre, l'Agence américaine prévoit l'arrivée de 17 à 25 tempêtes tropicales suffisamment importantes pour être nommées, contre 17 lors d'une saison moyenne, dont 8 à 13 pourraient se transformer en cyclones, contre sept en temps normal.

Parmi ces phénomènes dangereux, quatre à sept pourraient devenir des cyclones majeurs contre trois lors d'une saison normale. Selon Météo-France, on pourrait ainsi "observer cette année près du double des systèmes cycloniques et d'ouragan que la normale, ce qui ferait de 2024 une des années les plus intenses en termes d'activité cyclonique". 

Graphique de la NOAA concernant ses prévisions pour la saison cyclonique 2024
Graphique de la NOAA concernant ses prévisions pour la saison cyclonique 2024 - NOAA

Ces prédictions - fiables à 70% selon la NOAA - touchent toute la zone des Caraïbes et notamment les régions françaises de La Martinique, la Guadeloupe, Saint-Pierre, Saint-Barthélemy ou encore Saint-Pierre-et-Miquelon. 

Trop chaud et pas assez de cisaillement

Une situation qui s'explique par plusieurs phénomènes. Depuis plus de deux ans, la température de surface de l'océan Atlantique est supérieure aux normales, avec des prévisions qui "s'accordent pour le moment pour que cela dure plusieurs mois", détaille Météo-France. Une température de l'eau élevée qui constitue le premier carburant pour la formation des ouragans. Cette situation est amplifiée par le développement rapide du phénomène La Niña, qui intervient après une année marquée par un El Niño qualifié de "fort". 

La petite sœur de "l'enfant terrible du climat" est en effet synonyme de hausse de l'activité cyclonique dans la région. "Les cyclones tropicaux n'aiment pas ce qu'on appelle le cisaillement vertical de l'atmosphère. Des vents très différents en surface et en altitude empêchent en effet les cyclones de se développer. Et pendant La Niña, ce cisaillement vertical diminue au-dessus des Caraïbes et on devrait avoir plus de cyclones tropicaux qui vont se développer dans cette région-là", expliquait au début du mois à TF1info Jérôme Vialard, spécialiste de l’océanographie et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Un effet qui pourrait être d'autant plus important que La Niña devrait connaître sa montée en puissance entre août et octobre, soit la période la plus intense concernant l'activité cyclonique. "Nous devons être particulièrement vigilants cette année en raison de la chaleur océanique presque record dans la région où se forment les ouragans de l'Atlantique et du passage à des conditions La Niña, qui, ensemble, créent les conditions d'une formulation accrue des tempêtes", prévient également Ko Barrett, secrétaire général adjoint de l'Organisation météorologique mondiale (OMM). Dernier facteur mentionné par la NOAA : une mousson ouest-africaine qui pourrait être supérieure à la normale, une donnée qui a pu alimenter des tempêtes atlantiques parmi les plus puissantes et les plus longues jamais recensées. 

Le risque des submersions marines

Les saisons cycloniques, qui pourraient être de plus en plus violentes avec le changement climatique dû aux activités humaines, pourraient également être de plus en plus dangereuses pour les régions côtières. L'augmentation de la température de l'océan amplifie la hausse du niveau des mers à travers le globe, aggravant le phénomène de submersion marine particulièrement meurtrier pour les populations résidant près des côtes. "Ces dernières années, nous avons observé une intensification plus rapide des cyclones tropicaux, ce qui pose un problème important lorsqu'ils se produisent près des terres, comme dans le cas de l'ouragan Otis", souligne l'OMM. 

Toutefois, un plus grand nombre de cyclones dans la région des Caraïbes n'est pas forcément synonyme d'un nombre plus important de catastrophes naturelles. Ces phénomènes et leur trajectoire étant difficiles à prédire, tous les ouragans se formant cet été ne toucheront pas terre, et n'impacteront pas nécessairement les populations côtières. 


Annick BERGER

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