Thomas Brail, principal opposant à l’autoroute A69 devant relier Toulouse à Castres et toujours en grève de la faim, rencontre mardi matin à Paris la présidente de la région Occitanie Carole Delga (PS).
Vendredi, le tribunal administratif de Toulouse doit se prononcer sur un nouveau recours des associations contre le projet.
Annoncées par le ministre des Transports Clément Beaune, les limitations de l’impact environnemental du tracé se feront "à la marge".

De sa rencontre avec Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, mardi, à 9 heures, Thomas Brail n’attend pas grand-chose. "On va voir ce qu’il en ressort", essaie tout de même de croire le fondateur du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) et figure médiatique de l’opposition au projet A69 devant relier Toulouse à Castres. La socialiste soutient en effet le tracé, nécessaire selon elle pour "désenclaver ce territoire". "De toute façon, la région ne finance qu’une faible partie du projet, ce n’est pas elle qui tient les rênes", balaie l’homme de 47 ans.

En grève de la faim depuis début septembre, le militant avait été délogé de l’arbre qu’il occupait face au ministère de la Transition écologique le 24 septembre dernier. Il envisageait alors d’observer une grève de la soif. Un danger vital pour son organisme déjà extrêmement affaibli.

Joint lundi, à quelques heures d’un double rassemblement citoyen à Paris et à Toulouse, il dit "attendre" la décision du tribunal administratif de Toulouse vendredi 6 octobre avant de se prononcer sur ce choix radical. 

Un juge doit se prononcer sur un nouveau recours des opposants au tracé, qui estiment que le projet est illégal au regard de l’article 350-3 du Code de l’Environnement, qui impose que tout abattage d’arbres d’alignement – ceux plantés le long des routes – fasse l’objet d’une dérogation.

"L'abattage sera terminé début novembre"
Martial Gerlinger, directeur général d’Atosca A69, la société concessionnaire de l’autoroute

Un premier juge des référés du tribunal administratif de Toulouse avait déjà rejeté début août la demande de suspension des opérations d’abattage pour le même motif. Une décision confirmée par le Conseil d’État qui avait constaté, de fait, la suspension de l’abattage durant la période de nidification, entre mars et septembre.

Mais depuis, celui-ci a repris. "L’abattage sera terminé début novembre", annonce Martial Gerlinger, directeur général d’Atosca A69, la société concessionnaire de l’autoroute. Deux-cents d’arbres d’alignements sont concernés, mais le responsable ne donne pas de chiffre sur l’état d’avancée du chantier.

Un nouveau recours examiné vendredi

Il assure toutefois qu’il s’agit du cours normal des travaux, qui n’ont selon lui pas été accélérés en raison de l’opposition grandissante au projet. "Le recours de vendredi a déjà été tranché par le tribunal administratif de Toulouse, qui a confirmé que nous avions bien pris les mesures nécessaires en cas d’abattage d’arbres d’alignement", défend le DG. 

Qu’en est-il des mesures destinées à limiter l’impact environnemental de l’A69 ? La semaine dernière, le ministre des Transports, Clément Beaune, avait en effet assuré que les projets autoroutiers en cours verraient leurs impacts sur la nature limités. Des annonces en ce sens doivent avoir lieu dans les jours ou semaines qui viennent, quand le ministre détaillera également la nature des tracés abandonnés.

Mais en réalité - sous réserve d’une décision de justice contraire sur le fond de l’autorisation déjà donnée -, la marge de manœuvre est faible. Du côté des opposants comme du concessionnaire, on sait en effet que l’autorisation environnementale accordée au tracé de l’A69 vaut pour le projet actuel : toute modification d’ampleur serait de nature à remettre en cause sa validité juridique par l’une ou l’autre partie. "Les modifications ne vont pas être substantielles", confirme le DG d’Atosca. "Quand Clément Beaune dit qu’on va modifier l’emprise de l’enrobé artificialisé, c’est de l’ordre de seulement 5 hectares sur le total de 100 hectares d’emprise imperméabilisée de l’autoroute."

Martial Gerlinger dit "faire son travail" et vante un projet "le plus exemplaire en matière d’environnement et de transition énergétique". Le responsable d’Atosca rappelle que les 200 arbres d’alignement seront remplacés par 400 plantations le long de l’autoroute. Cinq arbustes seront par ailleurs replantés pour chaque arbre détruit dans les forêts, buissons et bosquets aux alentours du projet.

Des arguments déconstruits par les scientifiques, qui soulignent notamment qu’en termes de captation de carbone, un arbre centenaire ne peut pas être remplacé par cinq jeunes arbres. Sans compter son rôle dans la régulation du cycle de l’eau et du climat local. L’ancienne coprésidente du Giec, Valérie Masson-Delmotte, avait ainsi rendu visite à Thomas Brail, encore dans son arbre, courant septembre.

Porté par le collectif La voie est libre et soutenu par de nombreux chercheurs, un projet alternatif avait été présenté à l’Assemblée nationale la semaine dernière. Il prévoit notamment la réhabilitation de la route nationale 126 et le réaménagement de la liaison ferroviaire entre Toulouse et Mazamet.


Marianne ENAULT

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