Le gouvernement a annoncé une baisse plus forte que prévu des émissions de gaz à effet de serre de la France l'an dernier, avec -5,8%.
Mais cette baisse est aussi liée à des facteurs conjoncturels, comme la météo plus clémente qui a permis de dépenser moins d'énergie.
Par ailleurs, la dégradation de nos puits de carbone (la forêt par exemple) fait que la France n'est pas dans les clous du "budget carbone".

En matière de baisse des émissions de gaz à effet de serre, la France semble sur la route des objectifs européens, qui la fixent à -55% en 2030 par rapport au niveau de 1990. Lors d'un meeting en Mayenne mercredi soir, le Premier ministre Gabriel Attal a en effet annoncé que les émissions du pays avaient baissé de 5,8% en 2023, selon les derniers chiffres du Citepa, l'organisme indépendant chargé d'évaluer le sujet pour la France. "Nous n'avons de leçons à recevoir de personne en matière d'efficacité écologique et environnementale", a estimé le Premier ministre. 

Les projections précédentes, publiées en mars, établissaient cette baisse à -4,8%, plaçant la France à -29% sur l'objectif des -55%. "Tous les grands secteurs émetteurs participent à cette réduction", écrit le Citepa dans son communiqué diffusé jeudi. En précisant : -7,7 millions de tonnes (Mt) pour l'industrie de l'énergie, -6,1 Mt pour l'industrie manufacturière, -4,4 Mt pour les transports, -3,4 Mt pour les bâtiments et enfin, -1,2 Mt pour l'agriculture. 

Des bonnes nouvelles qu'il faut toutefois remettre en perspective, car certains facteurs conjoncturels interrogent la capacité de la France à la maintenir cette baisse dans les prochaines années. Par ailleurs, les mauvaises performances de nos puits de carbone, dégradés, sont inquiétantes.

Citepa

Une météo plus clémente et des centrales qui fonctionnent

La plus forte baisse en 2023 est celle du secteur de l'industrie de l'énergie, mais elle est en partie due à deux facteurs conjoncturels : d'abord, la météo, qui a entraîné moins de dépenses d'énergie ; ensuite, la hausse de la production d'électricité bas-carbone. En 2022, près de la moitié des 56 réacteurs de la France s'étaient retrouvés à l'arrêt pour différentes raisons. Mécaniquement, le retour à la normale a permis de produire davantage d'électricité décarbonée et donc de faire baisser les émissions du secteur.

Ce n'est certes pas la seule raison, comme le relève le Citepa : "La production renouvelable a aussi augmenté (+9 TWh pour l’hydraulique, +12 TWh pour l’éolien, +3 TWh pour le solaire)", précise l'organisme. Dans ce contexte, la France a moins eu recours en 2023 aux centrales à gaz et à charbon, très émettrices. Mais la question qui se pose est la suivante : comment maintenir la baisse de ce secteur dans les prochaines années, puisque la part du gaz et du charbon est déjà très faible ?

C'est aussi en partie la météo qui a permis de faire baisser les émissions d'un autre secteur : celui des bâtiments. Dans ce secteur, les émissions sont liées à l'usage de combustibles fossiles pour le chauffage résidentiel et tertiaire. Or, la météo a été plus clémente en janvier et décembre 2023, donc les Français ont moins chauffé (la baisse s'est tout de même poursuivie en février, mars et avril, malgré une météo équivalente, en raison notamment de comportements de sobriété des Français).

L'inflation et les prix de l'énergie

Du côté des bâtiments, la baisse des émissions est aussi liée à l'augmentation des prix. "Les prix à la consommation ont augmenté de 3,7% en 2023, d’après l’Insee, et les prix de l’énergie ont aussi connu des hausses (+5,7 % en 2023)", relève le Citepa. De quoi inciter particulier et entreprises à réduire leur consommation. 

Même chose pour le secteur des transports, premier émetteur de gaz à effet de serre en France : la baisse de 3,4% est en effet en partie due aux augmentations des prix des carburants à la pompe "qui limitent les déplacements non contraints au moment des hausses", note le Citepa.

Ce sont aussi ces éléments – prix de l'énergie, inflation – qui expliquent en partie la baisse dans le secteur industriel (-8,7% entre 2022 et 2023) ; quand le gouvernement, lui, met en avant le résultat des efforts – réels, il est vrai – de décarbonation des industries. En 2023, les activités les plus émettrices du secteur – le ciment, l'acier et la chimie – ont connu des baisses de production, et c'est la raison pour laquelle elles ont moins émis.  Une baisse également due à des contraintes d'approvisionnement rencontrées par le secteur l'an dernier.

Le mauvais état des puits de carbone

Citepa

Enfin, dernier élément qui relativise la bonne nouvelle annoncée par le gouvernement : l'état des puits de carbone en France, qui permettent de capter une partie de nos émissions. Fragilisés, ils absorbent de moins en moins le CO2.

"Le secteur de l’utilisation des terres et de la forêt représente un puits net de carbone qui permet de séquestrer du CO2 dans la biomasse et les sols", rappelle le Citepa. "Estimé à environ -45 Mt CO2 en moyenne dans les années 2000, ce puits s’est considérablement réduit pour atteindre environ -20 Mt CO2 dans les années récentes, notamment en raison de l’effet couplé de sécheresses à répétition depuis 2015, de maladies affectant le taux de mortalité des arbres, et d’une hausse des récoltes de bois."

Ce facteur est fondamental à l'heure d'analyser les résultats climatiques de la France, car selon sa prise en compte ou non, le pays atteint ou n'atteint pas son "budget carbone", à savoir la quantité maximum de carbone fixée sur sa feuille de route. 

"Le budget carbone 2019-2023 est respecté si l’on prend le total hors puits de carbone (400 Mt émis en moyenne contre un budget de 420 Mt), et n’est pas respecté si l’on prend le total avec puits de carbone (380 Mt émis contre un budget de 379 Mt)", explique ainsi le Citepa. Dernier élément : le secteur des déchets émet lui aussi davantage que prévu (dépassement provisoirement estimé de 1,7 Mt).

Reste que selon le Citepa, la tendance est tout de même encourageante, car la baisse de 2023 et constatée dans tous les secteurs, transports compris. Par ailleurs, si elle se produit dans un contexte particulier (inflation, reprise de production nucléaire), elle est atteinte sans crise économique, ce qui n'était pas le cas des grosses baisses précédentes (en 2020, -9% pendant le Covid ; en 2014, -6,6% en raison notamment d'un hiver très doux).


Marianne ENAULT

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