Notre planète

Black Friday : un vendredi noir pour l'environnement et les droits humains

Annick Berger
Publié le 24 novembre 2022 à 16h39, mis à jour le 25 novembre 2022 à 6h35
JT Perso

Source : Le JT

Le Black Friday se déroule ce vendredi 25 novembre.
Une période de promotions toutes plus alléchantes les unes que les autres.
Mais cette frénésie de consommation a un coût particulièrement élevé pour l'environnement et les droits humains.

C'est le symbole de la surconsommation en France et à travers le monde. Le Black Friday, qui tombe le 25 novembre cette année, est devenu le grand rendez-vous commercial ouvrant la saison des fêtes. Un succès tel que cette journée se déroule désormais, la plupart du temps, sur une semaine entière pour porter le nom de Black Week. Une période de promotions exceptionnelles, importée des États-Unis, qui est régulièrement dénoncée, par les associations de défense d'une consommation plus responsable, comme un vendredi noir pour l'environnement et les droits humains. 

Il faut dire que pour appâter les consommateurs, les commerçants n'hésitent pas à proposer des rabais pouvant atteindre les -70% sur de nombreux produits issus de secteurs particulièrement polluants. "Le Black Friday, c'est la journée où l’on consomme le plus dans le monde", assure Thibaut Ringo, directeur général d'Altermundi et cofondateur du Green Friday.

Gaspillage des ressources

Au cœur des inquiétudes, la consommation de vêtements, téléphones, tablettes, ordinateurs et autres machines à laver et appareils électroménagers. Des produits particulièrement polluants pour la planète. "Derrière chaque objet neuf, il y a une montagne de ressources qui est utilisée pour les fabriquer, que ce soit les matières premières, l'eau ou l'électricité nécessaire à toutes les phases de fabrication", détaille Marine Foulon, responsable communication de l'ONG Zero Waste France

Par ailleurs, les promotions toujours plus alléchantes poussent à la consommation pour des articles pas forcément utiles. "Lors du Black Friday, il y a encore plus de gaspillage qu'à l'accoutumée", poursuit la responsable. "Ça pousse à acheter et à acheter rapidement et beaucoup parce qu’on utilise l’argument des prix bas, de la promotion avec cette notion de durée très courte pour en profiter. On achète ainsi des choses qu'on n'avait pas forcément prévu d'acheter et on oublie l'étape de réflexion sur ce dont on a besoin. Ça donne souvent lieu à des achats ratés qui finissent dans un placard ou renvoyés à l'expéditeur. En termes de gaspillage des objets et des ressources, c'est énorme". 

Un constat partagé par Thibaut Ringo. "C’est bien beau d’acheter un t-shirt à 5 euros qui va être jeté au bout de deux mois, mais est-ce qu’il ne faut pas réfléchir un peu différemment et au lieu d’acheter 6 t-shirts jetables, en acheter un qui va durer plusieurs années, qui va être fabriqué en France, en coton bio… Il faut essayer de faire comprendre au consommateur l’impact de son achat". Et le directeur général d'Altermundi de citer quelques chiffres :  "Il y a 5 millions de tonnes de vêtement qui sont mis sur le marché en Europe chaque année et 4 millions qui sont jetés. Quand on sait que la production d’un seul jean peut représenter jusqu’à 11.000 litres d’eau, ces chiffres donnent le tournis ! Par ailleurs, 56% des équipements qui tombent en panne ne sont pas réparés. Donc c’est bien beau d’aller acheter des machines à laver à -50% pendant le Black Friday, mais est-ce qu’on ne peut pas réparer son produit plutôt que de générer des tonnes de déchets ?"

Lire aussi

Les achats en ligne durant le Black Friday ou le Cyber Monday qui le suit pour les achats sur Internet ont également un coût important pour l'environnement. "Cela a un impact en termes d’emballage, puisque tout ce que l’on reçoit est emballé, sur-emballé avec beaucoup de plastique", détaille Marine Foulon. "Il y a également l’impact carbone lié au coût du transport et puis il y a un impact concernant les retours pour les articles qui ne conviennent pas. On ne sait pas trop ce qu'ils deviennent par la suite, car le système est très opaque, mais on sait que certains peuvent être directement jetés. On parle d'articles qui n’ont même pas été utilisés et qui vont tout de suite passer par la case destruction".

La "Black Season" dénoncée

Une frénésie de consommation qui a un impact sur les droits humains à travers le monde. "Il y a un coût environnemental et un coût social. On parle ainsi de 'Black Season' en Chine avec un rythme effréné pour ceux qui fabriquent les produits. Aujourd’hui, on a déconnecté le consommateur du producteur. Clairement, le consommateur achète, il voit le prix, la livraison et peut-être la qualité du produit, mais il ne pense pas du tout à qui est derrière tout ça", alerte Thibault Ringo. 

Un constat partagé du côté de Zero Waste France. "Derrière les prix bas, il y a toujours quelqu’un qui paie : les gens qui sont au début de la chaîne de production, qui sont extrêmement mal payés et qui travaillent la plupart du temps dans des conditions inhumaines. Par exemple, dans l'industrie de la mode, les conséquences peuvent être très graves, avec des personnes exposées aux pesticides dans les champs de coton, à des produits chimiques pour la phase de teinture, et des populations locales qui vivent à côté de ces usines très polluantes qui vont subir les impacts de notre consommation frénétique".

Un récent rapport du réseau des solutions de développement durable des Nations unies (SDSN) a d'ailleurs pointé que la consommation des Européens, chaque année, en termes de smartphone, voiture ou électroménager, était associée à 1,2 million de cas d'esclavage moderne et 4200 accidents du travail mortels dans le monde. 

Le "Green Friday" ou "Giving Tuesday" en réponse

Pour contrer les effets de la Black Week, plusieurs initiatives ont été mises en place pour sensibiliser sur une consommation plus responsable. Zero Waste France lance ainsi un appel à "ne pas participer au Black Friday" et à "réfléchir à sa consommation tout au long de l'année". "Si la raison principale de participer au Black Friday, c'est de faire des bonnes affaires, ce n’est pas forcément le mieux, car il ne le permet pas toujours, (…) et on va souvent dépenser plus que ce qu’on a prévu ; on va acheter des choses qui ne sont pas utiles donc le mieux est de lisser ça sur toute l’année, réfléchir à ce dont on a besoin et faire un petit budget. C'est le meilleur moyen de faire des économies", détaille Marine Foulon. L'ONG a également mis en place son défi "Rien de neuf" pour essayer d’acheter le moins d’objets neufs possible pendant un an. 

Le Green Friday a également été créé et regroupe plusieurs associations et entreprises pour "sensibiliser les citoyens à une consommation plus responsable sans les culpabiliser". "Le prix est important, mais quel est le coût social et environnemental de l'achat d'une folie de surconsommation et de surproduction comme le Black Friday ?", interroge le cofondateur de l'initiative "anti-Black Friday" qui "dénonce la surconsommation" et montre "qu'on peut consommer différemment et raisonner de manière différente qu’uniquement céder aux rabais, aux promotions et faire des achats qui ne sont pas forcément nécessaires". 

D'autres opérations ont été lancées ces dernières années comme le "Giving Tuesday" qui consiste à consacrer une journée à la générosité et à la solidarité en incitant les consommateurs à faire des dons le mardi suivant le Black Friday, soit le 29 novembre cette année. Certaines enseignes se sont également unies contre le Black Friday pour lancer le "Make Friday Great Again". Maisons du Monde, Joon ou encore Camif ont lancé ce collectif auquel ont adhéré près de 1300 enseignes qui s'engagent à ne pas participer à l'opération commerciale.


Annick Berger

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info