Changement climatique : peut-on s’y adapter grâce aux nouvelles technologies ?

Publié le 10 mars 2023 à 12h49

Source : JT 20h WE

Prévisions météo, domotique, robots… Des outils permettent de nous adapter aux aléas climatiques. Les agriculteurs ne peuvent plus s’en passer pour économiser l’eau ou se prémunir des tempêtes.
Les bâtiments s’en servent pour conserver une température et une aération davantage ajustée.
Partenaire du Prix Jeunes pour l’Environnement avec EpE, TF1 INFO vous éclaire pendant un mois autour de la thématique : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables ?"

+1,5 degré. Les accords de Paris, signés en 2015 par 196 parties, visent à limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré par rapport à l’époque préindustrielle. Or, 8 ans plus tard, partout dans le monde, la trajectoire semble devenue inatteignable. Les experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) préviennent que nous ne nous trouvons pas sur la bonne trajectoire : ils enregistrent déjà une augmentation des températures de 1,7 °C en France. Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, ne s’y trompe pas : "Il faut préparer notre pays à 4 °C de réchauffement climatique". Le ministre veut préparer citoyens et professionnels au pire pour anticiper des changements potentiellement brutaux. "À +4 °C, les deux tiers des stations de ski manqueront de neige dans les Alpes, on aura cinq fois plus de sécheresse et des jours de canicule beaucoup plus intenses", projette l’ancien maire d’Angers. Autant de catastrophes naturelles difficiles à digérer pour l’humanité : forte mortalité de populations fragiles ou défavorisées, prolifération de certaines maladies infectieuses, accélération des migrations pour fuir des régions dévastées ou devenues infertiles, etc.

Le gouvernement n’a aucun intérêt à jouer les Cassandre. Le ministre de la Transition écologique veut "sortir du déni" et observe un même mouvement à l’échelle mondiale. "Tout ne dépend pas de nous", renchérit le ministre. Le message envoyé est sans équivoque : la flambée du mercure provoque des bouleversements qui nous obligent à nous adapter. Un véritable défi pour beaucoup de territoires enclavés, escarpés, insulaires, urbains ou surpeuplés. Une expectative que nous pourrons péniblement affronter sans l’appui technologique.

Le réchauffement climatique pousse les chercheurs à innover. Objectif, favoriser l’accès aux ressources, prévoir le climat, contrôler les températures intérieures et modérer notre consommation d’énergie. Les nouvelles technologies y parviennent avec plus ou moins de succès.

À la reconquête de l’eau

Dans les champs, le réchauffement désorganise les parcelles cultivées. Maraichers, éleveurs et vignerons se retrouvent piégés soit par de sévères sécheresses, soit par de désastreuses chutes de grêle. Plus de 2 agriculteurs français sur 3 utilisent des capteurs météorologiques, robots désherbants ou drones de surveillance pour anticiper et protéger leurs terres. L’entreprise Weenat propose par exemple une application mobile et une gamme de capteurs connectés pour suivre en temps réel les conditions météorologiques et agronomiques de leurs parcelles du semis à la récolte. Les données, exploitées par de l’intelligence artificielle, permettent de mesurer la pluviométrie, les risques de gel ou encore l’humidité des sols, des feuilles et des bourgeons. Jérôme Le Roy, son fondateur, cherche à compenser l’accélération des aléas climatiques : "Nos capteurs génèrent une forte puissance de calcul qu’ils n’auraient jamais pu interpréter." D’autres agriculteurs disséminent des pièges à insectes non moins connectés qui évaluent les agresseurs rôdant autour des ruches ou des plantations. Ce système traite localement vignes ou arbustes sans répandre de grandes quantités d’insecticides virtuellement ravageuses pour la plante. Quelques éleveurs adoptent les capteurs de Biopic, qui suivent avec précision le cycle biologique des vaches pour identifier le moment où elles mettront bas.

Découvrez, en 3D, à quoi ressemblera le monde agricoleSource : JT 20h WE

Le nerf de la guerre reste l’eau. Quand elle risque de tomber trop fort, des vignerons tentent de bombarder les nuages pour faire dévier de potentielles averses de grêle. Avec une chambre à explosion et un diffuseur conique, ils mélangent de l’acétylène (gaz extrêmement explosif) à de l’air sec. Cela déclenche un coup de canon. L’onde créée par l’explosion parvient parfois à déplacer la masse nuageuse. Les chercheurs s’intéressent surtout à l’ensemencement de nuages, autrement dit faire tomber la pluie en tirant sur les nuages. La Chine dépense des milliards d’euros pour tenter d’endiguer de persistantes sécheresses dans l’intérieur du pays. Des ingénieurs tirent, depuis des avions ou des canons au sol, des tiges d’iodure d’argent. Ce composé précipiterait de la pluie artificielle. L’Organisation météorologique mondiale recense des centaines de projets pour altérer des phénomènes météorologiques. Certains chercheurs s’interrogent sur l’impact environnemental de ces techniques. Ils craignent que la fabrication de pluie artificielle au-dessus d’une zone se fasse au détriment d’une autre ou que l’iodure d’argent affecte la santé des habitants. Ils estiment que cette matière, insoluble dans l’eau, les expose à des lésions rénales et pulmonaires, voire à des hémorragies gastriques.

Plus l’IA apprend, plus elle fournit de solutions.
Frédéric Bretar, responsable du projet Space Climate Observatory pour le CNES

Améliorer les prévisions météo

Prévoir la météo le plus précisément possible devient une exigence absolue. Le lancement de puissants satellites connectés permet de gagner de précieuses minutes aux alertes météos et d’améliorer encore leur précision. Un supercalculateur, mis en service par Météo France en 2021, collecte les données et réalise jusqu’à 21 millions de milliards d'opérations par seconde. L’intelligence artificielle prend le relais des prévisionnistes pour affiner davantage le travail des professionnels. Frédéric Bretar, responsable du projet Space Climate Observatory pour le Centre national d’études spatiales (CNES) considère que l’on ne valorise pas encore suffisamment ces données : "L’intelligence artificielle avale en permanence des données. Plus l’IA apprend, plus elle fournit de solutions. À partir de ces données, les algorithmes créés permettent aux territoires de s’adapter au changement climatique : vulnérabilité aux inondations, gestions des territoires agricoles et urbains."

Les balbutiements de la domotique

Beaucoup de chercheurs fondent d’immenses espoirs sur la domotique. Il s’agit d’un système connecté permettant de contrôler, programmer et automatiser une habitation. Elle joue sur la plupart des appareils et dispositifs électriques de la maison : éclairage, chauffage, équipements audiovisuels et électroménagers, capteurs de présence humaine, ouverture des fenêtres, systèmes d’alarmes, etc. Ces bâtiments intelligents mesurent en temps réel les besoins en énergie et en utilisent le moins possible. Or, de tels automatismes restent très compliqués à mettre en œuvre. D’autant qu’il faudrait connecter ces réseaux intelligents à un ordinateur central ou une box wifi très gourmande. Pour l’Agence de la transition écologique (ADEME), seul le thermostat connecté, programmé à bon escient, pourrait nous aider à diminuer notre consommation d’énergie. Vous pouvez, avec un tel mécanisme, prévoir d’augmenter votre chauffage avant que vous ne rentriez du travail, l’atténuer dans votre chambre pendant la nuit ou le pousser dans la salle de bain en vous lavant. Les technologies de climatisation, voire d’aération des logements, risquent surtout de provoquer de dangereuses mal adaptations.

À de rares secteurs près, l’adaptation au réchauffement climatique reste l’angle mort de la tech. Les chercheurs se concentrent davantage sur des outils d’atténuation. Une stratégie qui pourrait évoluer rapidement si les trajectoires de températures, prévues par les observateurs du climat, continuent à enfler.

Appel à projets !

Comme chaque année, Entreprises pour l’Environnement (EpE), TF1/LCI et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de 19 000 €. Cette année, les moins de 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la problématique suivante : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables". Visant à limiter les impacts du changement climatique et les dommages associés, l’adaptation doit être sobre et durable, afin de répondre aux enjeux climat, ressources et biodiversité. Entre l’autonomie ou la transformation d’un système, les avis de toutes les parties prenantes sont nombreux et diversifiés. Et vous, qu’en pensez-vous ? Envoyez vos idées inédites ou solutions concrètes pour concilier transition écologique et technologies : prix.epe-lci@epe-asso.org. Dépôt des dossiers jusqu’au 20 mars 2022. 

Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site dédié.


Geoffrey LOPES

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