L'Agence spatiale européenne vient de lancer un nouveau satellite au-dessus de la Terre.
EarthCARE va avoir pour mission d'étudier les nuages.
Car l'influence du changement climatique sur ces phénomènes reste encore mal connue, alors qu'ils jouent un rôle capital dans la régulation des températures et des précipitations.

Ils sont les compagnons de nos journées pluvieuses et pourtant on connaît encore très mal leur impact sur nos vies. L'agence spatiale européenne a fait décoller, mardi 28 mai, le satellite EarthCARE avec un but : aller étudier les nuages et surtout leur effet sur l'évolution du climat. Une mission qui doit "révolutionner" les connaissances sur le sujet, selon l'Esa. Car les cumulus, arcus, cirrus et autres cumulonimbus sont des objets complexes qui agissent différemment sur le climat, en fonction de leur composition ou de leur altitude dans la troposphère, la plus basse couche de l'atmosphère. Un rôle perturbé par le changement climatique anthropique (dû aux activités humaines). Explications. 

Tantôt parasols, tantôt couvertures

S'ils sont l'un des principaux contributeurs à l'évolution du climat dans le monde, les nuages font partie des phénomènes dont les changements sont les moins biens connus. Il faut dire que leur fonctionnement est particulièrement complexe et qu'ils œuvrent à la fois comme des parasols et des couvertures pour la planète. Des nuages bas, comme les cumulus formés de vapeur d'eau, très blancs et très brillants, "réfléchissent une partie du rayonnement solaire qui arrive sur Terre depuis l'espace. En faisant cela, ils refroidissent l'atmosphère en empêchant ce rayonnement - qui réchauffe - d'atteindre la surface", explique à TF1info Hélène Chepfer, professeure de physique atmosphérique à la Sorbonne et chercheuse au Laboratoire de Météorologie Dynamique de l'Institut Pierre Simon Laplace. 

D'autres, comme les cirrus, en altitude, sont formés de glace avec un voile fin. Des nuages qui laissent passer le rayonnement solaire qui réchauffe la terre et qui "piègent une partie du rayonnement infrarouge émis par la surface de la terre pour créer une sorte d'effet de serre" en conserver la chaleur au sol, détaille la scientifique. Deux effets connus sous le nom "d'effet radiatif du nuage".

En faisant la somme de ces deux effets, "c'est le premier qui l'emporte" pour l'instant, pointe Hélène Chepfer. "C'est-à-dire que les nuages, globalement, refroidissent la surface de la terre et s'ils n'étaient pas là, il ferait beaucoup plus chaud". Problème : les émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines viennent perturber ce fragile équilibre. 

Un point d'incertitude majeur

Avec la hausse des températures, les nuages réagissent et leurs propriétés semblent changer. Des modifications que les scientifiques mesurent encore mal. "On sait qu'avec ces changements, ils vont réfléchir différemment le rayonnement solaire ou réémettre en quantité différente le rayonnement infrarouge. Et en faisant cela, ils vont modifier la température de surface et la température de l'atmosphère, en se rajoutant à l'effet de serre de nos gaz déjà présents", explique Hélène Chepfer. 

Selon les modèles des scientifiques, avec le changement climatique d'origine anthropique, la couverture nuageuse paraît se réduire dans certaines régions du globe, augmentant le rayonnement solaire atteignant le sol, alors que les nuages gagneraient en altitude, augmentant leur effet "couverture". Les modifications dans la composition des nuages modifieraient également les précipitations. "Si on change la température, dans certains endroits où il neige, il pourrait désormais pleuvoir", pointe l'enseignante à la Sorbonne. Une donnée cruciale pour les régions polaires notamment, les précipitations neigeuses étant les principales pourvoyeuses de glace pour le Groenland ou la calotte antarctique. "Avec le climat qui se réchauffe, une partie de ces précipitations deviennent de la pluie, qui amplifie la fonte des glaces", pointe-t-elle.

Autant d'événements et d'hypothèses qui tendent vers une amplification de la hausse des températures à travers le monde en raison des modifications de la couverture nuageuse, mais que la mission EarthCARE va devoir documenter et confirmer. Car si les scientifiques parviennent à mieux comprendre les modifications dans les nuages, ils pourront mieux anticiper le climat futur, ces phénomènes étant pointés dans les différents rapports du Giec comme la principale source d'incertitude sur les prévisions d'évolution du climat dans les années à venir. "Par exemple, lorsque les prévisions du Giec anticipent une hausse du mercure entre +2°C et +4,6°C avec un doublement du CO2 dans l'atmosphère, la majorité de l'incertitude est due à l'inconnue concernant l'évolution des nuages", pointe Hélène Chepfer.


Annick BERGER

Tout
TF1 Info