Peut-on encore sauver la glace de l'Antarctique, bombe à retardement pour la montée des eaux ?

Annick Berger avec AFP
Publié le 16 janvier 2023 à 23h49

Source : JT 20h WE

Selon une étude, l'effondrement de la calotte glaciaire de l'Antarctique occidental n'est pas "inévitable".
Une note d'espoir alors que sa fonte pourrait causer une montée des océans catastrophique.
Selon les chercheurs, tout dépendra de l'évolution du climat dans les années à venir.

Et s'il était encore possible de sauver la calotte glaciaire de l'Antarctique ? C'est en tout cas ce que met en avant une étude, publiée lundi 16 janvier, dans la revue Nature Communications. Selon les chercheurs à l'origine de cet article, la fonte des glaces de l'Antarctique occidental n'est pas "inévitable". Une lueur d'espoir alors que cette fonte pourrait causer une montée des océans catastrophique pour la planète. 

Selon l'équipe de scientifique aux États-Unis et au Royaume-Uni à l'origine de l'étude, le rythme et l'étendue des perturbations sur les glaces le long de la côte de l'Antarctique occidental varient en fonction de différences climatiques locales. Leur fonte aurait ainsi ralenti dans une région vulnérable de la zone entre 2003 et 2015. Un ralentissement causé par des changements de température de l'océan, qui trouvent leur origine dans des variations des vents au large. 

"Atténuer les pertes"

Pour arriver à cette conclusion, ils ont observé l'évolution de cette zone hautement stratégique, qui abrite des glaciers géants et très instables, via des relevés par satellites et des données récoltées sur place. "L'effondrement de la calotte glaciaire n'est pas inévitable", conclut ainsi Eric Steig, professeur à l'université de Washington à Seattle. "Cela dépend de la manière dont le climat changera ces prochaines décennies, un changement sur lequel nous pouvons influer positivement en réduisant les émissions de gaz à effet de serre", a-t-il souligné.

Dans ces régions, le vent souffle habituellement de l'ouest et apporte une eau plus chaude et salée, qui augmente la fonte des glaces. Mais l'intensité de ces vents avait été plus faible au large de la mer d'Admunsen pendant la période considérée, épargnant ainsi au glacier une partie de cette eau qui l'attaque. "Il existe un lien étroit entre le climat et la manière dont se comporte la glace", a souligné Frazer Christie, de l'Institut de recherche polaire Scott de Cambridge. "Nous avons la possibilité d'atténuer les pertes de glace dans l'Antarctique occidental - si nous freinons nos émissions de CO2", a-t-il conclu.

Une hausse des océans de 3,3 mètres ?

Des conclusions qui restent toutefois à nuancer. Si le scientifique Anders Levermann, de l'Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, qui n'a pas participé à l'étude, salue la méthode employée, il souligne que la période étudiée correspond "à un clignement d'yeux" du point de vue de la glace. Selon lui, il est nécessaire de continuer à prévoir une hausse du niveau des océans "avec pour hypothèse une déstabilisation de l'Antarctique occidental". 

Depuis le début des années 1990, les chercheurs ont observé une accélération de la fonte des glaces dans cette zone, sous l'effet du changement climatique causé par l'activité humaine. Certains craignent d'ailleurs un effondrement désormais irréversible de la calotte glaciaire, qui continuerait indépendamment de l'évolution future du climat. Il s'agirait ainsi d'un des "points de basculement" climatiques engendrant des réactions en chaîne catastrophique - en l’occurrence une importante montée du niveau des océans puisque, selon les recherches, l'Antarctique occidental contient assez de glace pour augmenter le niveau des mers de 3,3 mètres.

D'autant que le réchauffement des mers du globe - qui a atteint un record en 2022 - a un effet particulièrement visible sur le continent de glace. La hausse des températures de l'océan participe à la fonte "de ce que l'on appelle les ice-shelf - de grands plateaux glaciaires qui reposent sur l'eau - notamment via l'océan qui est juste en dessous et qui se réchauffe", détaillait ainsi à TF1info Laurent Bopp, directeur de recherche au CNRS.


Annick Berger avec AFP

Tout
TF1 Info