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Pourquoi les arbres sont en danger dans les grandes villes françaises

Annick Berger
Publié le 29 septembre 2022 à 16h34
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Selon une étude publiée dans "Nature", les arbres de nos villes sont menacés par le changement climatique.
Un véritable danger alors qu'ils sont indispensables à la régulation des températures.
Les scientifiques appellent à planter dès aujourd'hui des espèces plus résistantes et à protéger celles existantes.

D'ici à 2050, 71% des espèces d’arbres pourraient être menacées de disparition à Paris, Bordeaux, Montpellier, Grenoble et Lyon. C'est le constat inquiétant dressé par la première étude menée sur les forêts urbaines et publiée dans la revue Nature Climate Change. Alors que les arbres jouent un rôle primordial dans les villes, une équipe de recherche internationale a étudié l'évolution de plusieurs espèces plantées dans les grands centres urbains dans un contexte d'augmentation des températures et de diminution des précipitations. 

Selon le rapport publié le 19 septembre, entre 56 et 65% des espèces sont d'ores et déjà en situation de risque à travers le monde, soit parce que les températures de certaines villes excédent déjà la limite tolérable par l’espèce ou bien parce que le niveau des précipitations actuel de certaines villes est déjà en deçà de la limite tolérable par l’espèce. Un chiffre qui pourrait monter entre 68 et 76% d'ici à 2050. 

Certains arbres comme les frênes, les chênes, les érables, les peupliers, les ormes, les tilleuls, les marronniers ou les pins font partie des plus de mille espèces d’arbres et arbustes identifiées comme à risque face aux changements climatiques actuels et futurs. À l’horizon 2050, 71% des espèces présentes à Paris, Lyon, Bordeaux, Montpellier et Grenoble seront en situation de risque vis-à-vis de l’augmentation des températures moyennes annuelles, 69 % des espèces seront à risque vis-à-vis de la diminution du cumul des précipitations annuelles et 49 % des espèces seront à risque pour les deux phénomènes à la fois.

Un "climatiseur naturel" indispensable

"Dans une ville comme Montpellier, ces pourcentages atteignent 83 %, 66 % et 55 %, respectivement, et des espèces comme le frêne commun, le tilleul à petites feuilles, le tilleul à grandes feuilles, l’érable plane, le bouleau verruqueux, le peuplier tremble, l’aulne blanc ou le pin sylvestre feront alors partie des essences les plus à risques", détaille le rapport. Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs ont étudié 3129 espèces d'arbres et arbustes présentes dans 164 villes à travers 78 pays. Pour l'Hexagone, ils se sont penchés sur 1254 plantes. Sur ce chiffre, 506 espèces différentes d’arbres et d’arbustes sont en danger.

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Si les arbres venaient à disparaître, les grandes villes perdraient un "climatiseur naturel" indispensable pour lutter contre les vagues de chaleur et créer des îlots de fraîcheur indispensables aux populations pour mieux supporter des températures estivales, qui pourraient régulièrement dépasser les 40°C dans les années à venir. 

Par ailleurs, les végétaux permettent d'absorber une partie du dioxyde de carbone émis par la circulation des véhicules et, ainsi, d'améliorer la qualité de l'air. D'où l'inquiétude autour de la mise en danger de ces arbres, alors que les Nations unies prévoient une croissance de la population mondiale à 8,5 milliards de personnes en 2030, dont plus de la moitié d'entre elles - soit 4,2 milliards - devraient habiter dans un grand centre urbain.

L'étude pointe par ailleurs "qu’il est assez fréquent que des espèces soient déjà plantées dans des villes soumises à des conditions climatiques difficiles ; bien que certaines villes, notamment les plus riches, ont la capacité de dépenser de l’argent pour arroser des arbres en cas de déficit hydrique et d’atténuer les effets du changement climatique. Or, le risque devrait s’aggraver dans le futur et entraîner des coûts d’entretien bien plus importants". 

Pour tenter d'endiguer le déclin des forêts urbaines, les chercheurs conseillent la mise en place de politiques dédiées avec notamment un accès privilégié des racines des arbres à l'eau de pluie en diminuant les surfaces imperméabilisées, en évitant l'évacuation des précipitations par les caniveaux et en les redirigeant vers les plantes. 

Il est également possible de planter plus d'arbres et d'arbustes dès aujourd'hui en choisissant des espèces résistantes au manque d'eau et "si possible indigènes ou issues de zones biogéographiques voisines". 

Enfin, les scientifiques recommandent d'arrêter les politiques consistant à remplacer les espaces verts par des surfaces bitumées, qui servent notamment à la création de places de parking dans les grandes villes françaises et autour du globe. 


Annick Berger

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