Six "limites planétaires" dépassées par l'humanité : de quoi parle-t-on ?

Annick Berger
Publié le 12 juillet 2022 à 13h23
JT Perso

Source : JT 20h WE

Au moins six des neufs "limites planétaires" ont été dépassées, dont deux depuis le début de l'année.
Ce concept fixe des seuils à ne pas dépasser pour que l'humanité puisse continuer à vivre dans de bonnes conditions.
Un rapport publié lundi avance des pistes pour tenter d'inverser la tendance.

C'est un nouveau constat inquiétant dressé depuis le début de l'année : six des neufs limites planétaires ont été dépassées par l'humanité, dont deux depuis le début de l'année. Une situation dans laquelle l'Homme joue un grand rôle, selon le dernier rapport de l'IPBES, les experts de la biodiversité de l'ONU, qui avance que l'humanité doit cesser de considérer la nature comme une source de profit à court terme et se baser sur des "valeurs" liant son bien-être à l'état de notre planète. 

Sans un tel changement, les objectifs de développement durable et de réduction des inégalités dans le monde resteront des vœux pieux, soulignent les experts, dans le volume consacré aux "valeurs et évaluation de la nature" et publié lundi. "La manière dont nous appréhendons le développement économique est au cœur de la crise de la biodiversité", résume pour l'AFP Unai Pascual, économiste de l'environnement à l'université de Berne et coprésident de la session de l'IPBES qui a adopté ce rapport lors d'une réunion de 139 pays à Bonn.

"La nature est ce qui nous permet de vivre", martèle de son côté la patronne du programme environnement de l'ONU, Inger Andersen. "Elle nous fournit nourriture, soins, matières premières, oxygène, régulation climatique et bien plus encore". Mais le dépassement des limites planétaires fait peser un risque important sur cet équilibre. 

Qu'est-ce que les "limites planétaires" ?

Le concept a été défini par une équipe internationale de 26 chercheurs en 2009 dans deux revues scientifiques : Nature et Ecology and Society. Il fixe des seuils à l'échelle mondiale que l'humanité ne doit pas dépasser pour continuer à vivre dans des conditions décentes. Il reprend également l'idée que, depuis plus de 10.000 ans, soit la période qui correspond au régime de l'Holocène, la Terre est restée dans un état stable. Mais avec le franchissement des certaines limites, l'écosystème planétaire pourrait être fortement perturbé. 

En 2015, quatre ont ainsi été franchies : le changement climatique, l'érosion de la biodiversité, les perturbations globales du cycle de l'azote et du phosphore et les changements d'utilisation des sols. Depuis le début de l'année, deux sont venues s'ajouter à cette liste : l'introduction de nouvelles substances - comme la présence de plus en plus répandue de plastiques sur Terre - et l'utilisation de l'eau douce. Il reste trois limites qui n'ont pas encore été franchies : l'acidification des océans, la dégradation de la couche d'ozone et l'augmentation des aérosols dans l'atmosphère. À ce stade, seule la couche d'ozone semble être à peu près préservée, alors que l'acidification des océans empire un peu plus chaque année. 

Quels risques ?

Franchir l'une de ces limites planétaires, c'est prendre le risque d'un effet boule de neige. Les scientifiques se basent ainsi sur le principe de point de bascule ("tipping point") au moment duquel un événement devient incontrôlable et déstabilise totalement un écosystème, à l'image d'un élastique sur lequel on aurait trop tiré et qui casserait soudainement.

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En avril dernier, le sixième cycle d'évaluation des experts du climat de l'ONU (Giec) avait déjà alerté sur des événements dont le point de non-retour serait une source de déstabilisation aux conséquences dramatiques : l'effondrement total des calottes glaciaires, capable de faire monter la mer de dizaines de mètres ; le dégel du permafrost qui renferme des volumes immenses de carbone ; ou encore la transformation en savane de l'Amazonie qui absorbe une partie vitale du CO2 émis par les activités humaines.

Quelles solutions pour redresser la barre ?

En 2019, deux rapports de l'ONU sur la biodiversité et le changement climatique avaient déjà alerté sur le dépassement de ces limites et avaient conclu que seule une transformation en profondeur de notre façon de produire, distribuer et consommer pouvait permettre de redresser la barre. Une tâche quasi-impossible si l'humanité ne change pas sa manière de voir et d'évaluer la nature, avertissent les experts de l'IPBES, souvent présentée comme le "Giec de la biodiversité". "Notre analyse montre que diverses voies peuvent contribuer à la réalisation d'un avenir juste et durable. Le rapport accorde une attention particulière aux voies d'avenir liées à 'l'économie verte', la 'décroissance', la 'gouvernance de la Terre' et la 'protection de la nature", détaille ainsi le Professeur Unai Pascual, codirecteur de l’évaluation. 

Des travaux qui pourront être utilisés lors de la COP15 qui doit se tenir en décembre au Canada, avec plus de deux ans de retard. Une réunion capitale qui doit permettre à la communauté internationale d'adopter un nouveau cadre mondial pour tenter de mettre un terme à l'érosion dramatique du vivant sur notre planète. 


Annick Berger

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