Les experts du Giec publient, lundi 20 mars, la synthèse de leur travail commencé en 2015.
Ce rapport final est très attendu et constituera un important point d'appui pour tenter d'infléchir la crise climatique due à l'activité humaine.
TF1info fait le point sur ce qu'il faut savoir avant la parution de ce document crucial.

C'est la fin d'un cycle de huit ans. Lundi 20 mars, le Giec (groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat des Nations unies) dévoilera la synthèse des six rapports publiés sur le changement climatique depuis 2015. Ce dernier document doit résumer les problématiques abordées dans les trois "rapports spéciaux" publiés sur l'impact d'un réchauffement mondial de 1,5°C, les océans et le monde des glaces et les sols de la planète. Il reprendra également les conclusions du "rapport d'évaluation" publié en trois volets et abordant l'évolution du changement climatique, ses conséquences et les solutions. TF1info fait le point sur les enjeux autour de ce document crucial pour la planète.

Que va contenir cette synthèse ?

Depuis 1990, c’est la sixième fois (après 1990, 1995, 2001, 2007 et 2014) que cet exercice de compilation et de mise en perspective des connaissances est réalisé par le Giec. L'organe scientifique, créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme pour l'environnement des Nations unies, est composé de pays et non de personnes physiques. À l'heure actuelle, 195 États en sont membres, soit quasiment tous les pays du monde. Le Giec ne formule pas de recommandations et ne mène pas de travail de recherche, mais des centaines d'experts et chercheurs synthétisent la littérature scientifique existante afin d'exposer les options possibles aux décideurs politiques concernant le changement climatique et ses effets.

La synthèse qui sera publiée lundi sera composée de deux textes. Le premier sera un condensé, en une cinquantaine de pages, des trois volets principaux publiés en 2021 et 2022 et des trois rapports spéciaux. Le second, d'une dizaine de pages, sera un "résumé pour les décideurs", un texte hautement politique qui doit être approuvé ligne par ligne par les délégués des 195 pays membres. Ces textes seront la base scientifique des efforts que doivent fournir l'humanité et ses responsables politiques pour tenir les objectifs de l'accord de Paris : contenir le réchauffement bien en dessous de 2°C et, si possible, à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

Que nous ont appris les rapports de ce 6e cycle ?

Les précédents rapports publiés dans ce cycle par le Giec ont permis d'établir de nombreux faits :

Le premier rapport spécial sur l'impact d'un réchauffement mondial de 1,5°C, publié en octobre 2018, affirme que "le rôle des humains dans la modification du climat est sans équivoque". Il établit également que les gaz à effet de serre issus de l'activité humaine sont les principaux moteurs du changement climatique et alerte sur le fait que l'objectif de +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle est de plus en plus compromis. Or, chaque dixième de degré compte : à 2°C, les récifs coralliens seraient totalement décimés, les événements météo encore plus extrêmes et plus fréquents et la hausse du niveau des mers encore plus importante.

Le deuxième volet consacré aux sols de la planète, publié en août 2019, alerte sur le rôle de l'agriculture dans la dégradation des terres. Selon le rapport, trois quarts des sols émergés non englacés sont contaminés par l'activité humaine, et un quart est considéré comme dégradé, comme aux marges de l'Amazonie, où la forêt tropicale se transforme déjà en savane. Il montre que les terres se réchauffent deux fois plus vite que le globe. Sur la période 2006-2015, les continents ont vu leur température croître de 1,53°C de moyenne, soit plus que les 1,5°C de l'accord de Paris, avec des villes particulièrement touchées. 

Le troisième volet spécial est publié en septembre 2019 et se penche sur les océans et le monde des glaces. Il alerte sur les changements en cours dans ces puits de carbone et régulateurs du climat mondial. Le document alerte sur le réchauffement de ces immenses étendues, qui s'acidifient et sont de moins en moins oxygénées et peuplées. Il montre également qu'un réchauffement compris entre 1,5 et 2°C pourrait faire dégeler le pergélisol, libérant du méthane, ainsi que les calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique de l'Ouest. Des événements qui pourraient mener à une hausse du niveau des mers de 1,10 mètre d'ici 2100, impactant 10% de la population mondiale, voire de près d'une douzaine de mètres dans les siècles à venir.

Le "rapport d'évaluation" publié en trois volets vient confirmer ces tendances. En août 2021, celui du groupe de travail I confirme que certains effets du changement climatique sont déjà irréversibles. Le rapport du groupe II, publié en février 2022, alerte quant à lui sur le fait que s'adapter au changement climatique pourrait être impossible au-delà d'un réchauffement de 2°C, quand le dernier opus du groupe de travail III, publié en avril 2022, présente des solutions pour tenter de limiter la crise climatique, qui "impliquent des réductions rapides, profondes, et dans la plupart des cas immédiates, des émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs", y compris l'industrie, les transports, l'agriculture, l'énergie et les villes.

Quelles suites pour le Giec ?

Le sixième rapport de synthèse publié lundi devrait ainsi reprendre ces éléments. Il doit permettre aux Nations de bénéficier de tous les éléments sur le changement climatique et de s'appuyer sur des analyses scientifiques pour tenter de s'adapter. Il ne représente toutefois pas la fin du travail du Giec, qui devrait lancer un septième cycle d'évaluation. Il pourrait aboutir aux alentours de 2030, une date cruciale dans la lutte contre le changement climatique. 

C'est à cette date que les émissions de gaz à effet de serre à travers le monde devront avoir diminué de 43% par rapport aux niveaux de 2019. Des taux qui devront baisser de 84% d'ici 2050 alors que la planète devra être, d'ici là, neutre en carbone, ce qui impliquera d'absorber les émissions résiduelles dans l'atmosphère. Le septième cycle pourrait notamment porter sur les points de basculements ou encore le rôle des villes dans la lutte contre le changement climatique.


Annick BERGER

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