La canicule marine enregistrée en mer Méditerranée a déjà des conséquences.
Alors que l'épisode semble pour le moment passé, les scientifiques observent une mortalité massive d'espèces marines.
Les éponges ou encore les gorgones sont fortement touchées.

Ce qui était annoncé est advenu. Alors que les vagues de chaleur qui ont touché la France cet été ont considérablement réchauffé l'eau de la mer Méditerranée, les scientifiques craignaient que des espèces marines ne supportent pas ces températures élevées. Aujourd'hui, de premiers épisodes de mortalité massive sont enregistrés, laissant même pressentir des extinctions de certaines espèces au niveau local et laissant les paysages marins "significativement changés".

Des espèces qui n'ont pas résisté à des températures marines élevées

"Ce qu'on voit, c'est un peu comme si on passait après un incendie, sauf que les troncs d'arbres ne sont pas calcinés, ils sont juste enlevés de leur partie vivante. Normalement, c'est fortement coloré, c'est pourpre ou jaune, et là, tout ce qu'on voit, ce sont des axes de troncs", décrit ainsi le scientifique Thierry Pérez, à propos des gorgones, des coraux normalement très présents dans la région marseillaise qu'il observe. "Cette espèce-là, jusqu'à 20 mètres de profondeur, j'ai vu des sites où absolument rien, aucune colonie n'avait résisté", explique-t-il auprès de TF1info.

Des gorgones de mer Méditerranée, photographiées avant (à gauche) et après (à droite) la vague de chaleur marine de cet été 2022.
Des gorgones de mer Méditerranée, photographiées avant (à gauche) et après (à droite) la vague de chaleur marine de cet été 2022. - Thierry Pérez

Selon ce chercheur du CNRS à l'Institut Méditerranée de biodiversité et d'écologie marine et continentale, les éponges, et en particulier les éponges de bain, auraient également subi une forte mortalité en raison de la vague de chaleur marine qui a commencé à être enregistrée, en Méditerranée, en juin dernier. "J'ai peur qu'on puisse parler d'extinctions locales", partage-t-il, expliquant que sur ces nombreuses plongées en mer, il n'avait pas réussi à observer d'espèces survivantes.

Si pour le moment, il semblerait que la canicule marine soit "passée" en Méditerranée, les écosystèmes pourraient ne pas se remettre de cette vague de chaleur. Des épisodes de forte mortalité d'espèces ont été observés ailleurs dans la mer, sans que les espèces parviennent à se réintroduire par la suite. "Ça ne revient pas à l'échelle d'une vie humaine parce que ce sont des espèces qui vivent longtemps, mais qui aussi grandissent très très très lentement", regrette le chercheur. 

Or la disparition de ces espèces pourrait avoir des conséquences sur l'ensemble des écosystèmes, en plus d'impacts économiques. Les éponges, qui permettent notamment de filtrer l'eau, comme les gorgones, sont effectivement qualifiées de "clés de voûte" de ces environnements. "En disparaissant, il y a tout un groupe d'espèces qui va, non pas disparaître, mais qui ne seront plus distribués de la même façon", alerte encore Thierry Pérez, qui appelle donc à agir face au changement climatique, accru par l'activité humaine.


Aurélie LOEK

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