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Changement climatique : doit-on désormais parler d'une "5ᵉ saison" ?

Publié le 16 mars 2023 à 16h58, mis à jour le 17 mars 2023 à 9h14

Source : JT 20h Semaine

Graphiques à l'appui, des publications soutiennent que le cycle des saisons a évolué de manière majeure sous l'influence du changement climatique.
Il faudrait même parler aujourd'hui d'une "5e saison", peut-on lire, en plus des quatre que nous connaissons.
Les experts contestent ce terme, mais ils observent bien une modification des saisons, avec notamment des étés plus longs et plus chauds.

Depuis des siècles, nous avons l'habitude que l'année soit rythmée par un cycle de quatre saisons. Le changement climatique a-t-il bouleversé la situation ? C'est ce que suggère une publication relayée sur les réseaux sociaux, qui montre un graphique traduisant l'évolution des températures moyennes au cours des dernières décennies en France.  Ce message suggère d'enseigner désormais aux "enfants ou petits enfants qu'il y a désormais quasiment cinq saisons", avec "des hivers hyper courts et l'émergence d'un sur-été️", durant lesquelles les températures atteignent des sommets.

Le changement climatique a-t-il un tel impact qu'il doit nous conduire à revoir notre vision des saisons ? Pour le savoir, TF1info a contacté des climatologues et prévisionnistes, qui suivent de près l'évolution des températures au fil des ans.

Pas de 5e saison...

"D’un point de vue académique, parler de cinq saisons n'a pas vraiment de sens, car nous nous basons sur l'astronomie", confie en préambule Gaëtan Heymes, prévisionniste à Météo-France. "Nous allons conserver quatre saisons sous nos latitudes", ajoute-t-il, régies par le mouvement de notre planète par rapport au Soleil et pas son inclinaison. En revanche, il est clair à ses yeux que les saisons évoluent et ne sont désormais plus comparables à celles qui étaient encore observées quelques décennies en arrière. 

"Auparavant, les températures les plus chaudes du cœur de l’été s'observaient généralement sur la période 15 juillet-15 août. À présent, les températures de début juillet ont tendance à correspondre à ce qui était le cœur de l’été, avec une extension de la période des vagues de chaleur. On peut les avoir plus tôt ou plus tard", souligne l'expert. Le "changement se révèle aussi marqué au niveau de la physionomie des hivers", puisque l'on constate une plus faible présence de neige au sol, en plaine comme en moyenne montagne. Des hivers moins froids, qui tendent aussi à se raccourcir. 

La climatologue Françoise Vimeux, membre de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), partage les analyses de son confrère et estime que le concept de 5e saison risque "d'entraîner une forme de confusion dans l'esprit du grand public". À ses yeux, "il importe surtout d'insister sur le rallongement de la période estivale, qui s'accompagne d'une augmentation de la chaleur moyenne enregistrée". Sans oublier "la répétition plus fréquente à l’avenir des vagues de fortes chaleurs, exacerbée en intensité et en nombre par le changement climatique". La spécialiste rappelle que la (mal)chance de voir survenir des étés comme celui de 2022 était estimée à une sur 10. En 2003, "c'était plutôt une malchance sur 50 de voir un tel été se produire". Les phénomènes climatiques extrêmes sont amenés à se multiplier, alertent les scientifiques, dont les travaux sont à intervalles réguliers condensés dans les volumineux rapports du Giec. 

... mais des étés plus longs et intenses

S'il n'adhère pas au concept de 5e saison, Gaëtan Heymes ne rejette pas la notion de "sur-été". Si elle n'est pas utilisée par les professionnels du climat ni dans les travaux scientifiques, "elle n'est pas inintéressante, car elle permet de quantifier les effets du changement climatique sur les étés". Et d'insister sur les "écarts de températures observés par rapport au passé". On doit s'attendre à ce que des vagues de chaleurs deviennent plus fréquentes, y compris "en juin ou en septembre/octobre", souligne pour sa part Françoise Vimeux.

Cette dernière fait remarquer que la hausse des températures n'est pas propre à l'été, et qu'on les enregistre aussi durant les autres saisons. "Souvenez-vous des chaleurs d'octobre dernier [2022, NDLR], avec les gens qui étaient nombreux à se baigner. On sentait à l'époque au sein de la population une certaine prise de conscience. L'effet sur Monsieur et Madame Tout-le-monde était fort : les gens se disaient qu'il y avait un problème."

Peu appropriée, la notion de cinquième saison n'a donc aucune raison d'être mise en avant ou enseignée aux générations futures. En revanche, les spécialistes du climat soulignent l'importance de sensibiliser aux conséquences du changement climatique sur le déroulement des saisons, tout en mettant en avant les risques de voir se multiplier les événements climatiques extrêmes, parmi lesquels les vagues de chaleur. 

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Thomas DESZPOT

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