"C'est incontrôlable" : en plein hiver, les chenilles processionnaires déjà de retour

par Marie TERANNE
Publié le 4 janvier 2024 à 16h53

Source : JT 20h Semaine

Les chenilles urticantes sont déjà de retour en Île-de-France, trois mois plus tôt qu'habituellement.
Un "calendrier des insectes complètement bouleversé", alerte un spécialiste, pointant du doigt les températures exceptionnellement douces de cette année.

Quatre centimètres de poils hirsutes et horriblement urticants, qui cheminent en processions de vingt mètres et plus. Depuis quelques jours, les chenilles processionnaires sont de retour en Île-de-France. "L'année dernière c'était déjà ultra-précoce à partir du 15 février alors que normalement c'est fin mars-début avril. (...) Cette fois, elles sont apparues début décembre, avec des chenilles qui semaient la panique", s'inquiète Daniel Vaugelade, président de l'Union pour la protection de la boucle de Moisson, interrogé par TF1info. 

Ce défenseur de l'environnement, référence en matière de protection de la faune et la flore, constate par ailleurs une progression exponentielle du nombre de chenilles urticantes. "Et ce malgré les traitements et les pièges placés par des particuliers, c'est incontrôlable", alerte-t-il. 

Conséquence du dérèglement climatique

À l'origine de ces phénomènes : "Le dérèglement climatique !", lance spontanément l'expert. "Les coups de sécheresse que l'on connaît déconnecte les plantes et les animaux. Avec la chaleur, ils se mettent en dormance et se réveillent à contre-temps. Le calendrier saisonnier des insectes est complètement bouleversé", détaille Daniel Vaugelade.

Deux espèces sont ainsi observables en Île-de-France : la chenille processionnaire du pin, présente dans les trois quarts sud de la France et qui remonte davantage chaque année, et celle du chêne qui se concentre dans le quart nord-ouest. "Cet hiver, elles sont présentes en Île-de-France, surtout en bords de Seine et dans toutes les zones sablonneuses", ajoute l'expert, qui constate ce phénomène dans la réserve naturelle de la boucle de Moisson (Île-de-France). "Dès que vous allez dans des forêts où c'est plutôt argileux, il y en a beaucoup moins car le terrain ne convient pas à la reproduction des chenilles". 

Leurs poils urticants contiennent une protéine toxique très irritante et inflammatoire
Anses

En 2021, 84% de la région Île-de-France avaient déjà été colonisés par la chenille processionnaire du pin, selon l'Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement). Il faut attendre l'année suivante pour qu'un décret classe ces insectes parmi les espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine.

"Leurs poils urticants contiennent une protéine toxique très irritante et inflammatoire : la thaumétopoéine. Elle pénètre là où le 'harpon' s’est planté : le plus souvent dans la peau", peut-on lire sur le site internet de l'Anses (Agence nationale de la sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail). À noter tout de même que 90% des cas sont bénins, selon une étude menée par l'Agence de 2012 à 2019. 

Selon Daniel Vaugelade, les victimes favorites des chenilles urticantes sont les enfants et les animaux. "Si un animal ou un enfant met des chenilles à la bouche, cela devient très grave. La langue va se tuméfier. Il y a aussi un risque d'étouffement", avertit-il, l'autre problème récurrent avec ces espèces étant les allergies. Les végétaux, eux aussi, en subissent de plus en plus les conséquences : "Avec l'attaque très forte de cette année, certains pins sont en train de se défeuiller. Leur mort est programmée"


Marie TERANNE

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