L'océan Atlantique proche d'un point de bascule "dévastateur"

par F.S.
Publié le 10 février 2024 à 13h19, mis à jour le 10 février 2024 à 14h36

Source : JT 20h Semaine

La circulation des courants océaniques régule la température de l'océan Atlantique.
Ce système serait en train s'approcher d'un point de bascule critique, selon une étude publiée vendredi.
L'effondrement de ce système se produirait à une telle vitesse que toute adaptation serait impossible.

On oublie parfois à quel point les océans stabilisent notre climat. Non seulement ils couvrent la majorité de la surface de la terre, mais ils stockent aussi une immense quantité d'énergie, participant ainsi à la régulation du globe. Mais jusqu'à quand ? Une étude publiée ce vendredi 9 février montre que la circulation des courants dans l'océan Atlantique se dirigerait vers un point de bascule critique, constituant "une mauvaise nouvelle pour le système climatique et l'humanité".

Les impacts climatiques d'un tel effondrement

Dans le détail, une équipe de chercheurs néerlandais a voulu mettre au point un indicateur "d'alerte précoce" sur ce que les climatologues appellent la "circulation de retournement". Baptisée AMOC en anglais - pour Atlantic meridional overturning circulation - cette notion décrit ce gigantesque tapis roulant océanique, qui redistribue la chaleur, le carbone et les nutriments essentiels à la vie autour de la planète. En arrivant vers le cercle arctique, ces flux se refroidissent et s'enfoncent dans les profondeurs de l'océan. 

Or, en s'appuyant sur des modèles informatiques et des données antérieures, les chercheurs ont confirmé que ce phénomène était en train de décliner et qu'il pourrait être irréversible. En cause, la fonte des glaciers du Groenland et des calottes glaciaires de l'Arctique, plus rapides que prévu, qui déversent de l'eau douce dans la mer et empêchent les eaux plus salées de s'écouler en direction du sud.

En s'appuyant sur les teneurs en sel de certaines zones situées à l'extrémité sud de l'océan Atlantique, entre Le Cap et Buenos Aires, l'équipe a en effet révélé qu'une érosion de ce processus naturel pourrait conduire à un effondrement soudain en moins de 100 ans. Les conséquences seraient alors désastreuses. "C'est une mauvaise nouvelle pour le système climatique et l'humanité", soulignent les chercheurs. "Car, jusqu'à présent, on pouvait penser que le basculement de l'AMOC n'était qu'un concept théorique et qu'il disparaîtrait dès que l'on prendrait en compte l'ensemble du système climatique." Dans leur étude, les chercheurs de l'Institute for Marine and Atmospheric Research (Imau), aux Pays-Bas, se sont eux-mêmes dits choqués par la vitesse à laquelle, une fois le point de bascule atteint, l'effondrement pourrait avoir lieu.

L'effondrement de l'AMOC modifie radicalement la redistribution de la chaleur
Chercheurs du Institute for Marine and Atmospheric research (IMAU)

Le point de rupture apparaît donc comme irréversible. Parmi les conséquences citées par l'équipe néerlandaise, on relève une hausse d'un mètre du niveau de l'océan Atlantique dans certaines régions, une inversion des saisons en Amazonie, et une dérégulation de l'ensemble des températures du globe. Des changements qui surviendraient dix fois plus rapidement que ceux observés aujourd'hui, rendant l'adaptation presque impossible. Il convient toutefois de rappeler qu'à l'heure actuelle, aucune étude n'a identifié à quelle date cette bascule-ci pourrait avoir lieu. Jusqu'à présent, il n'existe aucun consensus sur l'ampleur de cet effondrement, une étude prédisant que le point de rupture pourrait être situé entre 2025 et 2095.


F.S.

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