Climat : les niveaux de CO2 dans l'atmosphère au plus haut depuis... au moins 14 millions d'années

par A.B. avec AFP
Publié le 8 décembre 2023 à 18h13

Source : JT 20h WE

Une vaste étude s'est penchée sur l'évolution des niveaux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère depuis 66 millions d'années.
Selon ses conclusions, la dernière fois que de telles concentrations ont été mesurées remonte à environ 14 à 16 millions d'années.
Le niveau des océans et les animaux peuplant la planète étaient alors bien différents.

C'est une nouvelle étude qui vient montrer le bouleversement qu'est en train de vivre la planète. Une publication parue dans la revue Science, jeudi 7 décembre, s'est penchée sur les niveaux de monoxyde de carbone présents dans notre atmosphère depuis 66 millions d'années et jusqu'à aujourd'hui. Résultat : la dernière fois que de telles concentrations de CO2 ont été mesurées - soit environ 420 parties par million (ppm) - remonte à une période située entre 14 et 16 millions d'années. C'est bien plus que ce qu'estimaient jusqu'à présent les scientifiques (3 à 5 millions d'années).

"Cela nous montre bien à quel point ce que l'on est en train de faire est vraiment, vraiment inhabituel dans l'histoire de la Terre", a expliqué à l'AFP l'autrice principale Baerbel Hoenisch, chercheuse pour l'université Columbia à New York. L'étude, la première à proposer une analyse aussi précise des taux de dioxyde de carbone sur Terre, évoque ainsi les climats inhospitaliers vers lesquels l'humanité se dirige si elle ne parvient pas à combattre efficacement le changement climatique dû à ses activités. 

D'immenses insectes

Si l'on regarde l'état de la Terre à cette époque, le Groenland ne possédait ainsi pas de calotte glaciaire. Or, "notre civilisation est habituée au niveau des mers qu'on connaît actuellement, aux tropiques chauds, aux pôles froids et aux régions tempérées qui bénéficient de nombreuses précipitations", prévient Baerbel Hoenisch. "Notre espèce (...) n'a évolué que depuis 3 millions d'années", rappelle la scientifique. "Nous n'avons jamais rien connu de ces climats chauds."

Et si nos émissions se poursuivent, prévient l'étude, la concentration pourrait monter à 600 ou 800 ppm, des taux atteints durant l'Éocène (-30 à -40 millions d'années), avant que l'Antarctique ne soit couvert de glace et quand la faune et la flore planétaires étaient bien différentes, avec par exemple d'immenses insectes. Sur les 66 derniers millions d'années, la période la plus chaude que la Terre ait connue remonte à environ 50 millions d'années, avec une concentration en CO2 à 1600 ppm et des températures 12°C plus chaudes qu'aujourd'hui. 

Le réchauffement observé alors, pointent les chercheurs, a été similaire à celui qui se déroule aujourd'hui, avec une rapidité similaire. Ce bouleversement a entraîné des changements massifs dans les écosystèmes et a mis quelque 150.000 ans à se dissiper. "Nous y sommes pour très longtemps, à moins que nous capturions du dioxyde de carbone de l'atmosphère et que nous stoppions nos émissions très bientôt," résume Baerbel Hoenisch. D'autant que, selon l'étude, avec nos émissions actuelles, un doublement des taux de concentration en CO2 réchaufferait progressivement la planète, jusqu'à atteindre +5 à 8°C, en raison des effets en cascades qu'entraînerait une hausse des températures.


A.B. avec AFP

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