Les canons à neige, anti-écolos ? Les stations de ski épinglées par la Cour des comptes

Publié le 6 février 2024 à 13h55

Source : JT 13h Semaine

Face au changement climatique, les stations de ski françaises peinent à s'adapter.
C'est ce que pointe un rapport de la Cour des comptes, publié mardi.
Des conclusions vivement dénoncées par les acteurs de terrain.

Un rapport inquiétant pour les stations de ski françaises. Dans un document publié mardi 6 février, et intitulé "Les stations de montagne face au changement climatique", la Cour des comptes tire la sonnette d'alarme. Selon les experts, face à la crise actuelle, le "modèle économique du ski français s'essouffle" et "les politiques d'adaptation restent en deçà des enjeux". Un bilan noir à quelques jours des vacances d'hiver, et alors que de nombreux massifs manquent cruellement de neige depuis le début de l'année. Selon la Cour des comptes, plusieurs stations, "fragilisées par le manque d’enneigement et l’érosion de leur clientèle de skieurs" depuis les années 2000, "ne sont déjà plus en capacité d’atteindre l’équilibre d’exploitation". 

Le risque d'une "mal-adaptation"

Parmi les principaux griefs adressés aux stations : des politiques d'adaptation qui "reposent essentiellement sur la production de neige" via les canons. Mais la fabrication de cette neige artificielle ne "constitue qu'une protection relative et transitoire contre les effets du changement climatique", pointe la Cour des comptes, qui rappelle que son coût est important et que son efficacité tend à se réduire avec la hausse des températures. "Dans certains cas, la production de neige peut tendre vers une mal-adaptation", alerte l'organisme. 

D'autant que la neige à canon représente une tension supplémentaire sur les ressources en eau, appelées à se raréfier avec le changement climatique dû aux activités humaines. Le rapport souligne que "l'impact de la production de neige sur les ressources en eau" paraît "sous-estimé dans de nombreux territoires" et il serait "nécessaire que les autorisations de prélèvement d'eau destinées à la production de neige tiennent davantage compte des prospectives climatiques".

Ces conclusions interviennent alors que la hausse des températures s'accélère à travers le monde et particulièrement en France, où le climat se réchauffe deux fois plus vite que sur le reste de la planète. Ainsi, selon les projections, toutes les stations de ski seront "plus ou moins touchées" par le manque de neige "à l'horizon de 2050" avec seulement quelques-unes qui "pourraient espérer poursuivre une exploitation au-delà de cette échéance". Le rapport épingle aussi "la planification écologique de l'État, peu opérationnelle pour le secteur touristique en Montagne", qui "ne permet pas d'impulser une réelle dynamique de changement", et estime qu'il en est de même pour les régions. 

Face à ce constat, la Cour des Comptes propose de mettre en place une gouvernance des stations de montagne ne relevant plus du seul échelon communal. Enfin, elle suggère de mettre en place un fonds d'adaptation au changement climatique destiné à financer des actions de diversification et de déconstruction des installations. Une mesure d'autant plus importante que, selon l'organisme, "des friches industrielles apparaissent dans les montagnes françaises : près de 200 installations inutilisées et non démontées sont recensées au niveau national". 

Notre déception est grande de voir nos efforts aujourd’hui caricaturés par la Cour des Comptes.
Alex Maulin, président de DSF

De leur côté, les acteurs sur le terrain ont vivement réagi à ce rapport qu'ils qualifient de "décevant". L’Association Nationale des Élus de la Montagne (ANEM), l’Association Nationale des Maires des Stations de Montagne (ANMSM) et le syndicat professionnel Domaines Skiables de France (DSF) estiment, dans un communiqué commun, que la Cour des comptes "minimise de manière importante l’effort d’adaptation des stations engagé depuis de nombreuses années", ne tient pas compte "de la résilience des stations aux changements climatiques" et n'a sélectionné pour son étude, que 42 stations "en large majorité petites et moyennes".

"Notre déception est grande de voir nos efforts aujourd’hui caricaturés par la Cour des Comptes", déplore Alex Maulin, président de DSF. "Il y a bien longtemps que nous avons pris la mesure de la situation et que nous nous investissons pour réduire notre impact et diversifier nos activités. Nous sommes même la seule profession au monde à avoir pris une feuille de route d’éco-engagements globaux, et à nous être organisés pour supprimer les émissions de gaz à effet de serre sur tous les domaines skiables français d’ici 2037". 

Deuxième destination mondiale pour le tourisme hivernal

Pascale Boyern, présidente de l'ANEM, estime de son côté que "l’activité ski sur les territoires qui conservent des perspectives d’enneigement suffisantes à moyen long terme ne peut pas être rejetée sans nuance. Les territoires de montagne sont de plus en plus confrontés aux calamités naturelles dues aux changements climatiques. Ces territoires doivent de ce fait être soutenus pour assurer la diversification de leurs activités économiques, mais également pour affronter les enjeux climatiques". Le président de l'ANMSM, Jean-Luc Boch, fustige pour sa part "qu'une fois de plus, la Cour des comptes analyse une situation globale hors de la réalité du terrain et du travail des élus locaux et professionnels". 

Selon une étude publiée dans la revue Nature Climate Change en août dernier, dans les Alpes Françaises, la neige naturelle pourrait disparaître dès 2°C de réchauffement mondial et être mise en grand danger dès +1,5°C. Dans les Pyrénées, les conséquences du changement climatique sont déjà dramatiques, puisque dans les stations de moyenne montagne, la neige naturelle manque déjà et pourrait disparaître dès +1,5°C de réchauffement. Les effets du changement climatique ont d'ailleurs déjà conduit 150 stations de ski à fermer leurs portes en France. 

Dans le pays, 120.000 emplois dépendent de la pratique des sports d'hiver alors que l'Hexagone est la deuxième destination pour le tourisme hivernal, derrière les États-Unis. Chaque année, ce sont 53,9 millions de personnes qui se rendent sur les pistes tricolores, profitant d'un panachage assez unique en Europe de petites et de grandes stations. 


Annick BERGER

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