Climat : va-t-on donner 100 milliards de dollars par an aux pays pauvres, comme le promet le G20 ?

Publié le 1 novembre 2021 à 17h30, mis à jour le 1 novembre 2021 à 17h49

Source : TF1 Info

FINANCE - L’accord réaffirmé dimanche par le G20 prévoit de donner chaque année 100 milliards de dollars aux pays directement confrontés aux aléas du changement climatique. Mais cette promesse date de plus de dix ans, et n’a pas été mise en œuvre en 2020 comme prévu.

Face aux inégalités de richesses, la lutte contre la crise climatique suppose une solidarité des pays du Nord envers ceux du Sud. Cela a été au cœur de l’une des discussions au G20, auxquels participent ces jours-ci les pays les plus développés. Pour ce faire, un accord a été remis sur la table. Celui du "fonds de 100 milliards (de dollars, NDLR) pour financer la transition climatique et énergétique des pays en voie de développement et des pays les plus pauvres", comme l’a détaillé Emmanuel Macron dimanche 31 octobre, face à la presse. 

À entendre le Président s’enthousiasmer des "résultats" obtenus lors du sommet, on pourrait croire que ce don de 100 milliards de dollars, accordé chaque année aux pays pauvres, est une véritable avancée. Sauf que ce plan de financement est dans les tiroirs depuis plus de dix ans et qu’il n’a pas atteint son objectif en 2020, contrairement à ce qui avait été décidé à l’origine. Les dirigeants tablent alors sur une période de cinq ans pour effectuer leur rattrapage envers les États les plus démunis face au changement climatique. Explications. 

Un objectif atteint... pas avant 2023

Pour comprendre d’où vient cette promesse, il faut remonter à 2009 et à la COP15. Cette année-là, à Copenhague, les pays riches s’entendaient pour mobiliser à terme 100 milliards de dollars par an en faveur des pays en voie de développement. Objectif : qu’ils puissent financer la lutte contre le changement climatique. Ici était née l’idée d’un Fonds vert pour le climat, sous l’égide de l’ONU. Cet engagement était renouvelé six ans plus tard, lors de la COP21, et inscrit dans l’accord de Paris. "Cet engagement a été pris à la COP, il y a 6 ans… et l’argent n’est toujours pas là ! Réaffirmer des engagements ne les transforme pas en réalité, hélas. Aujourd’hui, réaffirmer des engagements sert surtout à cacher le fait qu’on ne les a pas tenus", a d’ailleurs relevé François Gemenne, chercheur et membre du GIEC, en réponse à un tweet d’Emmanuel Macron sur "l’annonce" de dimanche. 

À Paris, il fut alors convenu qu’entre 2020 et 2025, 100 milliards de dollars seraient donnés chaque année par les pays riches aux pays pauvres pour les aider à s’adapter au changement climatique et à affronter ses manifestations les plus violentes (inondations, incendies, ouragans...). Mais l’objectif n’a pas été rempli à cette date, comme le reconnait l’ONU sur le site officiel de la COP26 : "Même si les chiffres définitifs pour 2020 ne sont pas encore disponibles, il devient clair que les pays développés n'auront pas mobilisé conjointement 100 milliards de dollars US d'ici à cette année-là". Ce n’est qu’en 2023 que cette somme sera atteinte, estime même l’OCDE dans un rapport sur le sujet (voir le graphique ci-dessous). 

Projections sur le budget accordé par le G20 aux pays pauvres pour faire face au changement climatique
Projections sur le budget accordé par le G20 aux pays pauvres pour faire face au changement climatique - ONU

Et ce retard, Emmanuel Macron l’attribue aux Américains et à leur désengagement en faveur du climat sous la présidence Trump (qui avait notamment retiré le pays de l’accord de Paris). "Là où nous avons accumulé des financements pendant plusieurs années qui permettent d’être au rendez-vous pour 2020, il y a eu un retard américain (…) Les quelques milliards qui nous manquent sont dus à un effort additionnel qui doit passer ou pas au Congrès américain", a avancé le chef de l’État en guise d’explication, assurant que l’Europe comme la France tenaient, elles, leur promesse avec respectivement "plus de 25 milliards" et "7 milliards" de dollars par an.

Par un calcul tiré des analyses de l’OCDE, Emmanuel Macron a fini par affirmer que l’engagement des pays du G20 serait bel et bien rempli… à condition que l’on regarde sur une période de cinq ans : "Le rapport remis par l’OCDE montre que nous arriverons aux 100 milliards de finance climat en 2023 et que nous atteindrons près de 600 milliards sur la période 2020-2025. Ce qui veut dire que oui, nous serons au rendez-vous des 100 milliards par an sur 2020-2025. On peut le dire à la lumière de ce rapport". Autrement dit, les sommes allouées en 2023, 2024 et 2025 permettront de rattraper le retard accumulé en 2020, 2021 et 2022. 

De son côté, l’ONU pointe surtout le manque d’efforts collectifs et des "financements privés", encore insuffisants. "L'ampleur de la mobilisation des financements privés n'est pas celle qui était prévue dans la feuille de route de 2016. Elle est restée pratiquement inchangée entre 2017 et 2019", déplore l’institution, appelant à des "efforts supplémentaires" pour les années à venir. 

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Caroline QUEVRAIN

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