COP28 : cinq chiffres pour comprendre les enjeux

Publié le 28 novembre 2023 à 16h55

Source : JT 20h Semaine

Plus de 70.000 personnes sont attendues à Dubaï à partir de jeudi à l'occasion de la COP28.
"Tout le monde doit rendre des comptes", a déclaré son président, le sultan al-Jaber, pour justifier la présence massive des industriels dans l'émirat, notamment du secteur pétrolier.
Émissions mondiales, énergies renouvelables, voitures… voici les chiffres clés pour comprendre les débats.

Avec le pape François et le roi Charles III, mais sans Joe Biden… La COP28 qui s'ouvre jeudi à Dubaï s'annonce déjà comme une édition record en matière d'affluence : 70.000 participants sont attendus dans l'émirat, un millier de dirigeants et d'organisations philanthropiques inscrits, un sommet des chefs d'État et de gouvernements les 1ᵉʳ et 2 décembre. 

"Tout le monde doit faire partie du processus, tout le monde doit assumer ses responsabilités et rendre des comptes", a déclaré dans un entretien à l'AFP le Sultan al-Jaber, président de la COP28. "Cela inclut toutes les industries, notamment les industries très émettrices comme l'aviation, les transports, l'aluminium, le ciment, l'acier, ainsi que l'industrie pétrolière et gazière." 

Pour comprendre les débats, voici cinq chiffres clés, que l'on trouve notamment dans l'Observatoire mondial de l'action climat, réalisé chaque année par l'association Climate Chance avec Enerdata.

+7,2% d'émissions annuelles de CO2 dans le monde entre 2015 et 2022

Les émissions mondiales de CO2 ont atteint un nouveau record en 2022. Et elles n'ont jamais fléchi depuis l'Accord de Paris, qui impliquait pourtant une diminution à partir de cette date. Entre 2015 et 2022, les émissions mondiales sont passées de 35,6 à 38,2 gigatonnes de CO2, soit +7,2%. Dont 88% issue de la combustion d'énergies fossiles. 

Dans le détail, 48% des émissions mondiales de CO2 sont liées à la production d'énergie. On trouve ensuite l'industrie (23%), le transport (20%), les bâtiments (8%) et l'agriculture (1%).

Qui est responsable ? Principalement les pays du G20 : 84% des émissions mondiales sont issues des 20 économies les plus développées. Mais il faut noter une hausse des émissions en provenance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) : ces cinq pays représentaient 49% des émissions en 2022, contre seulement 22% en 2000. Les émissions de CO2 de la Chine, de l'Inde et de l'Indonésie ont quintuplé. Celles des pays pétroliers ont également rebondi après la pandémie de Covid 19 (+27,2% pour le Koweït entre 2015 et 2022 par exemple). L'Union européenne, elle, a baissé de 25,6% ses émissions entre 1990 et 2022 ; le Royaume-Uni de 42,6% et les États-Unis de seulement 1,9%.

"Voir la COP comme une bataille entre le Nord ancien et le Sud nouveau est un piège, observe Ronan Dantec, sénateur de Loire-Atlantique (groupe écologiste) et président de l'association Climate Chance, qui dresse chaque année le bilan de l'action climatique mondiale. Ce sont en réalité les classes moyennes du monde entier qui scient la branche de l'arbre sur laquelle le monde est assis."

Pour l'heure, les engagements climatiques des États permettent d'entrevoir une baisse de seulement 2% des émissions mondiales en 2030 par rapport à 2019, loin des 43% préconisés par les experts pour espérer limiter le réchauffement à 1,5 degré.

1300 milliards de dollars : un niveau record de subventions aux énergies fossiles

Les pays du G20 ont accordé en 2022 un niveau record de subventions aux combustibles fossiles, plus de deux fois plus qu'en 2021. Selon un rapport de BloombergNEF, les gouvernements et les compagnies publiques de ces 19 États ont soutenu les fossiles à hauteur de 1300 milliards de dollars (l'étude concerne seulement les 19 pays, hors UE et Union africaine) ; contre 583 milliards en 2021.

Si 830 milliards de dollars ont été dépensés pour protéger les consommateurs de la hausse de prix, le reste est allé aux producteurs de gaz, de pétrole et de charbon. Dont 21 milliards de dollars pour le seul charbon, l'énergie la plus nocive pour le climat.

Les subventions en 2022 auraient pu financer 1,9 térawatt de centrales solaires, soit dix fois la capacité installée par le G20 l'an dernier.

À Dubaï, la France doit annoncer une initiative pour "accélérer la transition juste du charbon vers les énergies propres", en redirigeant les financements privés des centrales à charbon vers celles-ci.

+10,91% d'émissions pour produire de l'électricité

"La production d'électricité à base de renouvelable augmente, mais la production fossile ne baisse toujours pas", note Climate Chance dans son rapport annuel. Ainsi, les émissions liées à la production d'électricité ont augmenté de 10,91% entre 2015 et 2022.

Si les capacités renouvelables ont augmenté de 82% entre 2015 et 2022, on trouve toujours 63,2% d'énergies fossiles dans le mix électrique en 2022 (contre 68% en 2015). "Depuis 2015, les ajouts de capacité d'énergies renouvelables dépassent les ajouts des capacités fossiles, relève Climate Chance. Mais trois fois plus de capacités renouvelables sont nécessaires en moyenne pour remplacer une capacité fossile."

"Les capacités renouvelables ne couvrent que les besoins supplémentaires, mais n'attaquent pas le socle des énergies fossiles", observe Antoine Gillod. Ainsi, la consommation primaire d'énergies fossiles a battu de nouveaux records entre 2015 et 2022 : +4% pour le pétrole, +8% pour le charbon et +16,5% pour le gaz.

+6% d'émissions de CO2 liées aux transports

"Depuis l'Accord de Paris, les émissions mondiales de CO2 du transport augmentent, sauf dans l'OCDE, écrit encore Climate Chance. La demande de mobilité croît dans les pays du Sud, alors que les démarches de sobriété restent balbutiantes."

Ainsi : +6% d'émissions de CO2 liées aux transports entre 2015 et 2022 (+6,1% pour le transport routier ; sauf dans l'OCDE : -1,5%), +4,2% pour le ferroviaire, +6,5% pour le maritime. Seul l'aérien recule : -9,1%.

À l'origine de ces chiffres, la dépendance massive aux énergies fossiles : 95% du transport routier roule au pétrole, contre 4,7% au biocarburant et seulement 0,3% à l'électrique à l'échelle de la planète. Et la part croissante de SUV dans les ventes de voitures neuves : 42% de SUV parmi les ventes de véhicules neufs en 2023, dont 84% de modèles thermiques. 

Selon Climate Chance, quelques signaux montrent toutefois une transition en cours. Ainsi, 23 pays planifient la fin des voitures thermiques. En 2022, 14% des ventes de véhicules neufs étaient des modèles électriques, c'est 20 fois plus qu'en 2015. Un chiffre global qui recouvre des réalités très disparates : 88% en Norvège, 23% en Chine, 20% en France. "Mais les gains de cette électrification rapide sont diminués par le développement des SUV thermiques", rappelle Antoine Gillod, directeur de Climate Chance.

+16% d'émissions issues de la climatisation

"La surface mondiale bâtie augmente plus vite que les gains d'efficacité énergétique des bâtiments, écrit Climate Chance. Ainsi, les émissions du secteur sont en hausse depuis 2015."

Soit +8,5% d'émissions et +12,8% de consommation d'énergie entre 2015 et 2022 ; et +16,2% de surface bâtie sur la même période. 

Avec une inquiétude, la croissance de la climatisation, notamment dans les pays du Sud : les émissions issues de la climatisation ont augmenté de 16% entre 2015 et 2022.


Marianne ENAULT

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